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le Jeudi 2 juillet 2026 8:05 Société

Faisable ou pas? Sans auto au Yukon

Adventure Time est un service de navette entre Haines Junction et Whitehorse. — Photo : Adventure Time
Adventure Time est un service de navette entre Haines Junction et Whitehorse.
Photo : Adventure Time

Le Yukon est un territoire à part, marqué par son immensité, sa nature sauvage et ses conditions climatiques exigeantes. Dans ce contexte, les défis du quotidien sont nombreux, dont celui de se déplacer, avec ou sans véhicule.

La dépendance à l’automobile au Yukon est très élevée. C’est ce que confirme WalkScore, un site Internet qui propose des analyses de la praticabilité piétonne de villes au Canada, aux États-Unis et en Australie. Whitehorse est la seule ville du Yukon listée sur le site. Avec un score de 15 sur 100, le site spécifie que, dans la capitale, presque toutes les courses nécessitent une voiture. Ce faible score tient compte des distances, de la météo et de la disponibilité des transports en commun.

Plusieurs communautés sont très dépendantes de Whitehorse pour leur approvisionnement en nécessités du quotidien. Mendenhall, Mount Lorne ou encore Marsh Lake, situées entre 20 et 70 km, sont assez proches de Whitehorse pour aller y travailler tous les jours. En termes de temps, il faut compter entre 15 et 60 minutes de route pour relier, en auto, certaines des subdivisions de ces communautés avec la capitale. Or, ces secteurs ne sont pas desservis par un réseau publique de transport en commun.

Pour beaucoup, vivre sans voiture au Yukon n’est donc pas une option viable. Pour d’autres, cependant, c’est un choix. Aujourd’hui, il existe quelques solutions pour vivre sans voiture au-delà de Whitehorse.

Les personnes qui n’ont pas de véhicule doivent s’organiser autrement : covoiturage, auto-stop (pouce), services de navettes ou location de voiture. Autant de solutions qui demandent des ressources : du temps, de l’argent et un bon réseau, surtout lorsqu’il faut se rendre au travail quotidiennement. Il est d’ailleurs fréquent de voir des annonces sur Internet, notamment sur Facebook ou le site Web yukonrideshare.com, dans lesquelles touristes ou personnes résidant au Yukon cherchent un covoiturage pour aller dans l’une des communautés du territoire ou pour aller faire une randonnée en dehors de Whitehorse.

Pour ce qui est des écoles, le service de transport scolaire prend en charge les enfants de ces communautés. Pour ces jeunes, il s’agit parfois de faire plus d’une heure de trajet, dans chaque direction, matin et soir.

Compter sur la solidarité

Mark T., rencontré sur le bord de la route alors qu’il faisait du pouce, a fait le choix de vivre sans voiture. Installé à Mount Lorne, ce Yukonnais de naissance a vendu son véhicule il y a trois ans.

« Entre l’assurance, l’entretien et l’essence, j’ai décidé de ne plus dépenser un dollar sur ma voiture, c’est trop absurde », explique-t-il.

Ancien mineur de 69 ans, il a vendu sa propriété pour adopter un mode de vie plus minimaliste. Il vit aujourd’hui dans une yourte, sans eau courante ni électricité, et se rend chaque jour à Whitehorse pour effectuer des petits contrats.

« Marcher ne me fait pas peur », dit-il. Pour lui, l’auto-stop est une alternative cohérente avec ses valeurs, même si elle comporte des contraintes. « Le plus dur, c’est l’hiver. Quand il fait froid et sombre, il faut être bien équipé et visible. »

Isabelle Piché a lancé Adventure Time en 2023.

Photo : Fournie

Offrir un service à la communauté

À Haines Junction, une initiative locale tente de répondre à ces lacunes. Isabelle Piché a lancé un service de navette après avoir constaté le coût des déplacements.

« Un jour, une touriste m’a dit avoir payé 400 dollars pour venir de Whitehorse. C’est là que j’ai compris qu’il y avait un réel besoin », raconte-t-elle.

Elle fonde alors Adventure Time, une entreprise qui fournit une navette reliant les deux communautés plusieurs fois par semaine. « J’offre plus qu’un simple transport. C’est un véritable service à la communauté. »

Sa clientèle est variée : étudiant.es qui rentrent les fins de semaine ou encore personnes âgées ayant des rendez-vous médicaux en ville. Elle évoque aussi une mère de famille à qui elle livre ses courses à domicile. « Ça lui change la vie », souligne Isabelle.

Son initiative répond à une demande croissante. « Il y a même un couple qui s’est décidé à s’installer à Haines Junction sans véhicule, car il savait que je proposais ce service ». À ce jour, aucune autre entreprise ne propose une offre similaire, en dehors des services réservés aux citoyen.nes des Premières Nations de Champagne et d’Aishihik.

S’organiser autrement

Qu’on ait ou pas de voiture, lorsque plusieurs personnes de la famille ont des activités en ville, l’organisation est essentielle. Les parents peuvent passer du temps à attendre leurs enfants avant ou après des activité extra-scolaires. Se rendre à la bibliothèque est une option efficace et gratuite pour attendre en ville.

Lorsqu’on vit en dehors de Whitehorse, il est également fréquent de faire participer la communauté pour aider aux déplacements. Demander au voisinage ou aux proches s’ils ont de la place dans leur voiture et s’organiser activement est, pour beaucoup, la clé du succès.

Chez les plus jeunes aussi, l’adaptation est nécessaire. Erwan, 14 ans, vit à Mendenhall avec ses parents. Il se rend à l’école avec eux tous les jours. « Le plus compliqué, c’est de voir mes amis après l’école ou le week-end. Il faut prévoir à l’avance et bien s’organiser », confie-t-il.

À Whitehorse, se déplacer sans voiture est viable, mais en milieu rural, cette réalité est tout autre. L’hiver, la noirceur et les conditions météorologiques compliquent davantage les déplacements.

Vivre sans voiture au Yukon est possible, mais cela reste une option marginale, qui exige organisation, solidarité et adaptation. 

Mark T. fait du pouce tous les jours pour venir travailler en ville. Il a décidé d’arrêter de conduire il y a trois ans.

Photo : Kahina Chouiter

Les bonnes pratiques de l’auto-stop (pouce)

Comme Mark T., on peut se retrouver à faire du pouce au Yukon. Pour le faire en toute sérénité et sécurité, voici quelques conseils :

Soyez visible : Mettez des vêtements réfléchissants. Placez-vous dans un endroit où les voitures peuvent vous voir et se garer sur le bas-côté facilement et en toute sécurité.

Prévoyez des vêtements supplémentaires : La météo au Yukon peut changer rapidement, même en été. Parfois, ça prend du temps avant que quelqu’un ne s’arrête.

Ne montez jamais dans un véhicule si vous ne le sentez pas. 

Pensez à prendre une photo de la plaque d’immatriculation du véhicule, et à l’envoyer à une personne proche. Ça rassurera tout le monde : vous, la personne qui conduit, et vos proches!

Voyagez léger, avec peu de bagages. Prenez vos affaires avec vous et ne les mettez pas dans le coffre afin d’y avoir accès en tout temps.

Ayez du spray anti-ours : Les ours sont très présents le long des routes pour se nourrir.

Choisissez des endroits stratégiques : Comme les stations-service où les conducteurs et conductrices sont déjà arrêté·es. C’est plus facile de vous faire de bons contacts. .

Bouger pour sa santé et celle de la ville

Selon la Ville de Whitehorse, la capitale yukonnaise compte environ 33,9 km de sentiers pour 1   000 habitant·es. La moyenne canadienne est de 0,9 km pour 1  000 habitant·es.

Chaque année, au mois de mai, la Ville de Whitehorse encourage sa population à opter pour d’autres options : marche, vélo, covoiturage ou bus, en participant au défi Déplacement actif.

Une nouvelle piste cyclable va également voir le jour entre le quartier de Whistle Bend et le centre-ville, une alternative qui devrait apporter plus de sécurité pour les personnes adeptes de transport actif habitant ce quartier, qui soulignent de manière positive cette initiative.

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