Cette année, la Yukon Quest débutait et se terminait à Teslin. Le mercredi 5 février, vers 21 h, Michelle Phillips a franchi la ligne d’arrivée avec son attelage, remportant ainsi la Yukon Quest 450 pour une deuxième année d’affilée. La Yukon Quest 175, version plus courte de la course se terminant à Ross River, a été remportée par l’Américain Alexander Pai. Nathaniel Hamlyn, de Whitehorse, a décroché la deuxième place.
Mais l’événement sport qui a attiré les projecteurs, cette année, fût l’Arctic Ultra, qui s’est déroulé sur un parcours et des conditions extrêmes.
L’Arctic Ultra : 608 km, à pied, à ski ou à vélo
Cette édition de la Yukon Arctic Ultra a été marquée par des conditions particulièrement rudes. Sur les 37 personnes inscrites au 600 km, plus de la moitié ont dû abandonner dès le premier jour, certaines ayant d’ailleurs été évacuées d’urgence par hélicoptère. 46 personnes ont pris le départ, seules six ont terminé la course.
Dans l’immensité glaciale où les températures plongeaient jusqu’à -50 °C, Mathieu Blanchard a relevé l’un des défis les plus exigeants du monde de l’ultra-endurance. En sept jours et 22 heures, ce Français a parcouru 608 km à pied, affrontant un dénivelé total de 6 500 mètres tout en traînant une charge de plus de 30 kg.
Premier à franchir l’arrivée dans la catégorie « à pied », il termine derrière l’Américain Harm Feringa, qui a parcouru la distance à vélo à pneus surdimensionnés, avec une moyenne impressionnante de 94 km par jour.
« Un retour à l’essentiel »
Si Mathieu Blanchard se lançait dans cette aventure pour la première fois, il s’était déjà illustré en remportant la Diagonale des Fous, une course de 175 km à La Réunion, à l’automne dernier. Il avait aussi participé à l’émission Koh Lanta.
À l’issue de l’Arctic Ultra, il a résumé son expérience en une phrase, sur son compte Instagram : « Ce n’est pas une victoire contre le froid ou la distance. C’est un retour à l’essentiel. À l’instinct. À ma nature sauvage. »
Parmi les quelques personnes qui ont terminé cette édition 2025, on retrouve également le Français Guillaume Grima, qui a bouclé l’épreuve quelques heures plus tard, arrivant en troisième position.
La quatrième personne à franchir la ligne d’arrivée était une Yukonnaise, en vélo. Jessie Gladish, est la seule femme à avoir terminé cette course.
Mathieu Blanchard remporte l’Arctic Ultra à pied, franchissant la ligne d’arrivée après 608 km en sept jours et 22 heures.
Rencontre avec Mathieu Blanchard
Vous étiez 46, seulement six ont terminé la course. Comment ça s’est passé pour toi?
M.B. : Dans l’ensemble, on peut dire que ça s’est bien passé. J’ai pas fini dans un hélicoptère ou dans un hôpital, mais ça a été quand même extrêmement difficile, je n’ai jamais rien fait d’aussi difficile dans ma vie. Tant sur le plan physique, que sur l’engagement mental, sur les sensations de souffrances que j’ai pu avoir, notamment vis-à-vis du froid.
On n’a pas eu de chance, on a eu une grosse vague de froid. La première nuit, on est descendu à -42 de température réelle. La moitié des participants ont abandonné dès la première nuit. Le premier soir, je me suis dit « c’est pas possible que je tienne comme ça pendant dix jours, je vais mourir ». Mais voilà je dis que ça s’est bien passé parce que je me suis adapté, j’ai su libérer en moi un côté animal, survivaliste.
Comment faisiez-vous pour dormir?
M.B. : C’était un gros dilemme pour moi, en précourse. Choisir entre une tente ou juste un bivy [bivouac]. Une tente, ça a l’avantage du confort, mais ça peut briser. J’ai fini par choisir le bivy. Mais un bivy, c’est rien… On est vraiment comme un rouleau de printemps, posé par terre, à même la neige. Je ne m’arrêtais qu’entre 2 et 3 heures par tranche de 24 heures, mais je dois avouer que je ne dormais pas beaucoup, peut-être deux fois, juste pour cinq minutes.
Comment se passaient les pauses obligatoires? Les contrôles médicaux?
M.B. : C’est quelque chose qui est très bien organisé. On a un médecin dans chaque checkpoint, qui sont espacés de 50 à 75 km. Ils vérifient nos doigts, nos orteils, s’il y début d’engelures, on est arrêtés obligatoirement, mais ils peuvent nous arrêter aussi pour d’autres problématiques. Ils sont un petit peu là en ange gardien, pour nous protéger.
À Ross River, as-tu pu dormir à l’intérieur?
M.B. : Oui, je suis resté vraiment longtemps. Je suis arrivé à midi et je suis reparti à 3 h du matin. J’aurais voulu moins rester, mais c’est le moment où j’ai eu des problèmes avec mes poumons, qui m’ont complètement lâché. J’ai eu très peur. Je suis resté longtemps pour me régénérer, mais j’étais vraiment à deux doigts d’abandonner.
Est-ce que c’est difficile de rentrer dans des environnements chauffés et de ressortir après?
M.B. : Oui ça fait un choc. D’ailleurs c’est une réflexion que j’ai : est-ce que ce ne serait pas mieux de faire tout dehors?
Je pense qu’il y a eu une grosse erreur de l’organisation sur le premier checkpoint. Au début c’est dur de se régler par rapport à la transpiration. Avec des bons vêtements, l’humidité sort et va se mettre en surface. Ça crée une sorte de couche de glace à l’extérieur des vêtements. Aussi la respiration crée de la glace autour du cou, sur le torse, sur les épaules. Au moment où on rentre à l’intérieur, toute cette glace va fondre et mouiller tous les vêtements. L’erreur qu’ils ont fait c’est de nous faire rentrer 5 minutes seulement, ce qui fait qu’on ressort dehors mouillés à -40 et là, c’est la catastrophe. À partir du moment où ils décident de nous laisser rentrer à l’intérieur pour faire des checks, ils devraient nous laisser la possibilité de sécher les vêtements et de ne pas ressortir mouillés.
Tu as fait une partie du trajet proche de Guillaume Grima. Est-ce que ça aide d’être deux?
M.B. : Oui, on avait eu le temps de se rencontrer et de faire connaissance avant le départ. On était allés tirer nos luges sur Fish Lake.
Oui, ça aide énormément de commencer à deux. Les deux premières nuits, on a dormi à côté. C’est rassurant d’avoir une présence humaine la nuit avec les animaux, mais aussi c’est comme si on avait quelqu’un qui veille sur soi, parce qu’on a toujours peur de s’endormir, à -40, de ne pas se réveiller. Après trois jours, j’étais plus à l’aise de dormir tout seul et d’avancer tout seul. On a pris un petit peu chacun notre rythme et nos chemins.
Malgré ces conditions extrêmes, est-ce que tu as le sentiment d’avoir apprécié le Yukon, et ta course?
M.B. : Oui, vraiment! J’ai eu des moments d’extrêmes souffrances mais j’ai aussi eu beaucoup de moments où je me sentais bien. Les levers de soleil, cette forêt boréale, les couleurs du ciel. J’ai passé une nuit aussi avec des aurores boréales qui étaient si puissantes que j’aurais pu les toucher du doigt! C’était incroyable.
Le Yukon, c’est vraiment beau, c’est calme, c’est sauvage. C’est beau aussi, cette forme de simplicité.
Désormais, Mathieu Blanchard compte se reposer, dans un premier temps. Il prévoyait d’ailleurs visiter les sources thermales Eclipse après l’entrevue. Son prochain projet : la Hard Rock 100 miles aux États-Unis dans le Colorado. Une autre course mythique dans le domaine de l’Ultratrail, cette fois, dans le désert.
Erik Oline
Yukon Quest
Cette année, la Yukon Quest débutait et se terminait à Teslin. Le mercredi 5 février, vers 21 h, Michelle Phillips a franchi la ligne d’arrivée avec son attelage, remportant ainsi la Yukon Quest 450 pour une deuxième année d’affilée. La Yukon Quest 175, version plus courte de la course se terminant à Ross River, a été remportée par l’Américain Alexander Pai. Nathaniel Hamlyn, de Whitehorse, a décroché la deuxième place.
Les commentaires s'afficheront une fois que vous aurez atteint la fin de l'article.