Pour Olivier Pellegrin, propriétaire de Synergie Industries, être entrepreneur requiert certaines qualités humaines, telles que savoir supporter un certain niveau de stress, oser prendre des risques, inspirer, savoir accepter la critique, et faire preuve d’ouverture aux autres.
Pour Olivier Pellegrin, propriétaire de Synergie Industries, être entrepreneur requiert certaines qualités humaines, telles que savoir supporter un certain niveau de stress, oser prendre des risques, inspirer, savoir accepter la critique, et faire preuve d’ouverture aux autres.
Olivier Pellegrin est propriétaire de Synergie Industries, une entreprise qui offre des services d’expertise pour tous types d’organisations. Avant même de se lancer dans les démarches administratives, il conseille de déterminer la vision, le mandat et les valeurs de l’entreprise que l’on souhaite créer. « Ces trois choses vont préconditionner tout le reste de l’entreprise », annonce-t-il.
« La mission, c’est : qu’est-ce que je veux être dans cinq ans? Qu’est-ce qui va changer par mon intervention? », explique-t-il. « Le mandat, c’est le comment je vais faire ça? Et est-ce que je crée une entreprise dont la valeur va être de faire le maximum d’argent ou ça va être une entreprise dont les valeurs vont plutôt être un style de vie? »
L’entrepreneur recommande de ne pas quitter immédiatement son emploi lors du lancement de son entreprise, afin de garantir une certaine sécurité financière. « La plupart des entrepreneurs paient leurs employés, leurs fournisseurs et à la fin, il n’y a plus grand-chose. » D’où l’importance de planifier un budget personnel et de s’assurer que ses dépenses quotidiennes sont couvertes.
Il conseille alors d’avoir au moins un travail qui « va payer les factures. Vous ne travaillez pour votre entreprise qu’une partie de la semaine. Et plus votre entreprise se développe, plus vous commencez à avoir des revenus et vous pouvez diminuer votre travail précédent. »
Pour lancer son entreprise, M. Pellegrin recommande qu’elle réponde à un besoin et d’avoir des talents dans un domaine qui pourraient être monnayables. « Quelque chose pour lequel les gens sont prêts à payer. »
Démarrer du bon pied
« Une des premières choses à faire est de se rendre à la mairie de sa ville ou de sa communauté avant même de créer son entreprise », recommande Stéphanie Chevalier, coordonnatrice du développement économique à la Ville de Whitehorse.
Dans son rôle, elle outille les personnes qui souhaitent se lancer dans l’entrepreneuriat et communique des informations sur les différents permis et le moyen d’obtenir un permis d’affaires, entre autres. Toute personne qui vend des biens ou des services dans la Ville de Whitehorse doit obtenir un tel permis qui a une validité variable. « Un permis de six mois coûte 110 $ », informe-t-elle. « Le home-based development permit pour celles et ceux qui fabriquent leurs produits chez eux coûte seulement 40 $. Alors, avec 150 $, tu peux commencer à entreprendre à Whitehorse. »
Le permis d’affaires doit être renouvelé chaque année. Pour 85 $ supplémentaires, le permis intermunicipal permet d’exercer dans toutes les autres communautés du Yukon en dehors de sa communauté d’origine.
Autre point important : le respect du code de construction. « Acheter un local où des massages étaient offerts pour le transformer en restaurant peut nécessiter des travaux plus ou moins importants, puisqu’il y a un changement d’usage », signale-t-elle.
Stéphanie Chevalier reconnaît cependant la complexité des démarches et que le nombre d’informations peut décourager. « Si quelqu’un a une idée d’entreprise, il faut vraiment qu’il passe nous voir le plus tôt possible pour discuter avec nous, pour vérifier que son modèle d’entreprise a du sens. »
La Ville de Whitehorse met à disposition sur son site Web des renseignements en anglais sur les différents permis existants.
D’autres étapes sont nécessaires avant de démarrer son entreprise, telles que choisir le nom (optionnel), le statut, les assurances, et planifier les fonds qui serviront au démarrage. Ces étapes peuvent sembler laborieuses et complexes, d’où l’importance de bien s’entourer et de demander de l’aide.
Clément Richard est coordonnateur de projets pour IncubateNorth, un programme de l’Université du Yukon qui a pour mission d’aider les personnes entrepreneures à développer leurs activités.
Un mot clé : réseauter
Tout au long de l’année, de nombreux événements de réseautage sont organisés, entre autres, par Yukonstruct, la Chambre de commerce de Whitehorse et l’Association franco-yukonnaise (AFY).
Clément Richard est coordonnateur de projets pour IncubateNorth, du département Innovation et entrepreneuriat de l’Université du Yukon. Il s’agit d’un programme d’incubation d’entreprises d’une durée de 12 à 18 mois qui aide les personnes entrepreneures à développer leurs activités à l’échelle locale, nationale et internationale.
Pour lui, « le plus simple, c’est de venir parler à quelqu’un, et de commencer à entrer dans le système petit à petit. »
Il conseille de s’abonner aux infolettres, ou de suivre certains organismes sur les réseaux sociaux (voir encadré) pour connaître les événements et programmes organisés dans la communauté.
« Être en contact avec des personnes qui sont aussi des entrepreneurs, qui ont cette même flamme, on sait que ça aide, ça permet de créer des liens. »
Michel Duteau a démarré son entreprise, YukonGrow, en 2020, et a participé à plusieurs programmes et événements de réseautage, dont le programme incubateur, innovation et entrepreneuriat de l’Université du Yukon. « Ce qui m’a fait particulièrement du bien dans les premières années, c’était d’être entouré d’entrepreneurs et de professionnels qui en ont vu d’autres, et qui parfois se sont cassé la gueule », raconte-t-il. « Être entouré d’autres entrepreneurs et de professionnels qui ont une idée de ce que tu passes au travers, c’est extrêmement important. »
Il conseille également de s’entourer de professionnel.le.s de l’entrepreneuriat. « C’est le fun d’avoir une idée, mais il ne faut pas faire ça tout seul », estime-t-il. « Il ne faut pas investir trop de nos sous et de notre temps seul, sans avoir confronté cette idée-là avec des professionnels. »
Le service du développement économique de l’AFY constitue une autre ressource précieuse pour les personnes en quête de conseils. « On offre de l’accompagnement, peu importe où sont rendus les gens dans le processus », informe Edith Bélanger, sa directrice. « Le conseiller ou la conseillère va pouvoir aider à valider ton idée que ton service ou ton produit va être vendable. »
Le personnel de l’AFY peut également fournir des ressources en analysant les besoins de la clientèle et les orienter vers d’autres organismes de la communauté. « Plusieurs francophones travaillent dans des structures anglophones », souligne-t-elle.
Amélie Janin se considère « flexipreneure » et s’épanouit dans ce statut. « J’ai un job et j’ai ma compagnie à temps partiel. Je trouve ça vraiment chouette d’aider les gens dans ma communauté », partage-t-elle.
Pour lancer son entreprise, North 60 Strategy, en 2023, Amélie Janin a fait appel à l’AFY et a également participé à plusieurs événements de réseautage qui l’ont beaucoup aidé, selon elle. L’entrepreneure a créé son entreprise avec le soutien de son père. « Parfois, dans nos familles, il y a peut-être quelqu’un qui voudrait participer. […] Ils peuvent t’accompagner et avoir des compétences que tu n’as pas forcément. »
Olivier Pellegrin abonde dans le même sens. « Une personne n’a pas toutes les qualités pour gérer parfaitement son entreprise. Je ne peux pas être un expert des ressources humaines, un expert des finances, un expert efficace de la production, etc. Ça n’existe pas, c’est impossible. » Il conseille alors de s’entourer de personnes qui vont compléter votre expertise.
Le Yukon : défi ou opportunité?
Selon Clément Richard, le Yukon regorge de potentiel, et ce, à plusieurs niveaux. « Oui, il y a des difficultés, on est relativement isolé, tout ce qui est shipping, ça coûte exceptionnellement cher, etc. Mais il y a des avantages. Il y a énormément de soutiens qui sont disponibles pour les entrepreneurs et les taxes sont assez peu élevées comparées à d’autres endroits au Canada. »
Stéphanie Chevalier donne un avis plus nuancé. Elle souligne que vivre dans une ville centrée sur le secteur public offrant des conditions attractives peut freiner l’envie de se lancer dans l’entrepreneuriat.
Pour Michel Duteau, lancer son entreprise dans le Nord représente de nombreux avantages et désavantages. « Le plus important, c’est que ton entreprise soit adaptée aux conditions du Yukon. L’entreprise que j’ai partie, YukonGrow, n’aurait pas pu être partie d’où je viens, en Estrie. »
Il mentionne aussi le grand nombre de soutiens existant au territoire, comme les programmes offerts par Yukonstruct et l’Université du Yukon, mais aussi plusieurs personnes consultantes, comme däna Näye Ventures ou Olivier Pellegrin avec Synergie Industries.
« Je trouve que le Yukon est une bonne place pour démarrer une entreprise », estime Amélie Janin. « Il y a plein de monde, c’est une belle communauté, puis ça aide à démarrer une entreprise, je trouve. Il y a beaucoup de soutien dans la communauté. Fait que, j’ai l’impression que, pour démarrer une entreprise, c’est plus facile de commencer à vendre local que de vendre à l’extérieur. »
« Et puis je trouve que, parfois, ça fait un peu peur de démarrer une entreprise, mais j’aurais envie de dire, bah, vas-y, essaye, il n’y a rien à perdre! »
En plus de ses différents programmes, Yukonstruct propose un espace de cotravail où les membres peuvent louer des bureaux, des postes de travail et accéder à des salles de réunion. L’organisme met aussi à disposition plusieurs ateliers de fabrication. Les espaces de travail communs à Yukonstruct permettent également de réseauter avec d’autres personnes entrepreneures.
Où trouver de l’aide?
- Service du développement économique et de l’entrepreneuriat de l’Association franco-yukonnaise (Edith Belanger, directrice au service du développement économique à l’AFY).
- Yukonstruct
- Ville de Whitehorse (Stéphanie Chevalier, coordonnatrice du développement économique).
- Guide (en français) Démarrer une entreprise au Yukon, préparé par la Yukon Public Legal Education Association (YPLEA) – Site Web de l’AFY.
- Guide (en anglais) de la Chambre de commerce de Whitehorse, Starting a Business Package.
- Programme de l’Université du Yukon : IncubateNorth (Clément Richard, coordonnateur de projets, Innovation et entrepreneuriat) *L’AFY paie 50 % des frais d’inscription.
- däna Näye Ventures (DNV) fournit une aide au financement du développement commercial et des services aux petites et moyennes entreprises, autochtones et non autochtones. DNV propose des ateliers et gère le programme de microcrédit du Yukon et le programme d’entrepreneuriat et de développement commercial.
- Gouvernement du Yukon – Sociétés du Yukon.
- RDÉE Canada (Réseau de développement économique et d’employabilité) favorise le développement économique des communautés francophones et acadienne.
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