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le Jeudi 15 janvier 2026 7:54 Société

Monique Levesque : La voix de la résilience et de la réconciliation

  Photo : Angélique Bernard
Photo : Angélique Bernard

Reconnue parmi les dix personnalités influentes de la francophonie canadienne dans le Palmarès 2025 de Francopresse, Monique Levesque voit aujourd’hui des décennies d’engagement reconnues à l’échelle nationale. Pour cette Franco-Yukonnaise de la nation huronne-wendat, cette reconnaissance n’est pas qu’une distinction personnelle. Elle symbolise une francophonie qui accepte désormais de bâtir des ponts durables.

Née à Québec, Monique est arrivée au Yukon en 1991. Membre du clan de la Tortue (Yändia’wich), elle a hérité d’une culture matrilinéaire où les femmes assument la gestion de la communauté et la transmission des savoirs. Enfant, elle manifestait déjà ce qui allait devenir le moteur de sa vie en jouant à la « maîtresse d’école » avec les enfants du voisinage.

Aujourd’hui, transmettre aux autres est une véritable passion. Elle occupe le poste de directrice adjointe à l’École Christ the King, à Whitehorse. Elle affirme d’ailleurs que l’éducation n’est pas un simple métier pour elle, mais une vocation. Forte de 38 années en enseignement, elle œuvre toujours avec conviction et patience. Souvent dans l’ombre, elle contribue à faire avancer les gestes de réconciliation tout en mettant en lumière l’histoire des peuples autochtones.

La reconnaissance d’une vocation

Pour cette 11e édition, le Palmarès est placé sous le signe du dévouement à long terme. Si l’année 2025 a été marquante pour l’ensemble des personnes honorées, l’annonce a particulièrement touché Monique Levesque. Pour elle, cette reconnaissance vient souligner les fruits de plus de trois décennies d’efforts.

« C’est énormément d’énergie, beaucoup de travail. C’est un immense honneur de travailler en vérité et réconciliation, mais c’est extrêmement difficile », exprime-t-elle avec beaucoup d’émotions.

Elle ajoute qu’elle s’est longtemps « vue comme une imposteure », du fait d’être une personne Première Nation du Québec, et non pas du Yukon. Malgré tout, elle a continué le travail pour faire avancer la cause autochtone, « un pas à la fois, mais souvent en anglais ». Aujourd’hui, c’est son impact francophone qui est mis de l’avant.

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Un pilier francophone pour la réconciliation

En 2025, Monique a aussi multiplié les initiatives pour sensibiliser le public francophone aux réalités autochtones. Elle a notamment animé des ateliers de perlage symboliques, pour les Essentielles et pour l’Association franco-yukonnaise, et a présenté des conférences et des ateliers, notamment en première partie de matchs d’improvisation. Chacune de ses présentations est une occasion de partager des récits sur les traumatismes historiques et les chemins de guérison.

Si le journal l’Aurore boréale a soumis son nom au palmarès national, c’est pour souligner son rôle pivot dans la mise en œuvre concrète d’action de réconciliation au sein de la francophonie yukonnaise. Mais c’est aussi parce que Monique a été directement impliquée dans ce processus au sein des médias francophones.

Fin 2024, pour la première fois lors du Congrès Réseau.Presse, elle a offert une prière autochtone et une reconnaissance des territoires traditionnels en ouverture du Congrès de la presse francophone en milieu minoritaire. Elle a ensuite présenté une discussion sur la réconciliation, marquant un tournant pour plusieurs journaux francophones du réseau.

Depuis, elle suit leurs publications et constate une évolution. « Je suis vraiment fière des journaux francophones, car chacun fait un effort pour contribuer. Que ce soit dans les textes ou en mentionnant les territoires traditionnels sur lesquels ils publient ». Elle souligne la puissance de la presse en milieu minoritaire, affirmant avec toujours beaucoup d’émotion qu’un « journal francophone local dans les communautés, ça a un impact tellement gros, c’est tellement une voix forte. Nos médias sont des acteurs essentiels au travail de réconciliation. »

Pour elle, chaque geste compte, qu’il s’agisse d’écouter une musique autochtone, de lire un poème ou de reconnaître officiellement les terres traditionnelles.

C’est par l’éducation qu’ils nous ont tués et c’est par l’éducation qu’on va construire .

— Monique Levesque

Monique Levesque poursuit un travail rigoureux pour réapprendre le wendat, une langue qui avait presque disparu, tout en s’initiant au tutchone du Sud par respect pour le territoire qui l’accueille.

Photo : Maryne Dumaine

Trente ans de persévérance

Derrière les sourires et les succès se cachent trois décennies de luttes silencieuses. Lorsqu’elle a appris sa nomination, Monique a été submergée par l’émotion, avouant avoir souvent « pleuré dans l’ombre » par le passé.

« Ça aura pris 30 ans pour que je sois invitée à faire du travail de ce côté-là dans la communauté francophone, ou qu’elle accepte mes propositions », confie-t-elle avec une grande sincérité.

Elle explique que 2025 a marqué un tournant symbolique majeur pour elle. C’était la toute première fois qu’elle était invitée par l’école francophone – que ses enfants ont fréquentée – pour y faire une présentation en français sur des contenus autochtones. Pour Monique, ce geste représente une forme de réconciliation concrète, car elle peut enfin partager sa culture dans sa langue d’usage, le français, au sein de l’institution qui a formé ses trois enfants.

Un mandat confié par les aîné·e·s

Aujourd’hui, le sentiment d’avoir été une « imposteure » s’efface devant le mandat que lui ont confié les aîné·e·s de sa nation : transmettre la culture et travailler pour la vérité. Monique se dit extrêmement touchée que la francophonie yukonnaise reconnaisse enfin son apport. « Un grand merci à [l’AFY] pour me faire cette place-là. »

Elle voit dans les récents changements une preuve que la communauté est prête à « traverser la ligne. Une fois qu’on a fait l’étape de passer cette ligne-là et qu’on s’est engagé, il n’y a plus de retour en arrière », affirme-t-elle avec espoir.

Cette reconnaissance par Francopresse est pour elle la preuve que de « petits gestes au quotidien » peuvent finir par créer un impact immense, non seulement au Yukon, mais dans tout le Canada. Monique Levesque n’a aucune intention de ralentir; elle continue de bâtir des ponts, une perle à la fois.

IJL – L’Aurore boréale

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