Le rapport intitulé Pour nos enfants : Examen du racisme systémique dans l’éducation au Yukon (For our children : A Review of Systemic Racism in Yukon Education) a été publié le 1er mai.
« Nous avons rédigé ce rapport à la demande de la Commission de l’éducation des Premières Nations et du Comité des chefs sur l’éducation qui reconnaissaient le racisme dans l’éducation, en particulier pour les élèves autochtones, mais aussi pour les élèves de couleur. Nous avons intégré la voix des jeunes, d’anciens élèves et des éducateurs, et nous avons examiné tous les autres rapports récents qui soulignaient déjà une discrimination dans les résultats des élèves autochtones », résume Annette King, défenseure des enfants et de la jeunesse du Yukon.
« Les données indiquent clairement que les élèves des Premières Nations du Yukon n’obtiennent pas leur diplôme aussi souvent, qu’ils ne réussissent pas aussi bien à l’école. Et ce n’est pas à cause de leur incapacité », rapporte-t-elle.
« C’est parce que, parfois, c’est à cause d’une culture de faibles attentes ou à cause d’une culture de discrimination comportementale. Il y a donc des élèves qui, dès le début de leur carrière, ont l’impression d’être ciblés comme des problèmes de comportement qui doivent être retirés de l’école ou punis. Il leur est alors très difficile d’aller de l’avant avec la fierté de réussir sur le plan scolaire. »
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Quelles actions?
Vingt-cinq recommandations ont été formulées dans le rapport.
« La première recommandation était de rendre ce rapport public », rapporte Mme King. La deuxième recommandation prévoit un rapport en juin, puis en décembre et chaque mois de décembre par la suite, pour faire état des mesures prises face au problème.
« Nous avons également formulé des recommandations sur l’apprentissage par l’expérience et le soutien à l’élaboration de programmes d’études fondés sur l’expérience. »
« Nous leur avons demandé d’élaborer une stratégie de lutte contre le racisme, ce qui implique une formation obligatoire pour les éducateurs et l’apprentissage de la culture des Premières Nations, mais aussi des approches de lutte contre le racisme. »
Annette King, défenseure des enfants et de la jeunesse du Yukon.
Pour Annette King, il faudrait avoir une meilleure représentation de la population autochtone au sein des écoles. « Beaucoup d’éducateurs ne sont pas originaires du Yukon. Et nous attendons d’eux qu’ils enseignent la culture et l’histoire des Premières Nations du Yukon. C’est donc très difficile pour ces éducateurs de le faire, même s’ils ont les meilleures intentions du monde et qu’ils essaient de faire venir des gens. Nous demandons donc à nos éducateurs d’essayer de résoudre eux-mêmes ce problème. C’est pourquoi nous parlons de racisme systémique. Nous avons besoin d’un système qui soutient l’inclusion et la célébration de la culture et de l’appartenance. »
« Le ministère de l’Éducation a la responsabilité de mettre en œuvre des mesures. Et nous recommandons qu’il travaille avec le Conseil des Premières Nations du Yukon, la Direction de l’éducation des Premières Nations du Yukon, le Comité des chefs et toutes les nations », informe Mme King.
Du côté francophone
Un cours de justice sociale est offert aux élèves du CSSC Mercier. Simon Langlois, enseignant à cette école, anime pour la première fois ce cours optionnel en sciences humaines pour les jeunes âgé·e·s de 16 à 18 ans. « On a fait des études de cas, on a abordé les principes d’action ressource, l’équité, la participation aux enjeux politiques, la démocratie, la diversité, les droits de la personne, entre autres. »
L’enseignant a également abordé le rapport sur le racisme systémique. Il rapporte que plusieurs membres de son groupe d’élèves sont immigrant·e·s et qu’un d’entre eux est proche des Premières Nations. « C’est sûr qu’eux autres se sentent interpellés. Ce sont des jeunes qui sont déjà exposés, donc ça a amené de bonnes observations et de bons sujets de discussion. »
« Pour eux, ce n’est pas forcément facile au niveau de l’emploi, du logement avec leur famille. Eux-mêmes ont des exemples que ça n’a pas été facile et que ça ne l’est pas encore pour trouver un emploi pour l’été, par exemple. »
Concernant le racisme linguistique, Simon Langlois rapporte que les élèves « ont toujours ce sentiment que s’ils ont un accent quand ils parlent anglais, ils sont jugés et mal perçus. De l’autre côté aussi, certains, en parlant français, se sentent jugés parce qu’ils ont un accent, car leur dominance est en anglais. On dirait que la majorité des élèves, ce sont des deux côtés qu’ils sont mal à l’aise. Si on ajoute une autre minorité par la couleur, ce n’est pas facile ici pour beaucoup de jeunes de se sentir acceptés et de ne pas subir une forme de racisme », affirme M. Langlois. « Ce n’est pas le pire endroit que j’ai connu dans l’Ouest », reconnaît-il, cependant.
Annette King rapporte qu’aucune mention de racisme systémique ne figure auprès des francophones à travers les entrevues réalisées ou dans les témoignages recueillis. « Il est intéressant de noter que nous n’avons trouvé aucune famille francophone, actuelle ou ancienne, qui se soit sentie discriminée en raison de son héritage francophone. Nous avons trouvé des élèves autochtones dans le système français, comme dans certaines autres écoles, où leur culture autochtone n’était pas aussi célébrée dans les écoles françaises. »
IJL – Réseau.Presse – L’Aurore boréale
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