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le Jeudi 12 mars 2026 8:05 Culture

Elisapie, en spectacle au Yukon, apportera sa musique teintée d’émotions

Elisapie est maman de trois enfants, qu’elle considère comme sa plus grande source d’énergie et de joie en dehors de la scène. Elle vit avec sa famille à Montréal « une vie qui est très francophone, et hopefully trilingue »,  explique-t-elle. — Photo : Vladim Vilain
Elisapie est maman de trois enfants, qu’elle considère comme sa plus grande source d’énergie et de joie en dehors de la scène. Elle vit avec sa famille à Montréal « une vie qui est très francophone, et hopefully trilingue », explique-t-elle.
Photo : Vladim Vilain

L’auteure-compositrice-interprète inuk Elisapie sera de passage à Whitehorse le 21 mars prochain au Centre des arts du Yukon à Whitehorse, et le 22 mars au KIAC de Dawson. Figure incontournable de la scène canadienne et maintes fois récompensée, elle promet des soirées chargées en émotions.

Originaire de Salluit, un village du Nunavik accessible uniquement par avion, Elisapie n’en est pas à sa première visite au Yukon.

Son premier spectacle au territoire remonte à il y a 22 ans, à l’époque de son duo Taima, avec lequel elle a remporté son premier prix Juno en 2005. Elle se souvient très bien de son passage au festival Frostbite. « C’était en plein hiver, et c’était comme un monde qui s’était ouvert à moi », confie-t-elle. « Je viens du Grand Nord, du Nunavik, où c’est vraiment l’Arctique, on n’a pas d’arbres. D’arriver dans une petite ville remplie de toutes sortes de monde qui viennent d’un peu partout… c’était très nourrissant pour moi. »

Depuis, sa carrière s’est beaucoup développée et, au cours de cette période, elle est venue régulièrement présenter des spectacles dans les territoires. Au festival Folk on the Rocks à Yellowknife, mais aussi au festival de Dawson. En 2017, elle faisait aussi partie de la tournée Constellation, organisée par le Centre de la francophonie des Amériques, à l’occasion du 150e anniversaire du Canada. Une programmation hétéroclite avait été présentée pour offrir au public yukonnais une mixité de cultures canadiennes, allant de Lisa LeBlanc du Nouveau-Brunswick, aux Chiclettes de l’Ontario, en passant par Soir de Semaine et Sophie Villeneuve du Yukon.

Une création dictée par l’émotion

Bien qu’elle habite aujourd’hui Montréal, la nature et ses racines nordiques imprègnent inévitablement son œuvre créative. Cependant, Elisapie ne cherche pas à forcer cette image. « Ça va de soi. J’ai passé 22 ans dans cette immensité, dans cette culture. Il y a un rythme qui s’installe. C’est quelque chose qui m’inspire, mais que je ne cherche pas à imiter. Ce qui m’intéresse, c’est de vivre des émotions à travers la musique, de pouvoir rendre ça accessible et de le coller à la vraie vie », explique l’artiste.

Elisapie chante en anglais, en français, mais surtout en inuktitut. « Je suis vraiment dans la vague de chanter dans ma langue, explorer, mais surtout avoir du fun avec cette langue-là, qui est très musicale, et il y a encore tant d’exploration à faire ». Par amour pour le français, elle chante aussi quelques chansons dans cette langue. « Je ne décide pas en avance dans quelle langue je vais écrire une chanson. C’est la chanson qui va me dicter comment ça sort dans ma bouche. »

Pour elle, lorsqu’elle crée dans une langue, c’est toute la chanson qui prend les couleurs de la langue. « Par exemple, Moi Elsie, en français, je ne peux même pas la traduire en inuktitut, car c’est une autre vision des mots. C’est très poétique, de manière très francophone. Avec des paroles écrites par le grand Richard Desjardins. Ce ne sont pas des paroles que j’ai l’habitude de dire dans ma langue, ça serait trop compliqué, et probablement très étrange pour les Inuits d’entendre cette poésie-là traduite en inuktitut », explique la chanteuse. « Chaque langue, ce n’est pas juste des mots, c’est une façon de voir les choses, c’est une façon d’exprimer, il y a un rythme. »

C’est d’ailleurs cette soif d’authenticité émotionnelle qui a guidé la création de son plus récent album, Inuktitut, récompensé notamment aux prix Juno et au Gala de l’ADISQ. Sur ce disque, elle revisite dans sa langue maternelle de grands classiques du rock et du pop. « Mon intention n’était pas de devenir une artiste covers, ça ne m’intéresse pas », précise-t-elle. Le choix des chansons a été minutieux. « Il a fallu vraiment aller dans un autre filtre… voir si ça cogne l’émotion, si l’histoire et les souvenirs sont réels et me touchent réellement. » Elisapie a donc choisi ces morceaux en fonction de ses émotions personnelles, tantôt à travers des paroles de chansons, tantôt à travers des souvenirs que lui rappelaient les chansons cultes.

Traduire ces succès en inuktitut lui impose d’ailleurs une réflexion poétique différente. « La langue inuite, moins bavarde que l’anglais ou le français, exige d’aller à l’essentiel », explique-t-elle. Cela lui permet de créer d’une façon complètement distincte.

« Moi je suis juste là pour chanter aux gens. C’est mon travail. Je suis une fille du Nord. Ce n’est pas ma préoccupation de faire valoir mes racines. Je n’ai pas besoin de prouver à moi-même que je dois refléter ma culture. Je fais ce que j’aime faire. »

Photo : Leeor Wild

Loin du militantisme, près des cœurs

Lorsqu’on lui demande si sa démarche se veut un outil de préservation des langues autochtones, la réponse de la chanteuse brille par sa franchise. « Non. La chose la plus importante pour moi, c’est de toucher les gens, de vivre dans les émotions », avoue-t-elle. Bien qu’elle se réjouisse de la fierté que sa musique éveille chez les jeunes Inuits, elle refuse de porter intentionnellement le drapeau de la militante. « Je ne suis pas assez dans la tête, je suis beaucoup trop dans le cœur pour vraiment penser à ces choses-là. C’est après que je comprends l’importance pour les gens d’entendre cette langue-là. »

Elisapie aborde ses concerts comme des rassemblements intimes. Le public yukonnais peut d’ailleurs s’attendre à vivre toute une gamme d’émotions. « Il y a beaucoup de moments de magie parce que je raconte ces histoires qui sont de réelles expériences personnelles », partage-t-elle. « Les gens, après avoir pleuré, se lèvent avec nous pour danser. On aime ça ce sentiment-là d’être proche […] toutes les émotions sont les bienvenues. »

Et pour les francophones qui assisteront à son spectacle à Whitehorse, l’artiste n’exclut pas d’interpréter un titre dans la langue de Molière. « C’est une belle occasion de peut-être choisir une chanson que j’aurais envie de faire juste parce que c’est connecté avec le public. »

Un rendez-vous musical et humain qui promet, assurément, d’être inoubliable.

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