Le mois de janvier est propice aux résolutions. C’est aussi un moment idéal pour la rétrospective. Regarder l’année écoulée permet parfois de mieux comprendre ce que l’on a traversé.
Dans le froid glacial du Yukon qui s’est installé, autour de soupers de famille ou à travers les messages des fêtes envoyés aux proches, on a pu voir des gens choisir « le beau ». Les photos de repas encabanés, de cils givrés, de sourires face à des montagnes de neige fraîchement pelletées, de petits moments partagés… Il suffit parfois d’un choix conscient pour voir le beau.
L’année 2025 a été marquée par des jours de défis. Le froid, récemment, mais aussi la politique. Les feux de l’été. L’instabilité économique d’un monde en chambardements. Nous avons perdu des êtres chers, connu la peine, la douleur face à la maladie. Nous avons vécu des moments de frustration. Des moments de doute, aussi.
Il y aura toujours dans le monde, la misère, les conflits, la douleur et les larmes. Il y aura toujours ces choses anxiogènes, ces jalousies, ces malaises. Ces choses faites qu’on ne peut pas défaire. Ces moments qui nous frappent comme des couteaux dans le ventre.
Pourtant, il est souvent possible de décider de donner moins de place aux irritants, et de laisser les belles choses prendre le dessus. Le froid et la noirceur, dehors ou dans le cœur, ne s’effacent pas d’un coup de baguette magique. C’est certain. Mais la façon dont nous y répondons, ça, ça nous appartient.
Les familles, qu’elles soient recomposées ou pas, nucléaires, choisies ou à distance, sont de magnifiques exemples où semer le beau promet de belles récoltes. Dans des contextes où les frustrations ont existé ou persistent, où les tensions ont parfois encore leur place, choisir de faire un souper tous ensemble est un choix délibéré. Qui porte en soi une quantité infinie de petites graines de bonheur.
Beaucoup d’entre nous vivent dans des environnements recomposés. Cet hiver, j’ai eu la chance d’intégrer une famille mosaïque magnifique. J’ai aussi eu l’immense privilège de pouvoir voyager et voir des proches, dont certains très malades. Ces visites, ces rencontres, ces moments presque « volés » à la routine m’ont montré que, même dans les moments sombres, nous portons en nous une force. Un pouvoir presque magique : celui de voir, et parfois même de choisir, consciemment, le beau.
Profiter du moment présent avec des proches. Découvrir des passions communes avec une nouvelle famille. Rire d’une bonne blague avec un ami. Marcher avec quelqu’un jusqu’à avoir de la misère à parler tellement nos lèvres ont froid, et rire, la bouche gelée. Dessiner côte à côte près du feu, ou jouer à des jeux en famille… Ces petits instants, presque insignifiants, sont en fait porteurs de notre force intérieure.
Choisir le beau, c’est Pavlina Sudrich qui publie des vidéos où elle va travailler en kicksled lorsque sa voiture ne démarre pas par ce froid polaire. C’est Maéva Esteva qui, comme beaucoup de Yukonnais et de Yukonnaises, lance de l’eau chaude qui s’évapore, dans une poésie pour les yeux. C’est le Partenariat communauté en santé qui rappelle que nous n’avons pas toutes et tous le privilège d’un Noël joyeux, mais que, malgré tout, il existe toujours des gens — parfois même des inconnus — qui nous envoient de bonnes vibes.
C’est le sourire d’une personne en situation d’itinérance, le 26 décembre, recevant une paire de chaussettes chaudes de la part d’une travailleuse sociale. C’est le regard plein d’étoiles d’une mère devant ses enfants, adultes, mais redevenus tout-petits, enfin réunis pour les fêtes.
Choisir le beau, c’est aussi ce que fait Monique Levesque, dont le travail est enfin mis en lumière après des décennies de petits pas dans l’ombre, et qui, humblement, dans de chaudes larmes, remercie sa communauté.
Choisir le beau, c’est décider : nous sommes là, ensemble. Sur cette poussière d’étoiles qu’est la Terre. C’est prendre consciemment la voie qui apaisera les peines.
La noirceur rend plus fort, dit-on, mais la lumière qui refait son chemin éclaire ces forces qui naissent en nous dans les moments d’adversité.
En ce début d’année, tournons nos regards vers les sourires qui nous entourent. Ouvrons nos cœurs aux bonheurs, petits et grands. « Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière », a affirmé le scénariste français Michel Audiard. Choisir le beau, ça paraît parfois fou. Mais le beau et le doux, c’est encore ce qui nous permettra de solidifier nos âmes, nos familles et nos communautés.
Alors, en ce début d’année, je vous souhaite de laisser entrer la lumière. Au nom de l’équipe du journal, je vous souhaite une belle année 2026 et vous promets qu’édition après édition, nous vous aiderons à voir du beau.
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