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le Jeudi 9 octobre 2025 8:00 Éditoriaux

Sommes-nous trop paresseux, paresseuses?

  Photo : Pixabay
Photo : Pixabay

Sur ICI Première, Boucar Diouf évoque dans une vidéo « l’ère du grand repos neuronal », une tendance qui, selon lui, va s’accélérer avec l’essor de l’intelligence artificielle (IA). Pour l’humoriste, l’IA prend peu à peu le relais de notre cerveau : « Mettez-vous en mode repos, on s’occupe de tout […] Dis-moi ce que tu veux, je te le fais en 30 secondes », résume-t-il. Notre environnement entier nous rendrait paresseux, paresseuse.

Dans notre quotidien, plusieurs d’entre nous ont recours à divers outils d’IA qui nous permettent de faciliter certaines tâches ou de nous faire gagner du temps. Ils sont d’ailleurs indispensables dans divers domaines professionnels comme celui de la santé, des transports ou des finances.

Coach santé, coach sportif, psychologue… Les logiciels d’IA ne manquent pas de ressources! Ce sont des outils géniaux qui peuvent nous aider à apprendre une langue, par exemple. Ce genre d’outil peut également agir en tant que conseiller financier. Écrire une lettre de motivation? Rien de plus facile, avec quelques mots clés, la lettre des plus « convaincante » est rédigée en quelques secondes. L’IA se pose désormais en référence pour nous filer un coup de main.

Les intelligences artificielles génératives sont des outils puissants, mais qui font aussi couler beaucoup d’encre ces dernières années. La question aujourd’hui n’est plus tant si on doit les utiliser ou non, mais plutôt comment en faire un usage éthique et responsable.

Cerveau au ralenti?

Avoir recours à ChatGPT, par exemple, de manière systématique peut amener à des questionnements. Quel usage en faire à l’école, à l’université ou dans le domaine de la recherche? Comment savoir l’utiliser de façon éthique, responsable, et éduquée? Est-ce qu’un jour, à la fin d’un texte scientifique, il faudra ajouter l’IA en tant que coauteur?

Et dans le journalisme? L’IA transforme aussi les métiers des médias. On y a recours dans la production de contenu, par exemple. Par exemple, QUB Radio, la radio numérique de Québecor, utilise ChatGPT depuis mai 2023 pour rédiger de courts articles basés sur des entrevues audio. D’autres médias ont présenté leurs lignes directrices visant à encadrer l’usage de ces technologies. Nous même, nous avons intégré l’utilisation de l’IA dans notre politique éditoriale. Mais tout n’est pas à mettre dans le même panier. Francopresse a fait le choix d’informer son lectorat à la fin de ses articles si l’équipe en a recours, et de quelle manière elle a été utilisée. Cela restera-t-il nécessaire sur le long terme?

Des voix accusent les outils d’IA : leur utilisation inciterait notre cerveau à moins travailler. Réfléchir, organiser nos idées et savoir les retranscrire ne serait peut-être plus aussi évident sans l’aide de ces logiciels.

Dans le domaine éducatif, comment savoir si un devoir a été effectué seul ou à l’aide de l’IA? Cette question rappelle les fameux plagiats, sévèrement sanctionnés à l’université ou auprès des auteurs ou autrices à l’éthique douteuse. Pourtant, il n’a pas fallu attendre la venue de l’IA pour tricher. Qui n’a jamais effectué des travaux avec l’aide de son ou sa camarade de classe? Et utiliser l’IA à bon escient est-il réellement considéré comme de la triche? Il fût un temps où utiliser une calculatrice ou un ordinateur était considéré comme de la triche par les puristes des mathématiques.

En faire bon usage

Comme beaucoup de technologies, ce n’est pas tant le produit en lui-même qui pose un problème, mais plutôt la façon dont on l’utilise.

À la différence d’une calculatrice, l’IA pose encore un défi majeur : sa fiabilité. Il faut toujours bien vérifier ses propos, et ne pas croire aveuglément à ce que le logiciel nous dit. N’oublions pas qu’il se nourrit de plus en plus de ce qu’il génère, et donc sa fiabilité est loin d’aller en s’améliorant.

Dans les salles de classe, à l’université ou au travail, un travail d’accompagnement est nécessaire pour utiliser ces logiciels à leur plein potentiel. Mais ce potentiel est indéniable : pensons notamment à tous les outils qui pourront aider la population neurodivergente, par exemple.

Il reste encore du chemin pour comprendre comment les intégrer au mieux dans notre quotidien, et en saisir les risques et les bénéfices. Se familiariser avec ces outils prend du temps et de la pratique. D’où la nécessité d’en discuter autour de soi, de s’informer sur le sujet, de le questionner et d’exercer notre jugement critique. Intégrer ces intelligences artificielles génératives est le fruit d’un travail collectif et s’inscrit dans une démarche durable.

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