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le Jeudi 3 juillet 2025 7:58 Société

Isabelle Salesse : défendre le français, une petite avancée à la fois

Isabelle Salesse (à gauche) a participé plusieurs fois au Great Cycle Challenge pour ammasser des fonds pour la recherche contre les cancers touchant les enfants. En 2022, Edith Bélanger l'a accompagnée lors de ce défi. — Photo : Fournie
Isabelle Salesse (à gauche) a participé plusieurs fois au Great Cycle Challenge pour ammasser des fonds pour la recherche contre les cancers touchant les enfants. En 2022, Edith Bélanger l'a accompagnée lors de ce défi.
Photo : Fournie

Directrice générale de l’Association franco-yukonnaise (AFY), Isabelle Salesse travaille d’arrache-pied et se bat sans relâche pour la francophonie au Yukon.

Isabelle Salesse a suivi son conjoint au Yukon en 1992, directement du sud de la France. « Mon premier hiver ici, je l’ai trouvé assez froid. C’était à l’époque où il y avait encore des moins trente, des moins quarante, et j’avoue que la première fois que je marchais à moins quarante dans la rue, je me suis dit “mais qu’est-ce que je fais ici?” Il n’y avait pas grand-chose en ville, mais c’était quand même assez fabuleux. »

Malgré une première impression du territoire assez réussie, Isabelle Salesse prend quelques années à s’y sentir chez elle. Elle découvre la Franco-Yukonnie grâce à son fils. « Au début, je ne connaissais pas trop l’histoire de la francophonie yukonnaise ou les enjeux des endroits minoritaires. Mais quand j’ai eu mon fils, je me suis dit “oh là là, je veux qu’il parle français”, alors je me suis orientée vers la francophonie. » 

De la garderie à l’AFY

Le parcours professionnel franco-yukonnais d’Isabelle Salesse commence à la Garderie du petit cheval blanc. « Quand je suis arrivée, je faisais des petits jobs sans grand intérêt, juste pour m’intégrer et pour peaufiner mon anglais. En 1996, je suis devenue la directrice de la Garderie. »

En 2002, Isabelle Salesse fait ses débuts à l’AFY, en tant que directrice du Service d’orientation et de formation aux adultes (SOFA). Lorsque Régis St-Pierre, alors codirecteur de l’AFY, quitte son poste en 2012, Isabelle Salesse prend la relève et devient directrice générale de l’AFY.

Elle affirme que son métier a toujours été très stimulant. « On ne s’ennuie jamais en tant que directrice générale! Quand il y a des résultats, c’est très encourageant, mais il faut énormément de travail avant d’avoir de petits résultats. Ce qu’on fait passe souvent inaperçu parce que ce ne sont pas de grosses avancées, mais c’est justement parce qu’on est derrière et qu’on pousse qu’il y a des changements. »

La directrice explique également qu’il est parfois difficile de représenter la francophonie auprès du gouvernement territorial. « On a des lois sur les langues officielles, mais, malheureusement, on oublie trop souvent les francophones dans la définition de programmes et dans le développement de lois. C’est un peu frustrant, parce que [le français] n’est pas la deuxième langue officielle du Canada, c’est une des deux langues officielles du Canada. On doit être à la table et on doit être considérés de façon équitable. Ça ne veut pas dire d’avoir exactement la même chose, ça veut juste dire d’avoir des services ajustés aux besoins de la communauté. »

« Ça fait partie d’être francophone au Yukon, ça représente qui je suis. On fait partie de l’identité canadienne et je crois que c’est extrêmement important qu’on travaille pour notre communauté et que l’on continue de parler en français », affirme Isabelle Salesse.

Photo : Maryne Dumaine

Lors des moments les plus difficiles, Isabelle Salesse raconte que ce qui la motive, « c’est de voir des jeunes qui s’engagent dans la francophonie, de voir qu’on peut offrir des services en français de qualité et de voir l’expansion de [la] communauté. [C’est] la seule communauté francophone en milieu minoritaire dont le poids démographique continue d’avancer! Je me dis que ce n’est pas le moment de lâcher, que ça vaut la peine et qu’il faut continuer. »

Pédaler pour les enfants atteints du cancer

En parallèle à son métier de directrice, Isabelle Salesse participe tous les ans au Great Cycle Challenge, un défi pancanadien organisé par la Fondation SickKids, visant à amasser des fonds pour la recherche contre les cancers qui touchent les enfants. Elle se souvient avoir découvert ce défi par hasard et elle affirme l’avoir relevé trois ans d’affilée. « [Le défi] amène à un sentiment de servir à quelque chose de concret. Souvent, devant les grosses problématiques de société, on se pose toujours les questions “Comment je peux contribuer? Qu’est-ce que je peux faire? C’est quoi mon contrôle là-dessus?” On n’en a pas beaucoup, alors là, mon contrôle c’est de pouvoir pédaler et ramasser de l’argent pour cette cause qui est super importante. Je suis contente de pouvoir contribuer à ce petit défi, qui n’est pas si compliqué. Je ne monte pas l’Himalaya, je ne fais pas des choses ultracompétitives, mais à mon niveau, je suis contente de pouvoir faire ça. »

Des projets dans l’horizon du futur

Isabelle Salesse révèle avoir plusieurs projets pour le futur de la francophonie yukonnaise. « Présentement, les coûts pour un francophone d’aller étudier en français [après le secondaire] sont très élevés. Des programmes postsecondaires francophones au Yukon, ça pourrait être une belle occasion. L’AFY voudrait également offrir des services pour les gens à la retraite, pour que les personnes aînées puissent vieillir en français, en santé et en sécurité linguistique et physique. »

Mais cela ne s’arrête pas là. Elle nourrit plusieurs autres souhaits pour la francophonie yukonnaise. « [À ma retraite], j’aimerais que le Centre de santé bilingue soit parfaitement bilingue. J’aimerais qu’il y ait plus d’accès à des services de santé en français, et j’aimerais que le gouvernement soit capable de systématiquement penser francophonie quand il développe des programmes, des politiques ou des projets de loi. J’aimerais aussi avoir plus de services pour les personnes à la retraite, et j’aimerais que les gens continuent à parler français et à tenir le flambeau de la communauté franco-yukonnaise quand je ne serai plus là. »

En revanche, la directrice générale n’oublie pas le présent. Elle affirme être satisfaite de ce qui est en train de se développer au niveau postsecondaire et de tout ce qui est fait à l’AFY, peu importe la personne qui porte le projet. « Je suis très fière du travail qui est fait, de tous les gens qui y travaillent, ce n’est pas toujours facile, mais il y a beaucoup de leaders qui font avancer la francophonie. Je ne suis pas toute seule! », conclut-elle

Rébecca Fico, 15 ans, est journaliste en herbe pour l’Aurore boréale.

Présentement, les coûts pour un francophone d’aller étudier en français [après le secondaire] sont très élevés.

— Isabelle Salesse

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