Françoise a fait de la broderie son art de prédilection lorsqu’elle a quitté sa cabine pour vivre dans un véhicule aménagé.
Le coup d’envoi de cette exposition a eu lieu le 9 janvier dernier. Les œuvres ont été dévoilées lors d’un vernissage et orneront les murs de la galerie Arts Underground jusqu’au 31 janvier prochain. Intégration/Transformation, cette double série d’œuvres brodées, est le fruit de deux années de production intense et de recherches esthétiques.
Pour l’artiste, qui n’a pas pu se présenter au vernissage en raison de récents soucis de santé, cette exposition n’est pas seulement une démonstration de talent, mais un véritable témoignage de sa propre capacité à s’adapter aux courants de la vie.
Un virage forcé par la vie
L’artiste n’était pas prédestinée à faire de la broderie son médium de prédilection. Autrefois, elle vivait dans une plus grande cabine que celle dans laquelle elle vit actuellement, et elle y pratiquait le tissage sur un grand métier (rugmaking). Cependant, l’apparition d’arthrose dans ses mains et ses poignets a rendu cet effort trop exigeant physiquement. « Je n’étais plus capable de faire cette discipline-là », confie-t-elle.
Ce changement de cap artistique a coïncidé avec un changement de mode de vie, au moment même où elle troquait sa cabine pour la simplicité d’une vie à bord d’un campeur aménagé, puis, plus récemment, celle d’une plus petite cabine. La broderie s’est alors imposée comme une solution naturelle : un art qui demande peu d’espace, aucun équipement lourd et, surtout, qui s’avère beaucoup moins éprouvant pour ses articulations. Ce passage du tissage à l’aiguille est, en soi, une illustration parfaite des thèmes qu’elle explore aujourd’hui.
Intégrer pour mieux transformer
« L’exposition se divise en deux volets distincts, mais complémentaires », explique la brodeuse.
La première série, produite l’an dernier, porte sur l’intégration. Pour l’artiste, l’intégration est un processus universel et constant. « Ce sont des broderies abstraites qui mélangent la broderie et la photographie, alors que la partie transformation est plus figurative », explique-t-elle.
« Ça m’est venu de l’idée qu’on est toujours en train de s’intégrer dans la vie : à l’école, à la garderie, quand on déménage ou qu’on commence un nouveau travail. Il faut toujours s’intégrer à une nouvelle communauté. Pour la transformation, c’est parce que même une fois intégré, il y a toujours un mouvement qui se fait dans les relations », poursuit l’artiste.
Contrairement à la première partie, ces œuvres sont plus figuratives et s’inspirent des éléments de la nature : la terre, représentée par des champignons et des cocottes de pin; l’air, illustré par la métamorphose d’un papillon ou la grâce d’un colibri; et l’eau, explorée à travers des poissons et des coquillages.
Un processus entre structure et abandon
Le processus créatif de Françoise varie selon le style de l’œuvre. Lorsqu’elle travaille sur ses pièces non figuratives, elle se laisse porter par le flow, sans plan préétabli. « Je commence avec un petit morceau de photo et je me laisse porter par les émotions, les couleurs et les textures. Je ne sais jamais ce que ça donnera en bout de ligne. »
Pour le volet figuratif, l’approche est plus concrète, s’appuyant sur des dessins préparatoires, bien que le choix final des couleurs reste spontané.
Chaque œuvre est un travail de fourmi et demande des quantités astronomiques de temps et de patience. « Si des gens pensent que mes œuvres sont trop chères, j’aime leur mentionner que mon temps revient à peu près à 75 sous de l’heure! », affirme l’artiste en riant. « Ça peut prendre des heures ou des jours. Je ne peux pas vraiment répondre pour dire combien de temps ça prend. C’est beaucoup d’ouvrage. »
Toutes les œuvres de l’exposition sont mises en vente.
Les messages de l’artiste
L’artiste ne cherche pas à imposer un message précis : elle offre ses œuvres à l’œil du spectateur et de la spectatrice, acceptant que chacun y trouve — ou non — une émotion qui lui est propre. « Le public regarde avec son propre œil. J’ai mon énoncé artistique pour expliquer ma démarche, mais après, cela appartient au public. Certains seront émus, d’autres non, certains aiment ce que je fais, ou pas, mais mon travail est fait à ce stade-là. »
Regarder vers l’avant
Françoise La Roche n’en est pas à son premier rodéo. Forte d’une précédente exposition solo, et de plusieurs expositions collectives, dont La bête à cinq têtes, elle prépare déjà ses prochains projets.
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Son récent incident médical l’a forcée à annuler une résidence d’artiste en Islande prévue pour avril prochain. Bien que déçue, elle refuse cependant de se laisser abattre. « La vie va m’apporter autre chose », dit-elle, envisageant de réaliser sa résidence à la maison.
Car son regard est déjà bel et bien tourné vers l’avenir. Elle prévoit en effet une nouvelle exposition solo d’envergure au Centre des arts du Yukon, au printemps 2027. D’ores et déjà, elle donne l’eau à la bouche : le projet traitera de la charge mentale, sera de nature plus multidisciplinaire que l’exposition actuelle, et intégrera du son, des enregistrements audios, des installations et, bien sûr, de la broderie.
En attendant, le public est invité à découvrir son univers à la galerie Arts Underground, jusqu’au 31 janvier prochain.
IJL – L’Aurore boréale
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