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le Jeudi 20 novembre 2025 7:45 Chroniques

Quand la gorge chatouille, les herbes chantent

Angelune Drouin est herboriste, copropriétaire de l’entreprise Nomadic Harvests et de la ferme de plantes médicinales The Herbal Hearth, à Mount Lorne. Avec son partenaire, elle y enseigne des ateliers de jardinage, d’herboristerie et de connexion avec la nature. Pour en savoir plus, visitez nomadicharvests.com — Photo : Nomadic Harvests
Angelune Drouin est herboriste, copropriétaire de l’entreprise Nomadic Harvests et de la ferme de plantes médicinales The Herbal Hearth, à Mount Lorne. Avec son partenaire, elle y enseigne des ateliers de jardinage, d’herboristerie et de connexion avec la nature. Pour en savoir plus, visitez nomadicharvests.com
Photo : Nomadic Harvests

Une toux sèche me réveille, puis un éternuement, puis une toux un peu plus grasse. Je sors du lit étourdie et nauséeuse, la tête dans les mains – je vais devoir annuler mon atelier aujourd’hui. J’ai les yeux et la gorge qui démangent, un mal de tête frontal si lourd que mes sinus pourraient bien exploser. D’une certaine façon, je me sens beaucoup mieux maintenant que dans les deux derniers jours, quand tout cela se développait lentement, en sourdine. Je suis soulagée, car je sais que mon corps a finalement trouvé le moyen de se débarrasser des envahisseurs, et pour cela j’en remercie les plantes. Elles font partie de cette routine à laquelle je reviens toujours quand ça se met à chatouiller dans la gorge, quand les ganglions lymphatiques se gonflent, quand je me sens exténuée sans raison.

La phytothérapie est particulièrement efficace pour traiter les infections des voies respiratoires, et ce n’est pas étonnant – les plantes combattaient bactéries et virus longtemps avant que nous apparaissions sur terre. Nous avons évolué avec leur aide, et nous pouvons en profiter encore quand nous sommes malades, en suivant une série d’actions bien simples. Voici ma routine de phytothérapie pour passer à travers une infection saisonnière comme le rhume ou la grippe. J’espère qu’elle inspirera la vôtre!

Ça commence dans la cuisine, où je mets de l’eau à bouillir pour une tisane. Je mets aussi une casserole sur le feu avec de l’eau et du gingembre frais, des tranches de citron et des épices chaudes. Quand je me sentirai fatiguée et frileuse cet après-midi, je pourrai siroter cette décoction énergisante et réconfortante. Dans une autre casserole, je mets des feuilles de thym à mijoter. J’y ajouterai peut-être des aiguilles de pin tordu (Lodgepole Pine), fraîchement cueillies. Ce conifère commun est un parfait allié pour les infections respiratoires et je n’ai pas besoin d’aller bien loin pour en récolter. C’est un peu intimidant, mais je sais que connecter avec les plantes et respirer un peu d’air frais, dès le réveil, fait partie du remède.

Pendant que l’eau chauffe, et que les herbes mijotent, je me gargarise à l’eau salée, à laquelle j’ai ajouté quelques gouttes de teinture d’aralie épineuse (Devil’s Club), un antiseptique respiratoire puissant. L’eau salée est un remède bien connu pour les infections, puisque beaucoup de microorganismes pathogènes ne tolèrent pas un environnement salin, et le sel semble stimuler la défense antivirale. Mais pour moi, ce sont les rhizomes de l’aralie épineuse qui font toute la différence. Cette connexion avec une plante locale ajoute à l’action de la plante elle-même, et le soulagement est décuplé.

Les teintures sont des extraits de plantes, concentrés dans l’alcool, qui peuvent nous permettre de consommer de grandes quantités de composés phytochimiques d’un seul coup, en quelques gouttes. Des herbes immunosuppressives, riches en bioflavonoïdes, polyphénols et saponines, sont toutes indiquées ce matin. Ces herbes agissent dans les coulisses, jusque dans les profondeurs de notre ADN : champignons médicinaux, ginseng, aubépine ou sureau se retrouveront dans mon verre d’eau. Plus le corps reçoit des signaux des plantes, plus il a de chances de retrouver son équilibre.

Puisque je suis dans l’apothicaire, j’en profite pour remplir ma théière avec d’autres herbes. Celles-ci ont poussé dans nos jardins médicinaux ou ont été cueillies près de la maison : agastache, églantier, pétasite arctique, feuilles de guimauve et fleurs de cerisier à grappes. À cette tisane, j’ajouterai une bonne cuillerée de miel infusée aux bourgeons de peuplier baumier. La combinaison d’herbes varie selon ce que j’ai sous la main, et ce qui me parle au moment de faire la tisane. En règle générale, je recherche des herbes qui sont adoucissantes pour les membranes respiratoires, expectorantes, calmantes pour les toux spasmodiques, et aromatiques. Si la tisane médicinale est délicieuse, je suis assurée d’en boire à profusion tout au long de la journée.

Angelune Drouin, herboriste, partage sa routine de phytothérapie pour traverser une infection saisonnière, comme la grippe ou le rhume.

Photo : Nomadic Harvests

Le thym et les aiguilles de pin ont mijoté pendant quelques minutes, et je retire la casserole du feu pour la placer sur la table. Les arômes puissants emplissent la pièce quand j’enlève le couvercle. J’ajoute à cette décoction deux à cinq gouttes d’un mélange d’huiles essentielles expectorant qui est aussi antiviral, antibactérien et immunosuppresseur : tea tree, thym, lavande, encens et eucalyptus. Avec une serviette sur la tête, j’inspire profondément au-dessus de la vapeur. C’est presque insupportable, et extrêmement purifiant, mais, une fois que le phlegme commence à se libérer des sinus, la vapeur devient apaisante pour les voies nasales desséchées. Une inhalation de vapeur aux herbes est ma façon préférée de décongestionner les voies respiratoires, tout en supportant le système immunitaire durant les infections du rhume ou de la grippe. L’ajout d’huiles essentielles est facultatif, et des herbes culinaires, comme la sauge, le clou de girofle, le thym et le romarin brilleront comme ils l’ont fait au Moyen Âge pour les fameux « 4 voleurs » dont on dit qu’ils ont survécu à la peste.

Mais si les herbes aromatiques sont reconnues pour leur pouvoir antiseptique, ce n’est que la pointe de l’iceberg. Elles sont si puissantes qu’aussitôt qu’elles rencontrent les récepteurs des narines, elles se rendent directement dans la partie limbique du cerveau, où elles envoient des signaux d’alerte et de relaxation. Cela peut paraître contradictoire, mais pensez à la cloche de méditation : elle stimule la vigilance tout en évoquant le calme. Les tissus contrôlés par le système nerveux autonome (cœur, intestins, poumons) deviennent alertes et conscients sous le charme des herbes aromatiques : s’ils sont trop tendus, ils se relâchent. S’ils sont trop relâchés, ils se tonifient. La magie des plantes à l’œuvre!

C’est maintenant le temps de m’asseoir et de boire ma tisane, et je saisis cette occasion pour m’emmitoufler, lire et me reposer. À mesure que la journée avance, je continuerai à consommer des herbes qui apporteront du soutien à mon immunité et le besoin de mon corps pour le repos auxquelles j’ajouterais des bouillons nourrissants, des petits fruits et des agrumes, des légumes, et une quantité effroyable d’ail cru (finement râpée sur une cuillerée de miel). Avant de manger, je prendrai même quelques cuillerées de vinaigre de feu (Fire Cider), infusé avec plusieurs herbes qui m’ont accompagnée depuis le réveil. Cette préparation traditionnelle va stimuler mon appétit et me donner de la force.

Je ne ferai pas grand-chose aujourd’hui – simplement répéter cette série d’actions bien simples, et dormir. La chatte, qui ronronne déjà à mes côtés, en est très reconnaissante.

Angelune Drouin est herboriste, copropriétaire de l’entreprise Nomadic Harvests et de la ferme de plantes médicinales The Herbal Hearth, à Mount Lorne. Avec son partenaire, elle y enseigne des ateliers de jardinage, d’herboristerie et de connexion avec la nature. Pour en savoir plus, visitez nomadicharvests.com

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