Hier matin, comme tous les jours, je me promenais sur la côte de la Baie d’Hudson en espérant voir un ours polaire. Je pouvais constater que la fin de la saison touristique coïncide généralement avec la formation des glaces dans la baie. J’avais donc la baie et la toundra à moi toute seule, un des moments de la saison que je préfère le plus! La formation des glaces fait aussi en sorte que nous ne voyons plus beaucoup d’ours à ce temps-ci de l’année, sauf que cette année, en raison d’une température plus chaude que la normale, la glace n’y est toujours pas, alors on peut toujours voir des ours sur la côte.
À ma grande surprise, je commençais à voir plusieurs voitures sur la route, mais ce n’était pas des touristes, ça ressemblait à des voitures de locaux. Les camions des agents de conservation de la faune arrivaient aussi, puis les pompiers… Soudainement, ça m’est revenu, c’était le marathon de Churchill! C’était pour cette raison qu’il y avait tous ces véhicules. Ils patrouillaient pour être sûrs que l’endroit était sécuritaire pour l’événement.
Le marathon des ours
Depuis 2012, chaque troisième dimanche du mois de novembre, la communauté accueille environ une quinzaine de coureurs pour le Marathon des ours polaires de Churchill. La course a lieu sur la route qui longe la Baie d’Hudson, la même route que j’ai utilisée avec mes clients quelques jours plus tôt. Donc, il y a de très grandes possibilités de croiser des ours polaires sur ce parcours. Les agents de conservation de la faune s’assurent que les environs sont sécuritaires. Lors d’importants événements (comme celui de l’Halloween), la population de la ville s’implique énormément. Les services publics comme la police, les pompiers, les ambulanciers et autres bénévoles patrouillent sur les routes pour aider les participants sur ce grand territoire sauvage. Si un ours s’avérait être sur le même chemin qu’un humain, un ou l’autre, soit l’ours, soit l’humain, sera détourné par un officier afin d’éviter toute confrontation. Les agents de la conservation utiliseront leur klaxon ou des cartouches anti-ours pour éloigner l’animal. Ce système fonctionne avec succès. Tout le monde y participe, c’est un vrai travail d’équipe!
Bâtiment de détention des ours
Le reste de l’année, les citoyens sont toujours vigilants quand ils se promènent à l’extérieur, et ce, même dans la ville, car les ours peuvent parfois s’y retrouver. Le programme « Polar Bear Alert » a été créé en 1980 afin d’aider la communauté. Une ligne téléphonique est au service des gens 24 heures par jour afin d’aviser si un ours est aux alentours de la ville. Si l’agent n’arrive pas à le détourner, ou si l’appel est pour indiquer qu’on ours essaye de rentrer dans une maison ou cause des dommages matériels à un bâtiment, les officiers endormiront l’ours et le transporteront dans le bâtiment de détention des ours, « Polar Bear Holding Facility », aménagé spécialement pour eux en 1979.
Le bâtiment de détention des ours est constitué de 28 cellules individuelles, plus deux cellules doubles pour accueillir des familles et cinq d’entre elles ont l’air conditionné. Lorsqu’un ours se retrouve dans une cellule, il peut y rester jusqu’à un maximum de 30 jours. Il reçoit de l’eau, mais pas de nourriture, car le but de l’établissement est de leur laisser une expérience négative. Une fois leur détention terminée, ils sont transférés par hélicoptère à 50 km au nord de Churchill sur la côte de la Baie d’Hudson, seulement si la glace n’est pas formée dans la baie. Par contre, si la baie est déjà gelée, ils sont simplement relâchés sur la glace pas très loin de la ville. Ils sont également tatoués, quand ils y séjournent pour la première fois, pour qu’un suivi puisse se faire au courant des années. Tous les ours qui vont au bâtiment de détention sont pesés à leur arrivée et à leur départ. Les détails sont inscrits sur une feuille d’identification pour chaque ours, leur âge, les cicatrices qu’il a, l’endroit où il a été capturé. Tout est compilé et chaque ours a sa propre fiche. Ce système permet de les suivre d’année en année et d’apprendre beaucoup sur chacun d’eux.
Ces temps-ci, avec la glace qui tarde à se former, la ligne téléphonique n’en finit plus de sonner. Un vent du sud, situation rare pour les ours à Churchill… Contrairement aux années précédentes, les vents dominants proviennent à l’heure actuelle du sud plutôt que de venir du nord. Cela force les ours à modifier leur routine. Les ours semblent modifier leurs trajectoires de migration. De plus, de nouveaux ours qui sont étrangers à la ville arrivent à Churchill. Dans mon prochain article, je vais vous raconter comment les ours s’adaptent aux changements climatiques et comment leur vie continue une fois sur la glace. Souhaitons que leur glace vitale arrive bientôt!

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