Alors que deux élèves cuisinent le souper pour le reste du groupe, les autres élèves effectuent des exercices de français. En effet, le programme FACES est un programme d’immersion française.
Peu importe sa durée, chaque aventure se prépare minutieusement, comme le témoigne Karine Bélanger, enseignante du programme French Achievement Challenge Environment Stewardship (FACES) de 10e année, à l’école de la rue Wood.
Chaque automne, elle commence le semestre avec des activités de canot. D’abord sur des lacs pour apprendre les techniques de base de pagaie à ses élèves, elle s’aventure ensuite avec son groupe sur la rivière Takhini pour un séjour de trois jours. Le cycle se termine par une expédition de sept jours sur la rivière Teslin.
Développer ses compétences et sa confiance
Pour l’enseignante, il est primordial d’apprendre les techniques de pagaie avant de se lancer dans une expédition. Plusieurs organismes au Yukon proposent d’ailleurs des cours d’introduction qu’elle conseille fortement de suivre pour apprendre les gestes, mais aussi pour comprendre la rivière et apprendre à lire les cours d’eau.
« On va toujours sur un lac d’abord, même avec des élèves ayant plus d’expérience. On apprend, ou revoit, comment avancer, reculer ou tourner. On pratique aussi à rembarquer dans un canot si jamais on chavire, ou encore à donner un angle au canot en mettant plus de poids d’un côté », explique-t-elle. Cette dernière technique, appelée gîte, permet notamment de rentrer plus facilement dans les contre-courants, le lieu de sécurité sur une rivière. « C’est l’endroit où l’eau remonte : on peut s’y arrêter pour étudier ce qui arrive en contrebas ou pour faire nos pauses », détaille-t-elle.
Depuis l’année dernière, le gouvernement du Yukon propose aux élèves de la 5e à la 12e année de Whitehorse de participer à un camp de canotage sur le lac Schwatka. Pour les jeunes du territoire, c’est une autre façon d’apprendre les techniques de pagaie. « [Le camp] leur permet de gagner en confiance, les encourage à travailler en équipe et les rapproche de la terre et de l’eau », peut-on lire dans un communiqué de presse du gouvernement du Yukon en date du 27 mai. « Le gouvernement du Yukon le repropose cette année pour donner à un plus grand nombre d’élèves l’occasion de vivre ce type d’expérience. Nous prévoyons poursuivre ce modèle l’année prochaine », commente Michael Edwards, analyste des communications et des politiques au ministère de l’Éducation du gouvernement du Yukon.
Penser à la logistique de l’expédition
Si le séjour de trois jours sur la rivière Takhini est surtout une occasion pour Karine Bélanger et ses élèves de travailler les techniques de pagaie, l’expédition de sept jours sur la rivière Teslin est davantage l’occasion de développer des habiletés de canot-camping. Les jeunes apprennent à gérer la nourriture et leur équipement.
L’enseignante forme des duos parmi ses élèves, chaque duo étant responsable d’un souper pour l’ensemble du groupe. « C’était beaucoup de préparation, de prévoir toute la nourriture », se souvient Evan Cyre, 16 ans. « Le canot était tellement lourd que les bords étaient vraiment très proches de l’eau », ajoute Thomas Koepke, 15 ans.
Car, outre le poids de la nourriture, il faut compter sur celui des cocottes en fonte qui servent à cuisiner sur le feu, tout comme celui des boîtes à feu, une sorte de barbecue qui permet de contenir le feu dans une boîte, et donc d’être plus sécuritaire vis-à-vis des feux de forêt. Il suffit de plonger la boîte dans la rivière pour éteindre le feu ou les braises.
Pour des expéditions personnelles, il faut prévoir le moyen de transport des personnes et du matériel, dont le canot, vers le point d’origine.
Enfin, il convient d’étudier la rivière sur laquelle l’expédition va avoir lieu. « Nous sommes chanceux au Yukon, car il y a des guides de rivière [imprimés], avec des explications page après page. C’est nécessaire d’apprendre à lire ces guides, même si ça peut changer d’année en année, ça donne un bel aperçu. Sur la rivière, il faut cependant toujours regarder la carte, sinon on ne sait plus où on est! », précise Karine Bélanger. Il faut aussi se renseigner sur les niveaux d’eau. « Quand l’eau est trop haute, il peut n’y avoir presque plus aucun contre-courant ni de plages pour faire un camp », note l’enseignante.
Le voyage sur la rivière Teslin est une occasion pour les élèves de découvrir des vestiges du temps des ruées yukonnaises.
Organiser son matériel
Pour chacun de ses séjours, Karine Bélanger fournit à ses élèves la liste du matériel à emporter. On y retrouve les équipements classiques d’un bivouac, comme une tente, un tapis de sol ou un sac de couchage, tout comme des conseils, dissimilés çà et là. Par exemple, elle déconseille d’emporter des vêtements en coton qui prennent du temps à sécher, ou elle précise de prévoir une tenue juste pour la nuit. Elle prévient également ses élèves qu’une tenue pourrait être portée pendant deux ou trois jours.
Dans cette liste, on retrouve surtout des vêtements chauds et imperméables. « Il faut toujours s’habiller en fonction de la température de l’eau, et non celle de l’air », justifie-t-elle. Elle préconise aussi d’apporter une toile fine à placer au-dessus de la tente en cas de grosses pluies, ou pour se couvrir le temps d’une pause en cas d’averses.
L’école fournit les barils étanches dans lesquels sont entreposés les vêtements et la nourriture. « J’organise ma nourriture dans des sacs d’épicerie annotés : déjeuner – dîner – souper – collations, c’est plus pratique de s’y retrouver ainsi, je trouve. Et je conseille aux jeunes de faire de même », commente l’enseignante. Karine Bélanger dispose également d’un plus petit baril étanche dans lequel elle met son linge et sa nourriture pour la journée. Elle y glisse aussi la toile de sa chaise. La structure, quant à elle, peut rester dans le canot, attachée.
S’immerger dans la nature
Pour les élèves de l’expédition, c’est finalement ce dernier conseil qui prime. « J’ai adoré cette nouvelle expérience. J’ai aimé être dans la nature et voir les paysages, et de partager ça avec mes pairs », raconte Evan Cyre. « J’ai appris beaucoup de nouvelles choses sur le camping et la pagaie, mais aussi sur moi-même. Un voyage comme ça est difficile. J’ai surmonté des obstacles et je ressens beaucoup de fierté. »
Même son de cloche pour Thomas Koepke. « La Teslin est une rivière vraiment lente, mais c’est beau, surtout avec les couleurs de l’automne. On faisait des jeux de tag en canot, et même si la météo était un peu pire des fois, c’était vraiment amusant. »
Il retient aussi tous les apprentissages historiques. « Chaque moment était une nouvelle opportunité pour apprendre quelque chose. Mme Karine a été incroyable, comme ce matin où il pleuvait, on était tous sous les parapluies, mais on a pris 30 minutes pour écrire dans nos journaux sur les mines. C’était peut-être le pire moment du séjour, mais, avec le recul, je suis rempli de gratitude », confie le jeune homme.
Pour Karine Bélanger, avant toute expédition en canot, il faut pratiquer et jouer dans l’eau pour dompter cet élément. Plusieurs rivières font rêver, comme celle du bassin hydrographique Peel, mais il y a beaucoup à apprendre avant de s’aventurer au Nord. « Faites la Takhini, encore et encore, et encore. C’est toujours différent. Le canot t’emmène à des endroits vraiment uniques. Laissez-vous porter à la découverte de la magie des différents sites », conclut-elle.
IJL – Réseau.Presse – L’Aurore boréale
Pour son premier voyage de canot-camping, Evan Cyre a apprécié sa chaise, même si le sol était confortable pour écrire son journal.
Les indispensables, selon Evan Cyre
Une chaise de camping pour être confortable autour du feu.
Des gants pour garder les mains au chaud en cas de pluie ou de vent.
Des cuirs de fruits (bande de fruits déshydratés) à grignoter dans la journée.
Les indispensables, selon Thomas Koepke
Des bottes en caoutchouc pour pouvoir débarquer dans la bouette sans souci.
Un gros sac de bonbons pour passer le temps sur le canot.
Chaque automne, Karine Bélanger emmène un groupe de seize jeunes sur la rivière Teslin pour développer des habiletés de voyage en canot, en appliquant les principes Sans trace.
Les indispensables selon Karine Bélanger
Sécurité
Un gilet de sauvetage.
Le matériel exigé par Transports Canada. Par canot : une 3e pagaie, une écope, une corde flottante, et un sifflet attaché au gilet de sauvetage.
Une trousse de premiers soins.
Une scie : pour couper des arbres en travers de la rivière, ou pour pouvoir allumer un feu rapidement si besoin.
Une combinaison en néoprène (wetsuit) ou une combinaison étanche (drysuit).
Des gants en néoprène.
Une couverture de survie et des vêtements de rechange dans un sac étanche.
Une bombe anti-ours.
Selon la rivière : un casque.
Vie de camp
Des barils étanches.
Un parapluie à deux toiles : cela permet au vent de passer sans retourner le parapluie.
Une petite pelle pour enterrer les excréments et un sac à pain pour mettre son papier toilette sale.
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