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le Jeudi 23 avril 2026 8:05 Économie

Changement de gestion de la déchèterie à Mount Lorne : colère et mobilisation

La communauté locale s’est mobilisée en grand nombre pour cette réunion publique. La salle était pleine et plusieurs ont parlé d’une « participation record. » — Photo : Marie-Claude Nault
La communauté locale s’est mobilisée en grand nombre pour cette réunion publique. La salle était pleine et plusieurs ont parlé d’une « participation record. »
Photo : Marie-Claude Nault

Dans le hameau de Mount Lorne, situé à une quarantaine de kilomètres au sud de Whitehorse, la station de gestion des déchets représente bien plus qu’un simple dépotoir. Depuis près de 30 ans, ce site s’est imposé comme un lieu de rassemblement social, de solidarité et d’échange. Cependant, la nouvelle attribution du contrat de la gestion de ce site a provoqué une onde de choc, soulevant des inquiétudes sociales et économiques.

Au début du mois, la communauté de Mount Lorne a tenu une réunion publique lors de laquelle a été abordé le sujet de la nouvelle attribution du contrat de sa station de gestion des déchets.

La communauté de Mount Lorne s’est mobilisée pour assister à cette réunion publique, tenue en format à la fois en présentiel et en ligne. Au sein de la communauté, le mot d’ordre était la contestation. Les résident·es critiquent la nouvelle attribution du contrat de gestion de sa station de transfert des déchets. Les représentants du gouvernement du Yukon, incluant le sous-ministre des Services aux collectivités, Damien Burns,ont fait face à une foule passionnée.

La fin d’une époque

Pendant près de 30 ans, ce site a été géré localement, notamment par Mike Bailey, très respecté au sein de la communauté de Mount Lorne. La communauté n’a cessé de souligner que ce site est devenu un véritable point de rassemblement social pour les résident·es.

Au centre de la controverse se trouve un changement dans la gestion de ce site. « Nous lançons un appel d’offres tous les trois ans, pour la gestion des sites. Cette année, nous avons lancé l’appel d’offres pour cinq sites, dans les lacs du Sud », a expliqué en entrevue Michel Léger, directeur des opérations pour les installations de déchets solides pour le gouvernement du Yukon.

Mike Bailey a été en charge de la station de transfert des déchets de Mount Lorne pendant plus de 30 ans.

Photo : Marie-Claude Nault

Cette année, Mike Bailey n’a pas répondu à l’appel d’offres, puisqu’il a pris sa retraite. Son gendre a déposé une offre, mais la soumission déposée a été rejetée. L’entreprise locale avait soumis une offre d’environ 141 500 $. Le gouvernement a plutôt octroyé le contrat de trois ans à Awenika Enterprises, une entreprise de Whitehorse, sur la base de la soumission la plus basse, évaluée à près de 113 850 $.

Un désastre pour l’économie locale

Selon l’avis des personnes de la communauté présentes à cette réunion ou qui se sont exprimées sur les réseaux sociaux, cette décision purement financière est un désastre.

Lors de l’assemblée, plusieurs personnes ont indiqué que le nouveau contrat a entraîné la perte de cinq à six emplois locaux à temps partiel, privant des familles de la région d’un revenu essentiel et d’un « salaire de subsistance » équitable qui s’élevait autrefois à près de 30 $ l’heure. « Ces [nouveaux et nouvelles employé·es] travaillent pour 20 $ ou moins. Ce n’est pas un salaire de subsistance juste », a déploré Anna, une résidente locale, lors de la réunion publique.

Ce constat indigne particulièrement Catherine Desjardins, une résidente. Elle juge « inconcevable » cette réduction salariale d’environ 30 % dans un contexte économique difficile où se loger coûte cher. « Le coût de la vie est extrêmement difficile […] puis là, on coupe le salaire de 30 %, ben pour moi c’est un non-sens. Ces personnes ont des familles à nourrir, des mortgage à payer, l’impact est énorme ». Catherine soulève également l’absurdité environnementale de la situation. Des personnes de Whitehorse doivent désormais se déplacer en région pour travailler, tandis que les gens locaux ayant perdu leur emploi devront probablement faire le trajet inverse vers Whitehorse pour trouver du travail, car le site était un des seuls endroits où travailler localement. « C’est zéro écologique, et ça va appauvrir tout le monde. »

La valeur sociale

« Il y a une chose qui s’appelle la valeur sociale ou le sens de la communauté. C’est vraiment important dans les communautés rurales. C’est ce qui rassemble les gens et les pousse à faire des choses ensemble, à construire des endroits comme celui-ci […] aller au dépotoir est un événement social pour nous », a clamé Al, un résident de longue date.

L’effacement de cette identité locale a d’ailleurs été brutalement ressenti lorsque les pancartes de solidarité, installées par les citoyen·nes lors d’une manifestation pacifique ont été rapidement retirées du site par la nouvelle administration. Pour Catherine, la situation s’apparente à une perte douloureuse. « C’est comme un deuil qu’on doit faire, […] c’est plus pareil. »

Le point de vue du gouvernement

Face à la colère de la salle, les représentants du ministère des Services aux collectivités ont défendu la légitimité de leur processus. Damien Burns a expliqué que la décision relevait strictement des finances. « C’est 100 % de la gestion budgétaire. »

En entrevue, Michel Léger a soutenu cette orientation. « On a mis en place un contrat qui respecte les mêmes principes et les normes de qualité […] pour s’assurer que les opérations de ces sites restent efficaces ». Interrogé sur la baisse des salaires locaux, il a précisé que le gouvernement ne pouvait pas s’ingérer à ce niveau. « C’est propre aux propriétaires des entreprises. Ce n’est pas nous qui embauchons les employé·es. »

Cette approche purement administrative frustre profondément les citoyen·nes. Catherine Desjardins observe un décalage flagrant entre les valeurs de la communauté et la vision du gouvernement. « C’est des gens qui ont en charge la gestion des déchets solides. […] pour eux, c’est pas une question de communauté, gérer les déchets. C’est pas une question d’humains. »

Elle déplore le fait que le gouvernement n’ait pas pris la peine de consulter l’ancien gestionnaire. « La personne qui a géré ça pendant 30 ans était assis[e] juste en face [des représentants du gouvernement], et ils ne savaient pas qui c’était. […] Ils n’ont jamais pris le temps de [la] rencontrer pour comprendre ce qui faisait le succès du site. »

Michel Léger explique que le processus d’appel d’offres prenait en considération l’expérience opérationnelle au Yukon et le respect de normes de qualité strictes.

Malgré ces justifications, les citoyen·nes de Mount Lorne dénoncent un nivellement vers le bas. Ils rapportent que les nouveaux travailleurs manquent cruellement d’expérience, affirmant avoir vu des employé·es manipuler des bacs de recyclage sans gants de protection et jeter des vêtements de la « boutique gratuite » dans le compacteur à déchets.

Le gouvernement promet d’inspecter rigoureusement les lieux et de sévir au besoin.

L’assemblée s’est terminée sur une réflexion audacieuse : et si Mount Lorne réclamait les fonds nécessaires pour gérer elle-même ses propres services, à l’image d’une véritable municipalité? À cette question, Michel Léger répond : « Moi, mon boulot, c’est de gérer 12 sites tant et aussi longtemps que ce sont des sites qui tombent sous mes responsabilités. On va procéder à émettre ces contrats tous les trois ans. Cela étant dit, on a bien compris que l’impact de ces installations est significatif dans ces petites communautés. On le sait, mais c’était un rappel que ce sont plus que des sites où on gère des déchets, ce sont aussi des sites où l’esprit communautaire est très présent et ce sont des lieux de rencontre, ce sont des lieux d’échange », conclut-il en affirmant « qu’on reconnaît qu’avant d’émettre de nouveaux contrats, on doit au moins à la communauté de se présenter à une de ces commissions à l’avance pour être à l’écoute […] et s’assurer que ça rencontre les besoins de de la communauté.»

IJL – L’Aurore boréale

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