Alors que la noirceur s’installe, prenons quelques minutes pour contempler une notion qui a longtemps été chassée de notre réalité : la magie.
Octobre, dans de nombreuses traditions anciennes, est associé à la magie. Ce mois est même appelé parfois « le mois des sorcières ». L’Halloween puise d’ailleurs ses racines dans des traditions celtiques, comme Samhain, qui honorait cette période propice aux rencontres entre le monde des vivants et celui des esprits.
On retrouve partout dans le monde des célébrations dérivées de cette ancienne tradition : la Toussaint dans le christianisme, le Día de los Muertos au Mexique, Hop-tu-Naa sur l’île de Man, Kekri en Finlande ou même Cejna Cemayê en Irak. Toutes sont consacrées à honorer les ancêtres, le sacré et les esprits.
Citrouilles, vampires et films d’horreur ont remplacé ce qui était originairement des frissons de connexion par des frissons de peur. Mais, octobre nous invite toujours à honorer cet invisible, et à reconnaitre la continuité entre ce que nous voyons et ce que nous pressentons.
La magie existe encore de nos jours. Ne l’avez-vous pas ressentie dans un de ces rayons de soleil inespérément chauds de ces derniers jours? Quand un bébé se colle contre votre poitrine? Dans la synchronicité parfaite de croiser un·e ami·e au hasard d’une rue? N’avez-vous jamais pressenti qui appelle avant même de décrocher, ou eu envie de faire un vœu en voyant une étoile filante, à 11 h 11 ou en cassant l’os du bonheur d’un poulet? Ces petits gestes, superstitions ou hasards, ne seraient-ils pas les réminiscences d’un temps où la magie avait encore sa place dans nos sociétés?
La science explore elle aussi ces domaines de l’invisible. La vibration des cristaux, bien que considérée par beaucoup comme de l’ésotérisme, est à la base du fonctionnement des montres à quartz et de nombreuses technologies actuelles, y compris les ordinateurs. La physique quantique révèle elle aussi des phénomènes que nos ancêtres percevaient intuitivement.
L’univers est riche et mystérieux. Et la magie que l’on célèbre au mois d’octobre, un peu partout dans le monde, c’est la reconnaissance que le monde dépasse ce que nos sens captent.
Octobre, d’ailleurs, n’est pas que le mois associé aux esprits invisibles. C’est aussi, et cela de façon beaucoup plus officielle, le Mois de l’histoire des femmes au Canada.
Aucune source, cependant, ne fait le lien entre ce mois souvent dédié au sacré dans les traditions anciennes et cette volonté actuelle de mettre en lumière les contributions, réalisations et luttes des femmes à travers l’histoire, souvent négligées dans les récits.
Pourtant, comme le rappelle Mona Chollet, dans son essai intitulé Sorcières. La puissance invaincue des femmes, publié en 2018, la figure de la sorcière est un symbole de résistance féministe face aux oppressions historiques et contemporaines, rappelant que l’indépendance et le savoir des femmes ont longtemps été perçus comme une menace. Au moins, si l’on ne reconnait pas la magie, on commence tout de même à reconnaitre, peu à peu, que les femmes ont été invisibilisées dans les récits historiques. Nous vous proposons dans cette édition deux textes sur ce thème. Car la magie, ce n’est pas seulement ce qui est surnaturel, c’est aussi la force des convictions et des intuitions.
Elle touche d’ailleurs ce qui est le plus intime en nous — instinct, mémoire, besoin de croire et d’espérer. Elle se trouve dans la méditation, le chant, les plantes, les saisons… Comme a dit Mère Teresa : « aie foi dans les petites choses, car c’est en elles que réside ta force. » Cette fidélité aux petites étincelles, comme l’amour, la présence ou la gratitude, au final, c’est peut-être ça, notre vraie magie.
Lorsqu’on perçoit ce qui ne se voit pas, mais qu’on ressent, on s’ouvre à un savoir ancien, suspendu entre terre et ciel, entre passé et futur. Dans cette acceptation, la peur recule, la solidarité naît et la communauté se tisse autour des ombres qui dépassent nos inquiétudes.
La magie allie instinct et raison : la connexion avec l’univers, le Grand Esprit ou le divin, et la volonté raisonnée d’agir pour obtenir un effet désiré. Cristaux, plantes, incantations, prières, musique, art… tout cela participe à ce grand domaine qui relie le tangible et l’intangible, le quotidien et le mystère, le visible et l’invisible.
En ce mois d’octobre, embrassons la noirceur, nos peurs et nos vulnérabilités. Sans craindre de perdre notre lumière, mais au contraire, pour mieux la définir. Permettons-nous de croire, même un peu, à nos pouvoirs et à ceux des autres, à cette énergie mystérieuse qui palpite au cœur de l’existence et nous unit ici et maintenant.
Joyeuse Halloween, et bonne lecture!
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