Il y avait cette fille.
Elle était très gentille. Sans être la cover girl du mois faisant les premières pages, elle était quand même jolie.
Mais ce que quiconque la connaissant aurait dû voir par-dessus tout était la bonté qu’elle avait en elle. Elle était pleine de bons sentiments. Certains bienveillants pour son prochain ou d’autres encore, consistant simplement à glorifier la beauté sous quelque forme que ce soit. Jamais rien de méchant. Elle aurait dû être un exemple pour ses proches. Et elle l’aurait sûrement été s’ils l’avaient au moins su. Mais ce n’était pas le cas. Ses amis l’aimaient bien, mais sans plus. Personne ne voyait un génie en elle. À leurs yeux, elle était ordinaire. Elle n’était pas et ne serait jamais reconnue mondialement pour ses talents académiques, scientifiques ou artistiques. Elle ne suscitait pas l’admiration. Elle n’était rien de plus qu’une gentille et bonne personne. Le genre à passer inaperçu dans la cohue urbaine. On le remarquerait à peine si elle disparaissait. C’est ce qu’elle ressentait.
Comment ses proches pouvaient-ils aller même jusqu’à ignorer la montagne de sentiments l’habitant. Même si elle ne les exprimait jamais. Car elle avait compris. Les confier risquait de provoquer l’agacement ou pire d’attirer la raillerie. Par sagesse, elle se taisait.
La faune urbaine est beaucoup trop affairée. Tenter de mettre en pratique les tendances du jour propagées par les grands prêtres de la pensée cool est une occupation à plein temps. Il ne faudrait pas en plus commencer à s’enfarger dans des valeurs utopiques. Comme si certaines de celles après lesquelles ils courraient ne l’étaient pas.
Elle aurait pourtant tellement souhaité contribuer à l’améliorer ce monde dans des projets constructifs. Mais à voir vers quoi il se dirigeait le monde, force était de constater que toutes ses belles philosophies n’étaient rien de plus finalement que pollen virevoltant au vent. Personne n’y prêtait attention. Pas sérieusement du moins. À part ceux étant allergiques; au pollen et à la bonté.
Ses doux sentiments se transformaient tranquillement en tristes émotions. Son impuissance avait la désagréable faculté de la diminuer. Elle se sentait toute petite. Au point d’étouffer.
Pourquoi sommes-nous si peu importants malgré cette immensité nous habitant?
Ses frustrations silencieuses et suffocantes, jumelées à sa soif de vivre, la conduisaient tranquillement vers un désir de changement. L’appel vers un autre mode de vie moins congestionné par toutes sortes de pensées éphémères se faisait de plus en plus insistant.
Et c’est ainsi, qu’un jour, elle a abouti par ici.
Elle apprit à faire partie de son environnement jusqu’à en confondre son existence avec les éléments l’entourant.
À voir, il est tentant de croire que presque tous ceux qui apprennent à vivre au Yukon, peu importe d’où ils arrivent, apprennent à relativiser leur place sur cette planète. Peut-être que, confrontés quotidiennement aux éléments tellement plus grands que nous, on prend conscience de n’être rien de plus que ce que la vie réserve pour chaque être vivant. Rien de plus que la vie elle-même. Ce qui devrait être déjà beaucoup. Avoir la vie en nous est un grand privilège.
Peu importe ce que les grands gourous du marketing nous martèlent à cœur de jour et qui finissent par prendre assise dans nos valeurs de société.
Nous ne sommes pas plus importants que l’écureuil qui saute de branche en branche et parfois nous fait suer au point de vouloir l’étrangler. Ou même d’Archie le renard qui venait me gosser jusque sur mon perron en me regardant de cet air suffisant et un peu méprisant. Ça avait de l’air ben clair pour lui qu’il ne me considérait en rien son supérieur. Ou encore l’orignal qui nous nourrit et toutes ces autres bêtes qui trouveront moyen d’en profiter. Et toute cette eau qui pourrait nous engloutir à cause d’un seul mauvais coup d’aviron. Et ces vents et ce froid et cette neige.
Nous ne sommes pas plus importants que tout ça. Nous ne le sommes pas moins non plus. Quand on réussit à l’assimiler, qu’on apprend à classer notre importance dans ce monde empli de vie à pleine capacité, la nôtre s’en facilite. Ça suffit ou pas?
En tout cas, ce fut suffisant pour elle. Elle apprit à faire partie de son environnement jusqu’à en confondre son existence avec les éléments l’entourant.
Où est-elle maintenant? Quelque part dans le décor. Je l’ai vu l’autre jour. Elle arborait son air de simplicité naturelle comme elle l’avait toujours fait. Mais là elle rayonnait. Fallait savoir regarder.
Je lui ai demandé comment ça allait. Très bien qu’elle m’a dit. Et toi? Pareil que j’ai répondu. Elle dégageait cette lumière calme. Je le voyais. J’en étais content. Elle aussi. On a continué notre chemin. Le ciel était d’un bleu léger. Quelques nuages le picotaient ici et là, mais pas plus. Le soleil était déjà haut ce matin-là. Une belle journée s’annonçait.
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