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le Jeudi 20 février 2025 7:54 Société

Francis Poulin, un battant au cœur de la décharge Quigley

Francis Poulin devant le Freestore à Dawson, toujours prêt à faire un peu de tri et à accueillir les visiteurs et visiteuses. — Photos : Yannick Pavard
Francis Poulin devant le Freestore à Dawson, toujours prêt à faire un peu de tri et à accueillir les visiteurs et visiteuses.
Photos : Yannick Pavard

En 1965, Francis Poulin voit le jour dans le petit village de Saint-René en Beauce (Québec). Soixante ans plus tard, sans avoir perdu son accent, il est responsable de la décharge municipale Quigley, située à quelques kilomètres du centre-ville de Dawson.

Francis est une personne rayonnante qui transmet la bonne humeur et la joie de vivre. Il est issu d’une famille nombreuse de onze frères et douze sœurs. Sa vie bascule le 15 juin 1985 alors qu’il est victime d’un accident de moto à l’âge de 20 ans. Sans aucun souvenir de l’accident, il se retrouve trois mois à l’hôpital. « Vous auriez pu me dire que j’étais tombé d’un bâtiment de 20 étages que je vous aurais cru, tellement il ne me reste aucun souvenir de cet accident », raconte-t-il.

À son réveil, il découvre que trois de ses quatre membres sont brisés et que son bras droit est désormais inutilisable. « C’était devenu un fardeau, surtout quand il fallait s’habiller », se souvient-il. Il réapprend peu à peu à écrire de la main gauche et finalement, en juin 1988, il décide de se faire amputer le bras droit.

Quelques années plus tard, alors qu’il reçoit des services en réadaptation, il surprend tout le monde par son autonomie, notamment en réussissant à faire ses lacets seul. « Il faut savoir utiliser sa tête », répétait-il. Ainsi, à chaque obstacle qui se présentait, Francis élaborait des stratégies pour préserver son autonomie, en utilisant toutes les parties de son corps, que ce soit ses jambes ou ses pieds.

L’arrivée dans l’Ouest canadien

En 2005, après plusieurs expériences de travail au Québec, Francis Poulin ne souhaite plus dépendre de l’aide sociale. Il appelle alors son frère installé à Fort Nelson, en Colombie-Britannique, pour le rejoindre et travailler dans le domaine forestier.

Son frère Marcel ne le ménage alors pas. « Faut que tu te bouges le cul, Francis! », lui disait-il. Venu dans l’Ouest pour se prouver qu’il pouvait tout accomplir malgré son handicap, Francis fait la rencontre de Rebecca, sa conjointe, avec qui il a récemment célébré 20 ans d’union, le 6 février dernier. C’est aussi grâce à elle, originaire de Dawson, qu’il finit par découvrir le Yukon et s’y installer quelques mois plus tard.

Il travaille d’abord au General Store pendant 18 mois et effectue diverses tâches, du ménage à la réparation des frigos. Ensuite, en juillet 2008, il rejoint la Conservation Klondike Society (CKS), organisme à but non lucratif alors responsable du centre de recyclage. Enfin, en mars 2010, la Ville reprend la gestion de la décharge ainsi que du Freestore. Francis obtient alors son premier emploi syndiqué, poste qu’il occupe encore aujourd’hui.

Photos : Yannick Pavard

Un travail valorisant à la décharge Quigley

À 60 ans, rien n’arrête Francis. Que ce soit pour déplacer une pile de frigos ou des carcasses de voitures, il manie avec aisance les équipements mis à sa disposition. Même lorsqu’il faut couper l’herbe autour des clôtures pour éloigner les ours, il se débrouille seul grâce à la force de son bras valide, tout en restant loin des tendinites. « Je voulais être dans la game », répète Francis, pour qui son travail est un moyen de se valoriser.

Toujours souriant, il accueille chaque visiteur et visiteuse qui se présente à l’entrée de la décharge Quigley ou au Freestore, là où certains et certaines viennent fouiner à la recherche d’objets fraîchement déposés. À la fin de la journée, il veut être fier de son travail. Pour y parvenir, il s’est fixé un défi personnel : offrir le meilleur accueil possible aux usagers et usagères et représenter la ville dignement. Il ne cache pas qu’il aime être en contact avec le public, même si, en été, la charge de travail est plus importante. « Ils me donnent quelque chose, et moi, en échange, je les traite comme des rois », clame-t-il. Pour lui, c’est sa manière de gagner du respect.

Fier de ses racines québécoises, Francis cherche à s’intégrer à la population locale depuis plus de 20 ans. « Je butine toutes les fleurs », dit-il. S’il rencontre des francophones qui préfèrent parler anglais, ce n’est pas un problème pour lui, mais ce n’est pas le dernier à blaguer dans sa langue natale.

Vous pouvez retrouver Francis du mardi au samedi à la décharge municipale de Dawson, un espace en plein air où il tisse des liens avec toutes celles et tous ceux qui viennent déposer ou rechercher du métal ainsi que des pièces de voiture.

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