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le Jeudi 20 mars 2025 7:51 Société

Un policier engagé au cœur du Yukon

Colin Lanthier-Dubois en tunique cérémoniale devant le poste de police de Mayo. — Photo : Yannick Pavard
Colin Lanthier-Dubois en tunique cérémoniale devant le poste de police de Mayo.
Photo : Yannick Pavard

Né à Lachine, à Montréal, Colin Lanthier-Dubois grandit à L’Île-Perrot avant d’intégrer la Gendarmerie royale du Canada (GRC) à 23 ans. Dix ans plus tard, il se retrouve à la tête du détachement de Mayo, une communauté de 457 habitant·e·s nichée au cœur du Yukon.

Attiré par l’aventure du Nord, Colin entame, à la fin de 2018, le processus d’affectation pour un poste au Yukon, une sélection rigoureuse pouvant durer jusqu’à huit mois. Entretiens téléphoniques, examens médicaux et psychologiques, ainsi que des tests pour les membres de la famille font partie des étapes obligatoires avant toute nomination en territoire isolé. Une fois cette étape franchie, il est affecté d’abord à Faro et à Ross River, avant de rejoindre Mayo en 2021 pour un mandat initial de trois ans.

L’aventure commence en 2015. Après six mois de formation obligatoire à l’Académie de la GRC à Regina, en Saskatchewan, Colin entame alors sa carrière de policier à Campbellton, au Nouveau-Brunswick, où il travaille de 2015 à 2019.

C’est aussi à cette époque qu’il rencontre sa femme, Lynn, avec qui il entreprendra plus tard l’ascension du Kilimandjaro, où il profitera de ce voyage pour lui faire sa demande en mariage. Un défi encore plus grand pour lui, car, atteint de la maladie de Crohn, il perd 28 livres en une semaine. « J’étais à bout d’énergie, mais la bague que j’avais bien cachée me motivait à poursuivre l’ascension », se rappelle-t-il.

Grâce à sa promotion au grade de caporal, il espère prolonger son engagement et renforcer davantage les liens avec la communauté de Mayo. Avec sa conjointe et leurs deux filles, Sophia, 6 ans, et Rosalie, 5 ans, ils forment une famille soudée.

Un engagement communautaire fort

Avant de rejoindre la GRC, Colin était entraîneur privé, une expérience qui a renforcé sa conviction quant à l’importance d’une bonne hygiène de vie, tant physique que mentale. C’est donc naturellement qu’il continue aujourd’hui à transmettre cette passion à Mayo, où il offre bénévolement des conseils d’entraînement tout en s’impliquant activement dans la communauté.

Il met son engagement en action en organisant des activités de pickleball et de badminton, tout en encadrant les jeunes de 5 à 11 ans au soccer. Son implication ne s’arrête pas là. Avec ses deux collègues, il est également à l’initiative du party d’Halloween pour les enfants du village, un événement qui renforce encore davantage son lien avec les habitant·e·s. « Je souhaite changer l’image que les gens se font de la police », explique-t-il, soulignant ainsi sa volonté de créer un climat de proximité et de confiance.

Les défis du Nord et la réconciliation

La question de la réconciliation reste un enjeu majeur, et Colin est conscient du poids de l’histoire dans la relation entre la police et les peuples autochtones. Il sait aussi que, pour établir un lien de confiance, la stabilité est essentielle. « Plus on reste longtemps, plus les liens sont forts », souligne-t-il.

Pendant des décennies, la GRC a été impliquée dans l’application des politiques gouvernementales obligeant les enfants autochtones à intégrer les pensionnats. Aujourd’hui, plus de 50 % des personnes qui vivent dans cette communauté sont issues de la Première Nation de Na-Cho Nyäk Dun, et plusieurs ont vécu des traumatismes liés à cette période. Conscient de cette réalité, Colin s’efforce de bâtir une relation fondée sur le respect et la confiance mutuelle.

Les réalités du travail policier dans le Nord

Bien que Mayo soit une communauté de moins de 500 habitant·e·s, les situations auxquelles Colin fait face sont variées et parfois critiques.

Entre novembre et février dernier, la communauté a connu quatre décès liés à l’alcool et aux drogues, dont la surdose d’une jeune femme de 21 ans, alors qu’en 2023, un double homicide, qui fait encore l’objet d’une enquête, a marqué la région.

L’immensité du territoire complique aussi les interventions, qu’il s’agisse de missions jusqu’à Keno, d’opérations de recherche et de sauvetage, ou encore de situations critiques, comme en 2023, lorsque des feux de forêt ont menacé la communauté et que 40 personnes ont refusé d’évacuer le village. « Il a fallu faire du porte-à-porte auprès des dernières familles afin de réussir à en convaincre une petite dizaine de quitter », se souvient-il.

Colin Lanthier-Dubois et sa famille devant de l’école J.-V.-Clark à Mayo.

Photo : Yannick Pavard

Une intégration réussie

L’aventure yukonnaise de Colin Lanthier-Dubois est avant tout celle d’un engagement, à la fois professionnel et personnel. Convaincu que la compréhension mutuelle passe par le dialogue et l’implication locale, il s’efforce, à travers son travail, de renforcer les liens entre les cultures et de bâtir une relation de confiance avec la communauté. C’est dans cette continuité qu’il espère prolonger son séjour d’une année supplémentaire.

En parallèle, il veille aussi à préserver l’identité francophone de ses filles. Avec sa conjointe, il tisse des liens avec d’autres familles francophones et s’assure que le français reste bien ancré dans leur quotidien, afin que Sophia et Rosalie grandissent avec un pied dans le Nord et l’autre dans leur culture d’origine.

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