En juin dernier, le gouvernement canadien a présenté le projet de loi C-34 (Loi sur les médias sécuritaires) qui vise à améliorer la sécurité des services de médias sociaux et des agents conversationnels propulsés par l’intelligence artificielle. Certains des éléments comprendraient l’interdiction d’avoir des comptes sur les réseaux sociaux pour les jeunes de moins de 16 ans et le blocage de contenu préjudiciable sur les réseaux sociaux. Une nouvelle Commission canadienne de la sécurité numérique et de la protection des données serait responsable d’établir les normes de sécurité, de faire appliquer la loi et de traiter les plaintes des utilisateurs et utilisatrices.
Qu’en est-il au Yukon?
Au Yukon, le ministère de l’Éducation a préparé une politique sur l’utilisation des appareils mobiles personnels dans les écoles qui est entrée en vigueur le 19 août pour l’année scolaire 2026-2027. (Voir encadré).
Du côté de la Commission scolaire francophone du Yukon (CSFY), Marc Champagne, directeur général, mentionne qu’il y a une meilleure sensibilisation à l’impact de la technologie chez les élèves. « Avec l’arrivée de la technologie, c’était toujours vu d’un œil positif dans le milieu scolaire. On voyait ça comme un outil important pour l’apprentissage, on ne s’inquiétait pas des effets potentiellement négatifs. […] Depuis quelques années, il y a une conscientisation au niveau des effets négatifs de la technologie auprès des élèves. On a aussi de meilleures données qui nous permettent de mieux comprendre comment la technologie peut aider à l’apprentissage, mais comment elle peut aussi nuire. On est mieux outillé pour prendre de bonnes décisions par rapport à l’utilisation de la technologie », explique-t-il.
Le directeur général ajoute que c’est un dossier important pour la CSFY. Depuis deux ans, un comité sur l’utilisation de la technologie et de l’intelligence artificielle se penche sur la question de l’intégration des outils numériques en classe. L’un des projets importants du comité a été le développement d’une nouvelle directive administrative pour encadrer l’utilisation de la technologie, des écrans et de l’intelligence artificielle (ADM-05), qui a été adoptée en avril 2026. Cette politique vise à offrir un cadre clair permettant de soutenir la réussite éducative, le bien-être des élèves, l’innovation pédagogique, ainsi que la protection des données et de la vie privée.
Il mentionne que la CSFY a fait un sondage pour soutenir la prise de décision du gouvernement et 85 % des parents n’avaient aucune inquiétude face à la limitation de l’utilisation des appareils mobiles.
Qu’en est-il de l’intelligence artificielle?
L’annexe 1 de l’ADM-05 de la CSFY encadre l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) afin d’assurer un usage responsable, éthique et sécuritaire de ces technologies dans un contexte éducatif et administratif. Il comprend les attentes spécifiques pour le personnel ainsi que les élèves, en matière d’utilisation de l’intelligence artificielle. Il est question d’intégrité, de responsabilités des élèves et de citoyenneté numérique.
« C’est certain que c’est quelque chose d’important pour nous. On a beaucoup travaillé sur ce sujet-là avec notre comité. On a aussi fait de la formation au niveau des administrateurs, puis, pour la rentrée scolaire, on a une spécialiste de l’IA qui va faire une formation avec nos enseignants au CSSC Mercier. C’est un domaine important et qui exige de la formation. Ça fait partie de notre plan de développement professionnel », détaille M. Champagne.
« Je pense qu’on voit en ce moment, on comprend qu’on doit s’adapter par rapport à la façon que l’on construit les tâches à faire pour tenir compte de l’IA. C’est important comme enseignant d’être très explicite par rapport aux attentes. Dans certains cas, on ne veut aucune utilisation de l’IA, donc si c’est le cas, on va construire un peu la façon de faire. Ça peut être fait papier-crayon, sans ordinateur. On veut aussi, quand c’est approprié, permettre aux élèves d’utiliser les outils technologiques pour les aider dans la conception, la révision de leurs travaux et pour être plus efficaces », explique le directeur général.
« C’est un domaine qui est en pleine évolution et qui change et évolue de semaine en semaine et de jour en jour, donc ça va certainement continuer d’être un défi dans le monde de l’éducation », termine M. Champagne.
Du côté de l’Université du Yukon
Au niveau universitaire, l’intelligence artificielle représente un défi qui demande une évolution de la part des personnes. Jeanelle Julien, directrice de l’École de la santé, de l’éducation et des services sociaux et communautaires à l’Université du Yukon, mentionne « qu’il faut rester curieux. Il faut être des gens qui pratiquent la réflexion. Avec l’intelligence artificielle, tout est accéléré. C’est rapide et c’est intelligent, quand même! »
Elle ajoute qu’il devient de plus en plus important d’entendre la voix et les perspectives des étudiant·es parce que l’intelligence artificielle n’a pas de conscience. Il faut se poser la question « c’est quoi le but de notre enseignement? Qu’est-ce qu’on veut que les étudiants sortent avec et comment on va assurer qu’ils sortent avec ça? »
« Je recommence avec le papier et le crayon, parce que c’est important que je voie où tu es, je veux te voir, toi, la personne. Ça nous demande d’autres façons de faire », ajoute Mme Julien.
Elle termine en rappelant que l’intelligence artificielle est un outil. Il est important pour les étudiant·es d’apprendre à réfléchir et d’avoir des réflexions critiques pour être en mesure de bien l’utiliser.
L’Université du Yukon a émis un énoncé provisoire sur l’utilisation de l’intelligence artificielle, reconnaissant qu’il reste encore beaucoup de travail à faire sur le sujet.
IJL – L’Aurore boréale
Politique sur l’utilisation des appareils mobiles
Dans un communiqué de presse en juillet 2026, le gouvernement du Yukon a annoncé l’adoption d’une politique sur l’utilisation des appareils mobiles dans les écoles à partir de la rentrée scolaire 2026-2027. Il indique instaurer cette politique afin de cultiver des environnements d’apprentissage propices à la concentration des élèves et du personnel enseignant.
Selon la politique, « appareil mobile personnel » s’applique à tout appareil électronique n’appartenant pas à l’école qui peut servir à communiquer ou à accéder à Internet, y compris les téléphones cellulaires, les ordinateurs portables, les tablettes, les montres intelligentes et les lunettes intelligentes.
Les téléphones cellulaires et autres appareils mobiles personnels seront interdits toute la journée scolaire pour les élèves de la maternelle à la 7e année. Pour les élèves de la 8e à la 12e année, ils seront permis avant et après l’école, ainsi que pendant les pauses et l’heure du repas, mais pas durant les cours. Dans le cas d’une classe à niveaux multiples incluant des élèves de la 7e année et des élèves des années supérieures, la direction de l’école décidera de la règle à appliquer.
Des exceptions pourront s’appliquer pour des raisons médicales ou à des fins d’éducation inclusive. Cette approche est conforme à d’autres mesures prises ailleurs au Canada.
La politique a été élaborée en consultation avec l’Association des professionnels de l’éducation du Yukon, des commissions scolaires, des membres du personnel scolaire ainsi que des partenaires en éducation politique et elle sera examinée dans les deux années suivant sa date d’entrée en vigueur, puis tous les cinq ans par la suite.
Afin d’encourager une utilisation saine et équilibrée des appareils mobiles personnels, le gouvernement prévoit distribuer des ressources qui aideront les élèves à adopter de bonnes habitudes à l’égard des technologies numériques à l’école et tout au long de leur vie.
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