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le Jeudi 20 novembre 2025 7:54 Économie

Budget 2025 : justifier le déficit par les investissements

Séparer les investissements des dépenses dans le budget fédéral ne réduit pas le déficit, mais peut aider la population à accepter plus facilement un déficit important. — Photo : Dithira Hettiarachchi – Unsplash
Séparer les investissements des dépenses dans le budget fédéral ne réduit pas le déficit, mais peut aider la population à accepter plus facilement un déficit important.
Photo : Dithira Hettiarachchi – Unsplash

Le gouvernement fédéral fait une manœuvre inédite dans son budget 2025 en séparant les investissements en capital des dépenses de fonctionnement. Cela ne diminue pas le déficit effectif, mais peut changer la perception qu’en ont le public et les investisseurs.

Selon Mario Seccareccia, très peu de pays séparent les investissements des dépenses dans leur budget. « Mais je crois que de plus en plus vont le faire. Ça devient un peu plus à la mode. »

Photo : Julien Cayouette – Francopresse

Le Budget 2025 : Un Canada fort entend modifier « la façon dont le gouvernement fonctionne », peut-on y lire. Il insiste sur la hausse des investissements en capital, qui devraient passer de 32,2 milliards de dollars en 2024-2025 à 60 milliards en 2029-2030. Cette catégorie inclut les infrastructures, la productivité et la compétitivité, la défense et la sécurité ainsi que les logements.

Habituellement, ce qui est considéré comme un investissement est inclus dans le budget avec tout le reste, contribuant au déficit de la même manière que les autres dépenses. Or, le budget du ministre François-Philippe Champagne fait une distinction entre les investissements et les dépenses de fonctionnement du gouvernement – comme les salaires des fonctionnaires et les programmes sociaux.

Ce que le gouvernement tente de démontrer avec cette séparation, avance le professeur émérite d’économie à l’Université d’Ottawa Mario Seccareccia, c’est « qu’il faut absolument réduire les dépenses d’opération afin de pouvoir permettre ces investissements ». « Donc, il faut un peu se serrer la ceinture, pour obtenir à plus long terme une belle croissance. »

Il compare cette segmentation à une famille qui s’endette pour acheter une maison. « La grande question, c’est est-ce qu’on doit couper dans les épiceries pour acheter une maison? Et le gouvernement, dans sa philosophie ici, dit oui. »

Un pays tout de même en bonne santé économique

Une conclusion avec laquelle Mario Seccareccia n’est pas d’accord lorsqu’il est question d’un pays, surtout en raison de la santé économique du Canada comparée aux autres pays du G7.

Le ratio du déficit par rapport au produit intérieur brut (PIB) est vu, par certains économistes, comme une mesure plus juste de la santé économique d’un pays; plutôt que le déficit ou la dette en nombres absolus.

Or, le budget fédéral estime le déficit pour 2025-2026 à 78,3 milliards de dollars, soit 2,5 % du PIB. Il s’agit du deuxième plus bas ratio des pays du G7. Le gouvernement compte diminuer le déficit à 56,6 milliards en 2029-2030.

Le Canada compte parmi les pays du G7 affichant la situation financière la plus solide.

Le ratio de la dette par rapport au PIB se maintiendrait autour de 43 % au cours des prochaines années, selon les prévisions du gouvernement.

« Le ratio d’endettement, s’il n’explose pas dans le sens que ça augmente beaucoup, ça n’effraie personne », lance le professeur. En comparaison, la dette du Japon représentait 236 % de son PIB en 2024.

« Je pense qu’on devrait laisser tomber cet aspect d’austérité, selon moi. Parce que, dans le contexte actuel où on semble se diriger vers une récession, on n’est pas sorti du bois avec ça ». Mario Seccareccia est cependant conscient que les dettes élevées font peur aux citoyens.

Réduction des dépenses

Pour réduire ses dépenses de fonctionnement, le gouvernement du premier ministre Mark Carney utilise deux principales avenues. La première est une diminution des dépenses de 15 % dans plusieurs ministères. La deuxième, une réduction d’environ 10 % du nombre de fonctionnaires.

Il souhaite passer de 368 000 à 330 000 fonctionnaires d’ici 2029. Un objectif qui serait atteint à travers des retraites anticipées et un ralentissement des embauches.

Mario Seccareccia est du même avis que le Centre canadien de politiques alternatives : cette diminution des effectifs se fera davantage sentir à Ottawa, où plus de 20 000 fonctionnaires pourraient quitter ou perdre leur emploi.

D’ici 2028-2029, le déficit soutiendra entièrement les investissements qui assurent la croissance de l’économie.

Pas le choix d’investir

La décision du gouvernement Carney de se concentrer « sur ce que l’on peut mieux contrôler est importante pour attirer les investissements privés », selon Mario Seccareccia. « Dans un climat d’incertitude comme ce que nous vivons aujourd’hui, ça aura un effet sur les investissements privés, c’est certain. »

La question est de savoir si l’effet sera aussi important que ce que le gouvernement souhaite. Les investissements et les crédits d’impôt peuvent avoir un effet, mais l’incertitude économique créée par le président des États-Unis peut faire dérailler les prévisions canadiennes.

« Les dépenses en infrastructures sont importantes pour un pays », souligne le professeur d’économie à la retraite, « car c’est en partie ce qui définit une nation. Si vous voyagez un peu, vous serez frappé par le capital public. Ces infrastructures que nous n’avons pas ou que nous avons et eux n’ont pas. »

Cet article a été rédigé par un journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a été utilisé pour transcrire les entrevues. Le journaliste a révisé la précision des extraits utilisés.

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