Depuis le 10 mai dernier, l’artiste offre au public la chance de découvrir ses œuvres qui sont exposées au studio Northern Front.
Une première exposition solo
Joshua Lesage est loin d’en être à ses débuts. Artiste à temps plein, ou presque, ses œuvres se retrouvent à différents endroits au Yukon. Il a notamment sculpté le présentoir en bois des médailles de l’Ordre du Yukon, créé l’œuvre qui trône au milieu du parc de planche à roulettes, ainsi que la sculpture de marbre exposée dans le parc Jim Light, à Whitehorse. Son masque en bois de cèdre, intitulé Green Man (l’homme vert), a été sélectionné pour la collection des œuvres permanentes du Yukon en 2021. C’est pourtant la première fois que l’artiste se lance dans une exposition solo.
Chaque œuvre exposée est dissociée des autres. « Ce sont des œuvres que j’ai faites dans les dix dernières années. J’ai eu l’idée d’avoir un show solo, alors j’ai tout sorti du storage [entreposage]. Je me suis senti prêt à les laisser aller, à leur trouver une belle place dans le monde. ». Parmi les œuvres exposées, deux n’avaient jamais été dévoilées au public.
« Pas facile de laisser aller des œuvres qui explorent nos vulnérabilités », explique l’artiste. « Chaque pièce m’a donné l’occasion d’avoir une conversation avec moi-même, au sujet des problèmes du monde. Je me donne du temps d’introspection quand je crée. Je me donne la chance de découvrir des choses dont je ne suis pas conscient », développe-t-il.
Inspiré par la philosophie de Carl Jung, l’artiste tente d’aller découvrir les différents archétypes qui vivent en lui. « Chacune de ces œuvres représente une partie de moi. Quand je regarde mes œuvres, je vois les moments que j’ai passés. J’ai des pièces qui jouent beaucoup avec ma vulnérabilité. Ça me fait peur, mais ça me donne aussi un peu de courage, de montrer cela à propos de moi. »
Du Manitoba au Yukon
C’est l’attrait de la dernière frontière qui a attiré Joshua Lesage au Yukon en 2007. Originaire de Notre-Dame-de-Lourdes, une communauté franco-manitobaine au sud-ouest de Winnipeg, le jeune Joshua de 18 ans recherchait alors l’aventure. « Quand j’ai vu que les rues n’étaient pas en gravel, à Whitehorse, j’ai trouvé que c’était plus moderne que je pensais! », dit-il en riant.
Fort d’avoir grandi sur une ferme, il aimait travailler avec ses mains et être inventif. « En voyant une ad dans le papier [journal], j’ai vu que Sundog Studio [désormais la Northern Cultural Expressions Society] proposait d’apprendre à des jeunes de faire de la sculpture des Premières Nations. J’ai répondu et the rest is history », se souvient-il. Il y apprend la sculpture du bois et le dessin form lines, un art traditionnel des peuples autochtones. « J’ai énormément de gratitude pour cet apprentissage et je veux redonner autant que je peux. Je ne peux pas exprimer à quel point je suis reconnaissant. Mais comme je ne suis pas autochtone, j’ai voulu explorer autre chose et trouver mon style. »
Inspiration et apprentissage
Outre les enseignements des Premières Nations, Joshua Lesage s’est formé auprès de différents artistes de renom.
En Californie, il a appris auprès de l’américain Tom Wolver. « Je voulais apprendre les techniques de sculpture à l’argile avec cet artiste. Il m’a parlé de sa philosophie : c’est à nous de faire s’animer la part de l’ombre qui se trouve en nous », raconte l’artiste yukonnais. « Cette personne a nettement une présence sombre, mais il a tellement de lumière dans les yeux! Ça m’intéressait beaucoup de travailler avec lui », confie Joshua Lesage.
Au Yukon, Joshua Lesage est aussi reconnu pour la sculpture sur neige. Et il a appris d’un des meilleurs dans le domaine. Don Watt, sculpteur émérite du Yukon, l’a contacté un jour pour participer avec lui à une compétition au Japon. C’est ainsi qu’il est tombé dans le monde de l’art éphémère de la sculpture sur neige. « Je ne pense pas trop au côté éphémère avec la neige. Peut-être que ce serait différent si je travaillais plusieurs mois dessus. Mais, avec la neige, une fois que j’ai fini, c’est fini pour moi », confie-t-il. « Je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose d’apprendre à lâcher prise, en fait! ». Il en fait désormais en moyenne trois par année, à Banff, à Yellowknife, à Winnipeg ou au Centre des arts du Yukon.
Désormais, Joshua Lesage nourrit son art d’une toute nouvelle inspiration : être papa. « Je crois beaucoup que pour avoir du nouveau matériel, pour avoir du jus de créativité, on a besoin de se nourrir. Je vois cette opportunité. J’apprends beaucoup de ma fille. Je me fais affronter de toutes sortes de peurs! C’est un peu effrayant des fois, mais c’est intéressant! J’aime prendre le temps de regarder ça. »
Pour voir le travail de Joshua Lesage, l’artiste réfère à sa page Instagram : @joshualesage8.
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