Ça y est. Les écoles ont rouvert leurs portes, et les banques de vacances sont écoulées.
Entre l’excitation des retrouvailles et l’appréhension des défis à relever, la rentrée a parfois un goût doux-amer. Nos cœurs sont tournés vers cette page blanche qui s’ouvre, mais nos esprits flottent encore dans les brumes dorées de l’été.
Dans ce numéro, nous vous invitons à faire un pas en arrière, dans la mémoire. À travers deux hommages, nous honorons des piliers de la francophonie. Mme Journeaux-Henderson, bien connue, mais aussi M. Lécuyer. Leur parcours, au-delà de leur engagement, est parsemé de gestes généreux et de simplicité, et d’une succession de petits moments : discussions, éclats de rire, déceptions parfois, et succès partagés.
C’est cela, la mémoire collective : plus qu’une suite de faits et de dates, elle se dessine dans les vies entrelacées. Ces instants quotidiens deviennent des fondations. Quand Mme Journeaux-Henderson appelait, dans les années 1980, des francophones trouvés dans l’annuaire pour rêver d’une école en français, elle ne construisait pas seulement un projet : elle tissait un avenir collectif. Certes, ses chiffres n’étaient pas gros, mais elle avait la conviction que ce n’était qu’un début.
Pouvoir s’exprimer en français, chez le médecin ou ailleurs, n’est pas un acquis tombé du ciel. Ce sont des conquêtes fragiles, bâties à force de convictions similaires, de visions – et de nombreux moments partagés, jour après jour.
C’est pour cela que ce journal existe : pour garder des souvenirs. Pour que notre mémoire reste vive, enracinée.
Quel bonheur de voir que vous y contribuez avec enthousiasme. Le concours photo a battu tous les records cette année, avec près de 100 clichés reçus! Vos photos sont autant de témoignages qui démontrent que notre communauté est engagée envers son média local. Chaque cliché raconte un petit bout de l’été : couchers de soleil flamboyants, randonnées aux sommets, premières fois mémorables, retrouvailles, amitiés, plein air. Ces éclats de vie, ce sont vos souvenirs, et désormais, ce sont les nôtres, collectivement.
Nous revenons aussi, dans cette édition, sur les moments forts de l’été, et en particulier sur deux événements d’envergure qui ont marqué la jeunesse : les Jeux de la francophonie canadienne à Laval et les Jeux d’été du Canada à St. John’s. Le Yukon y a brillé avec ses plus grandes délégations jamais envoyées! Ces Jeux ont tissé des souvenirs inoubliables — des rencontres, du dépassement, des fiertés — qui nourrissent à leur tour la mémoire collective.
Dans ce contexte de rentrée, ces souvenirs réchauffent le cœur.
Et on en a besoin en ce début d’année scolaire, car la réalité ne tarde pas à frapper : les boîtes à dîner refont surface et les agendas se remplissent plus vite qu’un canot dans les rapides de la rivière Takhini! Les défis s’accumulent : projets freinés en plein vol, budgets à réviser…
La rentrée a aussi un goût brutal cette année pour celles et ceux qui l’ont amorcée à l’aéroport, valise à la main, dans l’attente d’un vol annulé. Après l’échappée belle de l’été, la lumière infinie et les horaires souples, le retour au quotidien peut sembler lourd.
Dans ces moments-là, les souvenirs précieux réchauffent le cœur. Et si l’anxiété ou la fatigue se font sentir, rappelons que de l’aide existe : le Partenariat communauté en santé peut vous orienter vers des ressources en santé mentale.
Et si on profitait de ces beaux souvenirs pour tenter une nouvelle approche? Au lieu d’un « retour à la réalité », la rentrée pourrait être l’occasion d’inventer un chemin différent? Et si, au lieu de courir, nous continuions à marcher doucement?
Carl Jung disait : « Ce à quoi tu résistes persiste. Ce que tu embrasses s’efface. ». Alors, au lieu de commencer à pleine vitesse, peut-être vaut-il mieux laisser doucement place à ce qui veut naître.
Le changement ne se crie pas toujours. Parfois, il commence par un léger déplacement intérieur. Une conviction intime : celle d’être en accord avec soi. Les athlètes et les personnes que nous honorons dans ce numéro ne se sont jamais laissés décourager. Leur ténacité était enracinée dans une vision.
Et si c’était ça, la clé d’une rentrée apaisée : une foi constante dans le fait que l’avenir que l’on souhaite voir advenir se construit à petits pas, et non pas en sprint.
Alors, à l’aube de septembre, je vous propose d’amorcer la rentrée comme on entre dans une forêt : avec respect, curiosité et, pourquoi pas, avec lenteur. Acceptons que tout ne soit pas parfait, que tout ne soit pas clair tout de suite. Laissons mûrir ce qui doit l’être. Et si certaines portes se ferment, souvenons-nous qu’il y a toujours un ailleurs, un autre chemin. Mais pour le trouver, il faut parfois oser.
S’arrêter.
Et respirer.
Bonne rentrée.
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