Au Canada, une femme sur quatre subira une expérience de violence physique ou sexualisée au cours de sa vie. Au Yukon, ce taux sera de trois à quatre fois plus élevé, selon les données du site End Violence Yukon.
Cette violence s’intensifie lorsque l’on cumule certaines caractéristiques, comme le handicap, l’orientation sexuelle ou l’origine ethnique. Par exemple, le taux d’homicides chez les femmes et les filles autochtones est près de sept fois plus élevé que chez celles qui ne le sont pas. La violence genrée se manifeste sous diverses formes, telles que physique, sexuelle, psychologique ou économique. On la retrouve partout : dans la rue, au travail, sur les réseaux sociaux, et au sein même du foyer. Au Canada, plus de 11 millions de personnes ont été victimes de violence de la part de son partenaire (un type de violence fondée sur le sexe) au moins une fois depuis l’âge de 15 ans.
Une violence qui traverse les siècles et se retrouve dès les textes mythologiques antiques, gréco-romains et bibliques, où la femme est souvent présentée comme maléfique. À la barre des accusées : les harpies et les furies, Pandore, les déesses, ou encore les Amazones, et bien sûr, Ève, personnage transgressif et représenté comme tentatrice. Mentionnons également la chasse aux sorcières qui a sévi en Europe entre le XVe et le XVIIIe siècle, notamment lors des procès de Salem aux États-Unis, et qui subsistent encore en Afrique comme au Sénégal, où les veuves sont régulièrement ostracisées.
En somme, les exemples sont trop nombreux pour être tous cités. Mis en perspective, ces faits évoquent le mythe de Sisyphe, condamné par les dieux à pousser éternellement sa pierre jusqu’au sommet d’une montagne.
Pourquoi tant de violence?
Cette violence perdure aujourd’hui pour de multiples raisons. Elle s’enracine dans des structures de pouvoir anciennes et des normes sociales encore vivantes, soutenues par des systèmes qui peinent à protéger les victimes et à responsabiliser les agresseurs.
Face à la normalisation de la violence, il est essentiel de la nommer. Par exemple, l’expression « culture du viol » a été remise en avant par le mouvement international #MeToo. Elle désigne les comportements qui banalisent, excusent ou justifient les agressions sexuelles, ou qui les transforment en plaisanteries et en divertissements.
Il est également crucial de parler et de diffuser le concept de consentement. Le mois dernier, la France a intégré la notion de consentement à la définition du viol dans le code pénal, rejoignant ainsi des pays comme le Canada ayant déjà réformé leur législation en ce sens.
Alors, que faire?
Comment ne pas ressentir de la colère face à ces injustices, de l’indignation, ou de la lassitude, et vouloir dire « OK, c’est assez! »
Militer, batailler, encore et encore. On se rebelle, on ne se laisse pas faire et on le dénonce. De nombreux mouvements existent à travers le monde, comme le fameux mouvement #Metoo, ou le mouvement 4B en Corée du Sud pour dire quatre fois non aux hommes : non aux rencontres amoureuses, non au sexe, non au mariage et non à élever des enfants.
Se rassembler, parler de ses expériences, les partager, se retrouver peut-être dans les paroles des autres. Appréhender son corps, se rappeler qu’il nous appartient et que nous en sommes aussi responsables. L’aimer aussi.
Le 15 novembre dernier, plus d’un millier de personnes, des hommes, des femmes, des plus jeunes et des plus âgées, se sont réunies sur le sentier Millenium pour exprimer leur soutien aux deux femmes agressées cet automne à Whitehorse. Cet événement illustre la solidarité et prouve qu’à plusieurs, on est plus fort·e·s.
Faire des choix : décider de rejoindre un groupe féministe ou un mouvement, adopter son propre style de vie, même lorsque se libérer des pressions sociales et des comportements inculqués depuis l’enfance n’est pas toujours facile.
Choisir le calme aussi, la paix intérieure face à ces violences. Calmer toutes ces voix, ces opinions balancées en rafale, à ces sirènes. S’opposer au chaos. Le calme face à l’agitation, à la clameur permanente. Le calme comme une forme de résistance.
Finalement, mettre fin à la violence genrée demande du temps et nécessite l’engagement de toutes et tous au sein de la société.
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