Nathalie Parenteau vend ses œuvres dans de nombreuses galeries du Canada, dont la North End Gallery, à Whitehorse.
Des débuts bruts et empreints de liberté
Le parcours de Nathalie Parenteau n’a rien du cheminement classique. À son arrivée au Yukon, au début des années 1980, elle plonge dans ce qu’elle décrit en riant comme un « trip de granola maximal ». Elle passe alors une année complète à vivre dans un tipi, en nature, dans la région des lacs du Sud. Elle en déménage ensuite pour vivre dans une tente prospecteur emblématique du Yukon.
Ce mode de vie rudimentaire, en marge de la société, a laissé une empreinte indélébile sur son art actuel.
N’ayant jamais fréquenté d’école d’art, elle a fait de cette absence de cadre une force pour forger son propre style. « Je suis ma propre tendance. Je n’essaie pas de suivre la mode », explique-t-elle. Selon elle, des cours d’art auraient probablement teinté son style. « Je ne sais pas si je me serais rendue à ce que je fais présentement », estime-t-elle.
Quand a-t-elle commencé à peindre? « En maternelle! », explique-t-elle en riant. « Ça a toujours été un genre de passe-temps, et au fil des années, c’est devenu plus important dans ma vie, puis c’est devenu ma profession ». « Ça a bien marché et puis j’en suis toujours surprise! », s’exclame-t-elle, assise au milieu de ses œuvres dans une galerie du centre-ville de Whitehorse.
Processus créatif
Nathalie Parenteau n’ouvre son studio de Riverdale à personne, ou presque. Pour elle, s’engager dans une nouvelle toile est une aventure exclusive : pas question de travailler sur plusieurs œuvres en même temps. « C’est comme tomber en amour […] l’attention que j’ai est juste pour une seule personne. Les peintures, pour moi, c’est un peu comme ça », confie-t-elle.
Souvent, l’œuvre se présente à elle en pensée ou en rêve, dévoile-t-elle. « Des fois, je me dis que ce n’est pas moi qui tiens le volant! ». Pourtant, parfois, le chemin entre la vision et la réalisation est tortueux. L’artiste confie avec humilité que « la plupart du temps, la moitié de ce que je fais, je l’efface […], des fois quatre, cinq fois la même chose jusqu’à ce que je trouve la solution. »
Elle peut passer jusqu’à un mois entier pour compléter une même peinture, qu’elle réalise à l’acrylique. Mais son style évolue parfois si rapidement qu’il n’est pas rare qu’elle doive retravailler les premières sections d’une peinture pour homogénéiser l’ensemble.
L’envers du décor
Si ses œuvres semblent tout de même couler de source, la réalité du métier au-delà du dessin exige une discipline de fer.
« Pour gagner sa vie, faut vraiment mettre beaucoup d’effort […] C’est pas juste de la peinture ». Elle fait référence notamment à la qualité de la relation qu’il faut garder avec les galeries qui vendent ses œuvres et ses produits. L’artiste mentionne aussi les détails auxquels on pense peu : choisir le bon papier, la bonne encre, le bon produit sur lequel sera imprimée une reproduction de ses œuvres. Mais aussi, les certificats d’authenticité à numéroter et à signer à la main.
Dans cette entreprise quotidienne, elle s’appuie sur son partenaire de vie, qu’elle qualifie de véritable « génie » technique, chargé notamment de la photographie des œuvres, de l’impression et de la mise en ligne.
« On a des clients qui sont avec nous depuis longtemps, très loyaux. Il faut garder contact. Puis il faut rester au courant, avoir des nouveautés. […] Si on veut gagner sa vie, il faut se réveiller tôt, puis prendre soin de tous les petits détails. »
La pandémie a d’ailleurs agi comme un révélateur. Face à un rythme effréné, le couple a profité de la situation pour réduire la cadence. « J’avais envie d’être plus dans le studio. On a voulu arrêter d’augmenter notre champ d’opération, et j’ai pu me recentrer sur la peinture. »
Allegoria : Nathalie Parenteau a peint cette toile il y a environ 25 ans. « Ça donne une idée de ce qui se passe un peu dans le studio en ce moment », dévoile l’artiste.
« Gothique nordique » et une touche de mystère
Aujourd’hui, l’artiste opère un virage audacieux et prépare une nouvelle série d’œuvres pour une prochaine exposition. « Pendant longtemps j’étais occupée à faire une collection d’animaux, mais là, j’essaie de faire plus une représentation de la vie, explorer le cheminement humain. »
Intégrant des influences d’art moderne et de cubisme, elle s’amuse à qualifier son nouveau style de « gothique nordique ». Ce nouvel élan résonne comme un grand aboutissement artistique. « On dirait que ce que je fais en ce moment, c’est le condensé de toute ma vie. »
Sa méthode de travail prend même une dimension quasi mystique. Face à ses toiles, elle explique que « des fois, j’ai l’impression que les dessins sont déjà là, et que moi, je dois enlever des couches et des couches, enlever tous les filtres. On dirait que je découvre au lieu de créer ». Elle évoque une nécessité de lâcher-prise, qui la pousse à se laisser porter par cette inspiration qui la surprend.
Une exposition prévue en novembre
Ces nouvelles œuvres seront présentées en novembre lors d’une exposition à la galerie Arts Underground, à Whitehorse. « Ça fait plus que 20 ans… presque 25 ans que je n’avais pas exposé seule. Maintenant que j’ai la date de prévue, ça me donne une cible », et pour se consacrer pleinement à la création, Nathalie Parenteau s’est mise dans un état d’esprit « comme dans une retraite artistique », prenant plus de temps pour peindre et pour se ressourcer.
Cette créatrice passionnée, qui avait créé le logo original de l’Association franco-yukonnaise et des Essentielles, continue de façonner un univers qui ne ressemble à personne d’autre. Nathalie Parenteau ne cherche pas à plaire à tout le monde ni à ressembler à qui que ce soit. Elle se contente, en toute simplicité, d’être profondément vraie.
IJL – L’Aurore boréale
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