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le Jeudi 26 juin 2025 8:00 Éditoriaux

Souligner

  Photo : Maryne Dumaine
Photo : Maryne Dumaine

Au Yukon, comme ailleurs au Canada, juin est un mois de célébrations. Fin des classes, cérémonies de diplômes et solstice d’été sont autant d’occasions de célébrer, de chanter et de danser sous le soleil de minuit.

Juin est aussi le mois où l’on compte le plus de journées internationales déclarées par l’ONU. Souligner, commémorer, sensibiliser. Autant de verbes qui rappellent que rien n’est jamais totalement acquis. Ce qui semble stable pour nous ne l’est peut-être pas pour d’autres. Quand nous vivons sous des cieux paisibles, d’autres luttent pour leur vie, pour leurs droits, leur terre, leur culture ou pour la reconnaissance de leur identité. Juin, aussi doux soit-il, me semble donc un moment parfait pour prendre conscience de nos privilèges.

Commençons par le Mois de la fierté. Et donc, par extension, celui de l’inclusion et de la diversité. Je me souviens avoir emmené mes enfants, il y a une dizaine d’années, à la parade de la fierté. Déjà, à l’époque, du haut de leurs trois pommes, il leur était complexe de comprendre ce qui était matière à célébration. « Pourquoi y a-t-il une parade? », me questionnaient-ils. « On s’en fiche de qui aime qui ». Dans notre famille, cette parade a donc été rebaptisée la fête de l’amour, après que je leur ai expliqué que, dans la vie, tout le monde n’a pas toujours eu le droit d’être ni d’aimer qui iel voulait.

Quel bonheur de voir que, de plus en plus, la nouvelle génération ne se formalise pas de personnel enseignant non binaire, de changement de genre ou que des personnes de leur famille sont gaies ou lesbiennes! Pourtant, les tabous persistent. Pas toujours facile, même de nos jours, de faire un coming out. Rien que ce terme, souvent traduit par « sortir du placard », exprime un geste réfléchi, un pas à faire pour « sortir d’une cachette », tandis qu’il s’agit simplement de déclarer son soi naturel. Il reste encore donc encore du chemin à faire et il est encore utile, judicieux, et même nécessaire de continuer de revendiquer et de souligner le mois de la fierté…

Le mois de juin est aussi le Mois de l’histoire autochtone. Là aussi, le chemin parcouru, surtout au Yukon, est non négligeable. Quand on parle de cette histoire, on réfère à celle, douloureuse et complexe, que le Canada tente encore de regarder en face. À l’occasion de ce mois, il est bon de prendre conscience là aussi de nos privilèges. Et du chemin qu’il nous reste à faire pour apprendre, et comprendre. Plusieurs centres culturels autochtones sont ouverts au public au Yukon. Carcross, Haines Junction, Whitehorse, Dawson sont autant d’endroits où les gens vous raconteront avec une grande générosité l’histoire de leur peuple. C’est aussi le moment de lire, d’écouter, d’aller à la rencontre. L’occasion de voir au-delà des boucles d’oreilles perlées et des cérémonies d’ouverture, pour comprendre les récits, les défis de transmission, la résistance et, surtout, la résilience.

Au mois de juin, soulignons aussi, sans ordre précis, les différentes journées qui ont eu lieu. Je ne peux toutes les énumérer, mais j’en ai sélectionné quelques-unes. Car souligner, c’est déjà poser un geste d’affirmation, mais aussi de soutien, envers des causes qui méritent d’être encouragées. Ce mois-ci a souligné la Journée internationale de la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée, la Journée mondiale de l’environnement, la Journée mondiale de l’océan, la Journée internationale pour le dialogue entre les civilisations, mais aussi la Journée internationale du jeu et la Journée mondiale du donneur de sang.

Notons également la Journée mondiale contre le travail des enfants, celle de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées et la Journée internationale de la lutte contre les discours de haine. Se trouve aussi dans le calendrier : la Journée internationale des femmes dans la diplomatie, la Journée des micros, petites et moyennes entreprises, la Semaine nationale des archives numériques et le Mois de la santé mentale des hommes.

Ce que ce mois nous enseigne, finalement, c’est l’interconnexion. Entre les gestes posés ici et les conséquences ailleurs. Entre la lumière continue du solstice et l’ombre portée de nos responsabilités. Juin, avec ses longues journées et ses multiples causes, nous invite à célébrer, oui, mais sans cesser de voir. À accueillir l’été sans fermer les yeux sur ce que la planète et sur ce que l’environnement socio-économique nous crie.

Ce soleil qui ne se couche plus est magnifique. Espérons qu’il permettra de mettre aussi en lumière toutes ces causes que nous ne pouvons pas ignorer.

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