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le Jeudi 9 avril 2026 8:00 Éditoriaux

Luminescence

  Photo : Maryne Dumaine
Photo : Maryne Dumaine

Depuis la nuit des temps, nous prenons la lumière comme repère.

Avant même la découverte du feu, le rythme de nos ancêtres suivait celui du Soleil, seule source de clarté.

Puis le feu a changé la donne. Il a offert la chaleur, bien sûr, mais aussi une nouvelle façon d’interagir avec l’environnement. Il a permis d’apprivoiser l’obscurité, de créer de la lumière là où il n’y en avait pas. En nous montrant ce qui se cache dans le noir, il est devenu plus qu’une protection : sa lumière est devenue une alliée.

Depuis quelques jours, nous venons de passer l’équinoxe. Eh oh! Comme ça se voit! Chaque jour un peu plus.

Cette dualité entre lumière et obscurité qui s’impose dans nos vies est comme un leitmotiv qui crée, chaque année, un émerveillement. Impossible de ne pas s’en rendre compte! Ce moment où la lumière reprend le dessus est immanquable. Il alimente les conversations d’ici, tout comme celles que nous tenons avec ceux et celles qui sont loin.

Humains, faune et flore ont alors ce point commun : nous remarquons, ensemble, ce grand changement. Cette lumière qui arrive dans nos vies comme un cheval au galop nous laisse à mi-chemin entre admiration et légère confusion face au temps qui passe. (Quoi, il est déjà 21 h! Impossible?! Il fait encore grand jour dehors!)

Très concrètement, tout ce qui est vivant cherche la lumière ces jours-ci. Nos visages se tournent comme des tournesols vers le Soleil. On sort de nos tanières. Les chiens s’allongent là où la chaleur frappe leur fourrure. Les chats s’installent sur les bords de fenêtre lumineux. Et les pousses printanières s’étirent, prometteuses de récoltes dans les mois à venir.

Pourtant, nous sommes encore dans ce moment fragile où deux saisons se croisent, où l’hiver persiste dans nos gestes, même si la lumière, elle, revient déjà. Les poêles à bois sont encore allumés, pour retenir un peu de chaleur au milieu de ces derniers jours encore froids. Et peut-être faites-vous partie aussi de ces personnes qui allument des bougies.

Non plus par nécessité, puisque la lumière reprend le dessus, mais par choix. De façon encore plus consciente.

Une bougie n’impose rien. Elle accompagne.

Si vous passez au bureau de l’Aurore boréale, vous en verrez souvent une allumée, sur le bord de la fenêtre. En toute saison.

Quelques jours après l’équinoxe, il flotte dans l’air cette idée simple, mais essentielle : tout peut recommencer. Sous la neige qui fond, sous les sols encore froids, quelque chose se passe. L’histoire ne s’est pas arrêtée avec la noirceur. Le froid et l’obscurité n’ont pas été garants de « la fin. »

C’est aussi ça, pour moi, les bougies. Dans un geste conscient, je deviens celle qui crée la flamme. Pour qu’à son tour, elle m’apaise. J’allume des bougies presque chaque jour. Pour méditer. Pour m’accompagner. Pour une présence.

Saviez-vous que dans des pays comme la Norvège, la Suède ou le Danemark où, comme ici, les hivers sont longs et sombres, la bougie a dépassé sa fonction pratique pour devenir un symbole de bien-être? On y allume des bougies pour créer du hygge, ce mot danois, difficile à traduire, qui évoque une forme de confort simple, de chaleur douce, de présence.

Une pièce éclairée par plusieurs flammes n’est pas seulement plus lumineuse : elle devient plus humaine. Cette lumière douce agit sur le système nerveux de manière subtile. Elle réduit la stimulation, ralentit le rythme, invite à la détente. Dans un monde où tout va vite, où il y a plein d’incertitudes, où les écrans saturent notre attention et où l’actualité peut être lourde, la flamme ramène à quelque chose de simple, de tangible et de réconfortant.

Allumer une bougie est donc un geste intentionnel pour marquer une pause, pour créer un espace de calme, pour éclairer aussi ce qui a besoin de l’être, en nous. Pour allumer notre propre flamme. Notre propre lumière intérieure. Notre luminescence.

La luminescence, selon le dictionnaire, c’est une lumière émise sans combustion. Une lumière douce, intérieure. Une lumière qui ne brûle pas, mais qui existe, pleinement. Comme ces algues luminescentes ou les lucioles, que l’on peut voir dans le noir, mais qui ne se consument pas.

Peut-être est-ce cela, finalement, le vrai secret de la lumière : son essence.

Sa lumin-essence. Cette lumière qui ne dépend pas seulement du feu, ou des saisons, mais plutôt de ce que nous portons en nous.

Et aujourd’hui, en regardant les bougies allumées chez moi pour un ami cher, à l’aube d’un autre passage, je me dis que certaines lumières, finalement, ne s’éteignent jamais. Elles continuent simplement de vivre d’une autre façon, à l’intérieur de nous.

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