le Mercredi 3 juin 2026
Loading membership data...
le Jeudi 4 juillet 2024 7:55 Actualités

René Rivard  : pour l’amour de la nature

Sur la piste Chilkoot, René Rivard développe ensuite un nouveau passe-temps : retracer le chemin que les chevaux ont utilisé pendant la ruée vers l’or afin d’en faire des cartes. 

Aujourd’hui, il estime avoir découvert environ 10 % de ces sentiers à l’aide de plusieurs indices. « Ils utilisaient les omoplates des chevaux décédés pour stabiliser les chariots. J’ai retrouvé des fers à cheval, des coupes dans la roche. Pour moi, c’est comme une chasse aux trésors. C’est un défi d’exploration », affirme le cartographe autodidacte. 

Bien qu’aucune des cartes recréées ne soit accessible au public par souci de conservation de la nature, René Rivard, lui, garde tout ça en tête. — Photo : Manon Touffet
Sur la piste Chilkoot, René Rivard développe ensuite un nouveau passe-temps : retracer le chemin que les chevaux ont utilisé pendant la ruée vers l’or afin d’en faire des cartes. Aujourd’hui, il estime avoir découvert environ 10 % de ces sentiers à l’aide de plusieurs indices. « Ils utilisaient les omoplates des chevaux décédés pour stabiliser les chariots. J’ai retrouvé des fers à cheval, des coupes dans la roche. Pour moi, c’est comme une chasse aux trésors. C’est un défi d’exploration », affirme le cartographe autodidacte. Bien qu’aucune des cartes recréées ne soit accessible au public par souci de conservation de la nature, René Rivard, lui, garde tout ça en tête.
Photo : Manon Touffet

En 2023, René Rivard a pris sa retraite et a décidé de laisser la piste Chilkoot derrière lui. Aujourd’hui âgé de 69 ans, cet homme aux mille et un talents se consacre à la transmission de ses deux passions : les animaux et l’histoire.

Dès l’hiver 1989, le Service de la faune à Denver, au Colorado, approche le gouvernement du Yukon pour demander de l’aide avec la réintroduction du lynx sur les monts San Juan. René Rivard est alors contacté par le Service de la faune au Yukon et devient technicien dans ce projet. Selon le Franco-Yukonnais, les lynx sont très vulnérables à la trappe. « Quand le prix de la fourrure a augmenté, ça a presque éteint le lynx parce qu’il y avait un rush à la trappe », explique-t-il.

Afin de permettre cette réintroduction du lynx aux États-Unis, René Rivard
s’est rendu à Atlin, au nord de la Colombie-Britannique. Il a mis en place un système de capture afin de poser des colliers émetteurs à ce prédateur nordique pour ensuite suivre ses déplacements et comprendre son système de dispersion.

René Rivard avait pour mission d’accueillir chez lui les lynx trappés et de s’occuper d’eux avant qu’ils soient envoyés à Denver par avion. Au total, sur une dizaine d’années, près de 190 lynx ont été capturés, étudiés et réintroduits avec succès au Colorado. « Je pense qu’aujourd’hui encore, c’est la plus grosse étude au monde menée sur les lynx », affirme-t-il.

Photo : Manon Touffet

Originaire de la Gaspésie, il développe dès son plus jeune âge une curiosité pour la nature. À l’âge de 12 ans, il rencontre Ernest Blanchard, un Québécois, qui devient son mentor. Ce dernier travaillait à Causapscal comme garde forestier et guide pour la pêche au saumon et la chasse à l’orignal. René Rivard passa deux semaines dans le bois avec lui. « Ernest Blanchard a été une inspiration. C’est lui qui m’a donné les passions que j’ai aujourd’hui », confie-t-il.

Pour comprendre René Rivard et sa passion pour la nature, il faut connaître son parcours. Il est né en Gaspésie en 1955. Pourtant, dès 1981, il quitte sa terre natale et va faire ses études à la ville de Québec, où il devient technicien de la faune.

Très vite, il obtient un emploi à la réserve faunique de Matane, mais une grande récession touche le pays et il perd son emploi. Il décide alors de rendre visite à un de ses cousins, à Edmonton, où il découvre le travail du bois pour la première fois. Pendant quelques mois, il devient aide-menuisier.

Le boum des mines l’amène à Banff et à Jasper où il travaillera comme mineur. Là-bas, il rencontre Charlotte qui deviendra sa femme. Le couple décide de partir au Yukon, en 1988, afin que René Rivard puisse retrouver un emploi qui rejoint sa première passion : les animaux. « Si je vais dans la forêt, c’est pour connaître les changements. C’est ma façon d’aimer la nature. »

Photo : Manon Touffet

Au printemps 1990, René Rivard devient garde de parc pour Parcs Canada sur la piste Chilkoot. En travaillant pour l’organisme fédéral, René Rivard passe neuf jours dans le parc, puis cinq jours à la maison, aux côtés de sa femme, Charlotte. « C’est le seul parc où je pouvais faire de l’arrière-pays. Je faisais environ 70 km sur neuf jours! Il y a un côté très historique sur la Chilkoot et j’aime l’histoire », continue-t-il.

Ainsi, il parcourait les sentiers de la Chilkoot dans le but de veiller au bien-être des randonneurs et randonneuses, mais aussi de la nature et du sentier.

Pourtant, être garde de parc n’était pas suffisant pour lui. Très vite, pendant ses patrouilles, il se met à étudier les espèces en danger sur la piste Chilkoot, telles que les caribous, les carcajous et les crapauds boréaux. Il en profite pour collecter des données.

Grâce à celles collectées par René Rivard et les biologistes qui l’ont accompagné dans ce travail, la Loi sur les espèces en péril est mise en œuvre en 2003. De son côté, René Rivard s’est concentré sur le carcajou, un mustélidé carnivore, aujourd’hui considéré comme en préoccupation mineure, c’est-à-dire dont le risque de disparition est faible.

Photo : Manon Touffet

Lors de ses nombreuses marches sur la piste Chilkoot, René Rivard découvre des artéfacts de selles de portage. S’il est capable d’identifier ce qu’il voit, c’est parce qu’il connaît déjà le travail du bois, notamment celui des selles.

En effet, en 1983, alors qu’il est en Alberta, il rencontre Félix Plante. Cet Iroquois québécois créait lui-même des selles de portage. René Rivard met cet art de côté pendant plusieurs années, mais y revient en 2006, lorsqu’il découvre sur la piste Chilkoot une selle de portage presque intacte, datant de la ruée vers l’or. « Ce qui l’a conservée, c’est qu’elle était sur la roche. Dans la mousse, elle aurait disparu, parce que c’était du bois », précise le passionné.

Il décide alors d’en créer des répliques. Aujourd’hui encore, il continue de fabriquer des selles de portage et envisage d’enseigner cet art aux plus jeunes.

Des erreurs s’étaient glissées dans cet article. Nous nous excusons auprès de M. Rivard et le remercions de son temps pour rectifier le tout. Voici une republication.  

Les commentaires s'afficheront une fois que vous aurez atteint la fin de l'article.