Lorsque le printemps arrive, mon chum et moi ajoutons une activité à notre horaire : l’observation de la vie qui bat sur le petit lac derrière chez nous. Ça fourmille d’action, je vous le dis! Les castors, les rats musqués, les oiseaux aquatiques de toutes sortes y offrent de véritables mises en scène, tantôt comiques, tantôt tragiques. Et nous ne sommes pas les seuls spectateurs : les maringouins, moustiques et mouches noires font aussi partie du public. Ils arrivent en retard, s’installent en bourdonnant, changent de siège, obstruent la vue, et gâchent souvent le spectacle.
Il y a un mois, un couple de grèbes jougris (podiceps grisegena) — oiseaux magnifiques de la famille des Podicipedidae a fait son apparition sur les eaux tranquilles. Nous avons eu le grand bonheur d’assister à leur parade nuptiale; celle-ci était ponctuée de cris rauques, de mouvements synchronisés et d’offrandes végétales. Ce rituel fut suivi par la construction d’un nid flottant, accroché à un tronc d’arbre mort à quelques mètres du rivage. Leur histoire d’amour exigeait beaucoup de labeurs : un véritable chantier en duo.
Après quelques jours, le nid semblait terminé, et l’un des deux oiseaux l’occupait. Difficile de distinguer le mâle de la femelle — leurs plumages sont identiques. Mais nous avons cru que la femelle, ici appelée maman, passait plus de temps au nid. Allez savoir! Le mâle, ici nommé papa, restait dans les environs et apportait à sa douce de petits présents : une libellule attrapée au vol ou encore des matériaux pour peaufiner les lieux.
Un matin, j’ai décidé d’aller voir d’un peu plus près où en étaient les choses. J’ai emprunté un sentier qui surplombe la scène de nidification. En approchant, j’ai remarqué une présence insolite dans le nid — un rat musqué à la fourrure lustrée y trônait. Avant que je ne fasse le moindre geste, l’effronté avait déjà quitté les lieux. Le nid était vide.
Mais voilà qu’un jour plus tard, nos amis au long cou font leur retour — et ils n’ont pas de temps à perdre! Le chantier est relancé, à un mètre de notre quai. En un clin d’œil, un nouvel abri flottant surgit, comme un champignon après la pluie. Et madame y pond, en quelques jours, trois beaux œufs brillants.
Tout va pour le mieux, sauf que… l’emplacement de leur nouveau nid pose problème. La pompe à essence qui alimente le réservoir d’eau pour arroser le jardin est installée sur le quai. C’est un outil terriblement bruyant, que nous choisissons de ne pas utiliser en attendant l’éclosion des œufs. On charrie donc l’eau à la chaudière! Une tâche dont on se passerait.
Papa devient territorial du jour au lendemain : cette portion du lac lui appartient. Il chasse les intrus et enseigne les bonnes manières aux canards trop sociables. Quand nous nous installons avec nos jumelles à une distance tout juste respectable, il nous ignore et disparaît parfois quelques minutes. Un bon signe : nous ne sommes pas considérés comme des intrus.
Un seul poussin est né le 1er juillet. Il est rapidement devenu aussi gros que ses parents et… j’ai finalement pu repartir ma pompe!
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