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le Jeudi 29 mai 2025 8:00 Éditoriaux

Célébrer la diversité linguistique

  Photo : Pixabay
Photo : Pixabay

Autour de nous, le français se décline sous toutes ses formes : accents variés, expressions, et tournures singulières. Cela peut parfois dérouter, provoquer des malentendus, voire des sourires amusés… Mais, en y regardant de plus près, cette diversité est une richesse inestimable.

Avec le temps, on se surprend à adopter certaines expressions, simplement parce qu’on a vécu ailleurs : quelques semaines, quelques mois, parfois des années. Qui n’a jamais remarqué, chez une personne expatriée ou quelqu’un qui s’est éloigné de son milieu d’origine, une façon de parler un peu différente? Un parler teinté d’ailleurs, qui peut sembler étrange à celles et ceux resté·e·s au pays.

Cette diversité d’expressions francophones façonne notre langage, mais aussi notre identité. Elle est le reflet d’un héritage, celui des migrations, des rencontres, des contextes. Le Canada est un pays d’immigration, où près d’une personne sur quatre est née à l’étranger. Au Yukon, ce sont 13,6 % des résident·e·s qui étaient des immigrant·e·s en 2021 (Bureau des statistiques du Yukon).

Mais parler sa langue dans un milieu linguistique minoritaire peut représenter plusieurs défis au quotidien.

Défis au quotidien

Français, anglais. On jongle entre les deux langues et voire d’autres au quotidien ici au Yukon. Un jonglage pas toujours facile à faire pour les nouveaux arrivants et nouvelles arrivantes.

Parler sa langue n’est pas toujours chose aisée, non plus, selon à qui l’on s’adresse, ou selon l’environnement dans lequel on se trouve, par exemple. On parle alors d’insécurité linguistique. C’est le sentiment que l’on ressent lorsqu’on s’adresse à quelqu’un que l’on perçoit comme un locuteur plus compétent ou une locutrice plus compétente. D’ailleurs, l’insécurité linguistique ne se limite pas aux francophones de langue première vivant en contexte minoritaire. C’est un phénomène universel, qui touche également les locuteurs et locutrices d’une langue seconde.

Il n’est pas facile de cacher notre différence, car on s’en rend compte dès que l’on ouvre la bouche. Le jugement est rapide, car, malheureusement, trop souvent, on juge les autres par leur apparence, mais aussi par leur façon de parler.

Identité langagière

Finalement, quelle est notre place par rapport à une langue, et quel est notre rapport à elle? Comment apprendre à en être fier·ère, à en faire une part assumée de son identité?

Elle vient certes de la confiance en soi, mais aussi avec l’aide des autres. La base de la communication est de transmettre un message et de le réceptionner. C’est un effort donc réciproque.

Il est essentiel d’adapter son langage à l’interlocuteur ou à l’interlocutrice afin d’assurer une compréhension mutuelle. La langue est présentée comme une réalité dynamique, non figée, dont la diversité doit être reconnue et accueillie.

Cette approche valorise ce qui est appelé la « résilience langagière », en misant sur le plaisir d’utiliser la langue française, sur l’exploration de ses différentes formes et sur le rapprochement entre francophones et francophiles.

Une identité linguistique pas toujours facile à assumer chez les plus jeunes. Cette année, un cours de justice sociale est offert en option au CSSC Mercier. Donné pour la première fois, ce cours aborde différents thèmes, comme l’équité, la diversité, et les droits de la personne. Des questions centrales qui mènent à la réflexion. Un questionnement aussi sur le vivre ensemble et l’identité. Certains élèves rapportent se sentir parfois mal à l’aise lorsqu’ils parlent une langue seconde.

Et puis, défendre la diversité linguistique, c’est aussi défendre des projets communs. C’est ce que la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) s’engage à faire depuis 50 ans. Elle agit en tant que voix des communautés francophones en situation minoritaire au Canada, hors Québec. Son rôle est de regrouper les différents acteurs et actrices et partenaires de la francophonie pour faire une seule voix et atteindre un but commun. Celui de faire vivre nos droits, et tout simplement celui de parler notre langue dans un contexte minoritaire.

Il est essentiel de s’affirmer, de cultiver la tolérance et de célébrer nos différences. Enrichir notre vocabulaire, c’est aussi enrichir notre compréhension de l’autre, ouvrir notre esprit.

D’ailleurs, le journal va prochainement partager des capsules intitulées « Moi, j’dis ça comme ça ». Nous vous invitons donc à partager vos expressions avec nous.

Bref, au Yukon, on vit au rythme de francophonies multiples. La langue évolue d’une génération à l’autre, varie d’une région à l’autre et reflète la diversité des origines. L’enjeu n’est pas l’uniformité, mais l’adaptation et l’ouverture à l’autre. Alors, pourquoi ne pas célébrer cette richesse linguistique?

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