le Jeudi 4 juin 2026
Loading membership data...
le Jeudi 15 mai 2025 8:05 Premières Nations

La Journée de la robe rouge pour la commémoration et la solidarité

Près de 200 personnes ont bravé les vents forts, le 5 mai dernier, lors de la marche commémorative. — Photo : Noah Dumaine
Près de 200 personnes ont bravé les vents forts, le 5 mai dernier, lors de la marche commémorative.
Photo : Noah Dumaine

Du 3 au 5 mai derniers, des robes rouges ont été accrochées aux arbres aux abords du fleuve Yukon, proche de la statue de bronze d’une femme autochtone tenant un tambour dans sa main. Le lundi 5 mai, date de la Journée de la robe rouge, près de 200 personnes se sont rassemblées pour un cortège en commémoration des femmes, filles, et personnes bispirituelles autochtones disparues et assassinées (FFDA2S+).

Charlie-Rose Pelletier estime que la solidarité est importante, et que les événements autochtones sont autant d’occasions de poser des actions concrètes sur des ententes et des engagements faits envers la réconciliation.

Photo : Maryne Dumaine

Un feu sacré, sur lequel des gardiens veillent nuit et jour, brûle à côté d’une tente prospecteur. Il a été allumé depuis la veille et ne sera éteint que le lendemain, après une cérémonie.

Le dimanche 4 mai, sous une tente installée entre le Centre culturel Kwanlin Dün et les rives du fleuve Yukon, trois femmes autochtones transmettent leur savoir en initiant d’autres femmes à l’art du perlage. Dans cet espace, la plupart des échanges se font en français.

Un moment de sensibilisation

« C’est un bon moment pour nous, les groupes alliés, de faire de la sensibilisation, mais aussi pour offrir du support envers les groupes autochtones du Yukon et à travers le Canada », estime Charlie-Rose Pelletier, qui travaille pour l’organisme féministe francophone Les Essentielles. « Je pense que c’est un moment pour aligner des actions concrètes avec des signatures qu’on fait envers la réconciliation, ou des ententes ou des engagements qu’on a pris avec d’autres organisations », affirme la chargée de projet en égalité des genres.

L’organisme a facilité l’aspect francophone de l’atelier de perlage du 4 mai. « On a proposé que Monique Levesque, femme autochtone de la Nation huronne-wendat, vienne faire l’atelier ». Elle a animé l’atelier aux côtés de Brianna Capot-Blanc et Emersyne Sias, du Cercle des femmes autochtones de Whitehorse.

À lire aussi : Francophone et autochtone : Une intersectionnalité peu connue

« Ça fait au moins quatre ans qu’on est impliquées avec les activités. Et, je crois que, chaque année, on est un peu plus engagées. Au début, on participait juste à la marche, mais chaque année, on participe un peu plus à l’organisation. » Mme Pelletier était présente lors de l’événement du 5 mai, main rouge peinte sur le visage, pour aider à servir la bannique et le ragoût d’orignal, à la suite de la cérémonie autour du feu sacré. « On offre de l’aide là où il y en a besoin. Ça consolide nos partenariats avec les autres organisations. »

C’est un moment pour aligner des actions concrètes avec des signatures qu’on fait envers la réconciliation. 

— Charlie-Rose Pelletier, Les Essentielles

L’activité de perlage a rassemblé une douzaine de femmes qui ont réalisé des épinglettes ou des boucles d’oreilles en forme de robe rouge.

Photo : Maryne Dumaine

Un événement qui grandit chaque année

« De plus en plus de personnes se rendent compte de l’impact de la colonisation sur nos communautés, et FFDA2S+ est un symptôme de la colonisation. Je pense que de plus en plus de monde veut changer le narratif, et veut travailler avec nos communautés », explique Natalie Taylor, directrice générale du Cercle des femmes autochtones de Whitehorse.

Elle ajoute que, pour beaucoup de personnes autochtones, ce genre de rassemblement représente surtout un espace d’expressions pour toutes les personnes qui sont touchées directement ou indirectement. « C’est important de pouvoir parler avec ceux et celles qu’on aime, et c’est important d’entendre aussi “n o more” (c’est assez). »

À lire aussi : Commémoration de la Journée de la robe rouge (2023)

Bien qu’elle ne fût pas là le jour de la marche, la ministre responsable de la Direction des femmes et de l’équité des genres, Jeanie McLean, a déclaré dans un communiqué : « Aujourd’hui est une occasion importante pour les Canadiens et les Yukonnais de soutenir les femmes, les filles et les personnes bispirituelles+ autochtones et d’exiger la fin de la violence à laquelle elles sont confrontées de manière disproportionnée. C’est une journée où chacun de nous peut se demander : que puis-je faire, en tant qu’individu, pour contribuer au démantèlement des facteurs systémiques qui continuent d’alimenter cette crise? Que puis-je faire pour changer l’histoire des femmes autochtones du Yukon et du Canada, pour aller d’une histoire de violence à une histoire de dignité, de respect et de justice? »

Peu de personnalités politiques étaient présentes lors de l’événement, hormis les leadeur·e·s autochtones. Mme Taylor attribue cela aux élections récentes. « Il y a eu des hommages poignants lors de l’Assemblée législative », a-t-elle reconnu avec émotion.

La marche de commémoration a démarré proche des locaux du ministère de l’Éducation du gouvernement du Yukon et s’est terminée au Centre culturel Kwanlin Dün. Des discours ont été prononcés proche de la statue d’une femme autochtone, monument de commémoration des femmes, filles, et personnes bispirituelles autochtones disparues et assassinées. 

Photo : Noah Dumaine

Éduquer, rassembler et représenter

Pour Kirsten Maides, présidente du Cercle des femmes autochtones de Whitehorse, cette journée est aussi l’occasion de créer de la visibilité, et, par cette occasion, de donner des possibilités d’éducation. « En marchant le long du fleuve, j’ai remarqué que plusieurs enfants, probablement un groupe d’une garderie, étaient assis sur l’herbe et nous regardaient et semblaient avoir une conversation pour comprendre pourquoi cette marche avait lieu. Cette marche, c’est aussi l’occasion d’être visible, pour que les gens se demandent “pourquoi est-ce qu’il y a autant de personnes en rouge aujourd’hui?” C’est une belle occasion d’avoir de la visibilité et d’avoir des conversations. »

La cérémonie du 5 mai s’est terminée par des discours forts et émouvants, et par la mise dans le feu de petites robes en papier sur lesquelles, tout au long de la fin de semaine, des personnes autochtones ou alliées avaient écrit des prières et des pensées.

Chaque année, la mobilisation s’amplifie, les liens se renforcent, les conversations s’ouvrent. En tissant perles et solidarités, les communautés autochtones et alliées tracent, petit à petit, un chemin vers plus de respect, de reconnaissance, et de réparation.

IJL – Réseau.Presse – L’Aurore boréale

À ce jour, les femmes autochtones sont quatre fois plus susceptibles d’être victimes d’actes de violence que les femmes non autochtones.

Elles représentent 16 % des victimes d’homicide et 11 % des femmes disparues, alors qu’elles ne constituent que 4,3 % de la population du Canada.

Les femmes autochtones sont également deux fois plus susceptibles de subir des actes de violence de la part de leur partenaire, qu’il soit actuel ou ancien.

Source : Site Web de l’Assemblée des Premières Nations du Canada

Les commentaires s'afficheront une fois que vous aurez atteint la fin de l'article.