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le Jeudi 1 mai 2025 7:53 Culture

Luthier, un métier de passion et de précision

Jean Defontaine joue un morceau sur la guitare qu’il a intégralement fabriquée. — Photo : Jean Defontaine
Jean Defontaine joue un morceau sur la guitare qu’il a intégralement fabriquée.
Photo : Jean Defontaine

Le Yukon possède une scène musicale riche, qui comprend beaucoup de guitaristes. Depuis mars dernier, ces artistes peuvent confier leurs instruments qui ont besoin de réparations ou d’entretien à Jean Defontaine, un luthier francophone nouvellement installé à Whitehorse.

La lutherie est un métier ancien et assez peu connu, qui englobe les personnes expertes de la fabrication, de la restauration et de la réparation d’instruments à cordes frottées, comme les violons, ou pincées, comme les guitares. Musicien depuis l’enfance, Jean Defontaine a commencé à s’intéresser à la lutherie en réparant la guitare d’un ami.

De fil en aiguille et de brocante en brocante, lieux idéaux pour dénicher des guitares sur lesquelles s’entraîner, il a fini par se consacrer pleinement à cet art. Il se spécialise alors dans les instruments de musique à cordes pincées et entame une formation chez plusieurs luthiers, dont le Français Jordan Wencek et le Québécois Serguei De Jonge. Après avoir voyagé régulièrement entre le Yukon et la France depuis 2022, c’est désormais à Whitehorse que le luthier de 25 ans a choisi de s’installer pour démarrer son entreprise.

« Mon but, dans quelques années, sera de fabriquer des guitares. Mais cela demande beaucoup d’outils et de matériel, donc, pour l’instant, je fais plus de l’entretien et de la réparation. C’est beaucoup moins gourmand en termes de préparation et cela demande moins de ressources », confie-t-il.

Pour Jean Defontaine, le Yukon est une terre d’opportunités où vivre de sa passion peut être plus facile qu’ailleurs. Depuis la création de son activité de luthier à Whitehorse, les commandes s’enchaînent et son atelier ne désemplit pas. Plusieurs guitares et une mandoline attendent sagement dans leurs étuis d’être entretenues ou réparées.

Précision et patience

Sur son établi, une guitare électrique repose, séparée en deux parties. Les petites barrettes métalliques placées à intervalles réguliers sur son manche, appelées « frettes », doivent être nivelées. Jean Defontaine utilise pour cela une lime triangulaire classique, qu’il a lui-même modifiée, jusqu’à pouvoir tailler ces barrettes sans mordre le bois. Il finit son entretien en les sculptant puis en les polissant. La guitare sera ensuite vernie pour en nourrir le bois, puis réassemblée.

Jean Defontaine s’affaire à la réparation du sillet d’une guitare électrique.

Photo : Nina Brandelik

Le luthier souligne que tout est affaire de précision dans ce métier. « La lutherie, c’est un travail qui se fait au dixième de millimètre. Un des luthiers chez qui j’ai étudié avait d’ailleurs l’habitude de dire que les yeux du luthier, ce sont ses mains. Il faut avoir une grande attention aux détails. »

Il estime que c’est majoritairement le travail du luthier qui influence la nature et la qualité du son d’une guitare. « La lutherie est un métier très traditionnel, et les instruments de musique ont une réputation de “c’était mieux avant”. Mais avant, les instruments étaient faits à la main alors que, désormais, la majorité vient des usines. La durabilité est privilégiée par rapport à la légèreté et la souplesse des guitares, éléments indispensables pour produire un excellent son, mais aussi sources de fragilité. »

Une volonté de transmettre ses connaissances

Les propriétés du bois influençant le timbre des guitares, chaque genre musical a ses préférences en matière de fabrication. Pour une guitare bluegrass, qui doit projeter les notes au milieu d’autres instruments, les luthiers et luthières vont privilégier un bois lisse qui répercute bien le son. Au contraire, pour une guitare folk, le grain d’un bois plus souple, comme l’acajou, donnera le fameux son vintage, recherché par de nombreux guitaristes.

Jean Defontaine souligne que la lutherie peut être, en plus d’un métier, un travail de pédagogie. Il est important pour lui d’expliquer à ses client·e·s les démarches qui seront effectuées sur les instruments. Il arrive en effet qu’il identifie des problèmes supplémentaires ou, au contraire, qu’il conseille des réparations plus minimes que prévu.

Il se rappelle avoir été bien accueilli lors de son apprentissage du métier par les luthiers chez qui il s’est formé. Maintenant qu’il possède sa propre entreprise, il souhaite également transmettre son savoir. « Je vais faire un atelier au festival de bluegrass de Haines Junction, pour montrer comment faire des ajustements mineurs, comment entretenir et prendre soin de sa guitare. » Une opportunité pour les amateurs et amatrices et musicien·ne·s francophones de découvrir l’art de la lutherie.

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