Selon Sarah Cloutier, thérapeute et cofondatrice du Yukon Ecstatic Dance Collective, les gens ont soif de connexion, de rituels et de sortir de leur quotidien.
La danse extatique est un espace de mouvement libre, habituellement non verbal, où la durée et les intentions peuvent varier. Le déroulement s’inspire souvent du principe des 5 Rythmes, développé par Gabrielle Roth. « La musique suit un arc. Au début, le rythme est lent afin de plonger en soi et de se connecter à ce qui nous habite dans le moment présent. Graduellement, il y a un crescendo jusqu’à l’atteinte d’un climax. La musique est alors plus rythmée, il y a des percussions et l’énergie tend à être plus extériorisée. Puis l’intensité redescend vers un état de tranquillité », explique Joanie Clermont, initiatrice du Dance Temple Whitehorse.
Danser avec soi-même
La Franco-Yukonnaise Sarah Cloutier est thérapeute et cofondatrice du Yukon Ecstatic Dance Collective. Elle voit dans la danse un réel potentiel thérapeutique. La thérapie somatique occupe d’ailleurs une place croissante dans sa pratique. Cette approche vise à inclure davantage le corps et le système nerveux, en favorisant une connexion consciente aux sensations corporelles.
« Les traumatismes peuvent créer des réponses émotionnelles bloquées, et le mouvement peut aider, de façon graduelle et sécuritaire, à aller au-delà de ces blocages », affirme Mme Cloutier. Dans ce sens, la danse est complémentaire par son potentiel d’accéder aux émotions, en apprenant à les ressentir et les accueillir. Elle souligne d’ailleurs l’importance d’offrir un lieu et un cadre sécurisant pour leurs événements.
Depuis mai dernier, le collectif organise une à deux danses par mois dans des espaces variés, tout en espérant trouver un lieu fixe prochainement.
Jennifer Massie, fondatrice de Boreal Boogie et membre du Yukon Ecstatic Dance Collective, affirme que la danse et la thérapie somatique sont complémentaires.
Jennifer Massie, fondatrice de Boreal Boogie, a également contribué à la création du Yukon Ecstatic Dance Collective. Elle raconte sa première expérience de danse extatique : « J’avais 15 ans, l’âge où nos corps changent et se forment si rapidement que j’ai commencé à sentir comme si mon corps ne m’appartenait plus. Pour la première fois, j’ai fait face à des limitations et des insécurités qui m’ont fait perdre mon sens de connexion et de confiance envers mon corps. Jusqu’au jour où j’ai fait l’expérience d’une danse 5 Rythmes et ça a tout changé. La danse m’a alors permis de retrouver le chemin vers moi-même, elle m’a rendu la carte et la boussole que j’avais perdues lorsque la puberté m’a frappée ». Aujourd’hui, elle pratique la danse quotidiennement à travers sa vie personnelle et professionnelle. « À chaque fois, mon humeur bascule vers quelque chose de plus positif », affirme-t-elle.
Danser en communauté
En plus de la connexion à soi, la danse extatique favorise la connexion aux autres, enracinant ainsi un sentiment de communauté.
Originaire du Québec, Joanie Clermont a trouvé sa place au sein du Dance Temple dans l’Ouest canadien. « Le mouvement a toujours fait partie de ma vie, mais j’avais enfin trouvé un espace où je pouvais arriver telle que j’étais. La danse fait partie de ma façon de connecter au monde et aux autres », explique-t-elle. Lorsqu’elle voyage, les événements de danse extatique deviennent pour elle une porte d’entrée vers une communauté qui lui ressemble.
Souhaitant approfondir et transmettre cette pratique à Whitehorse, elle a suivi pendant un an une formation auprès de la créatrice du Dance Temple, puis a facilité sa première danse en mai 2025. Présent au Canada depuis une quinzaine d’années, ce mouvement s’inspire de la danse extatique tout en respectant un cadre précis. « Par exemple, le voyage musical suit toujours l’arc des 5 Rythmes, et une courte cérémonie assure l’ouverture et la fermeture de la danse », précise Mme Clermont. Elle apporte sa touche personnelle à titre de facilitatrice et engage un DJ professionnel afin que chaque danse soit unique. Elle souligne l’importance qu’elle accorde à la qualité de ses événements plutôt que leur fréquence.
De son côté, Jennifer Massie a fondé Boreal Boogie à l’âge de 40 ans, avec pour objectif de rendre la danse accessible au plus grand nombre possible de personnes. Elle peut notamment animer des danses rassemblant jusqu’à 80 personnes par l’utilisation de casques d’écoute.
Cette formule unique permet, entre autres, d’offrir des événements de danse partout, même à l’extérieur. « J’adore danser sur le territoire et me laisser inspirer par les éléments. La nature devient alors ton partenaire de danse », s’enthousiasme-t-elle. Elle anime également des ateliers dans des résidences pour personnes âgées et auprès de personnes vivant avec des déficiences cognitives. « Les casques offrent une expérience unique. Chacun se sent en contrôle dans son propre univers, tout en restant connecté au pouls du groupe », explique-t-elle.
La danse est une pratique ancestrale et universelle, qui répond aujourd’hui à un besoin profond de connexion, de mouvement et de sens. Les recherches scientifiques confirment ses nombreux bienfaits sur la santé physique, mentale et émotionnelle, ainsi que son rôle dans la régulation du système nerveux et la création de lien social. Se réapproprier la danse, c’est ainsi renouer avec une ressource essentielle de bien-être individuel et collectif.
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