« Je vous écris pour vous faire part de ma profonde déception et de mon inquiétude suite à la lecture du récent article de La Presse concernant l’émission française Sur le front, qui révélait l’utilisation de pesticides sur les lentilles canadiennes », amorce d’entrée de jeu Hyden Brute, résident francophone de Whitehorse depuis deux ans. Inquiet, il a demandé des comptes au député Hanley, par les médias locaux.
La controverse
« J’ai pas mal d’amis français qui habitent au Canada, et je pense que ça fait beaucoup de bruit en France en ce moment ». Pour bien comprendre l’enjeu, il faut savoir que le climat canadien pose parfois un problème au niveau de l’agriculture. La saison estivale n’est pas toujours assez chaude pour permettre aux lentilles de sécher naturellement.
« Pour accélérer le processus […] ils sont obligés de balancer un herbicide dessus », explique Hyden Brute, précisant que, bien que les herbicides ne soient normalement pas faits pour sécher les récoltes, « au Canada, c’est autorisé. »
Cette pratique choque le citoyen, consommateur régulier de lentilles par choix éthique. « C’est une protéine, ce n’est pas une protéine animale […] Je pensais faire quelque chose d’éthique et bien pour l’environnement », confie-t-il, contrarié d’apprendre que ces produits contiennent des traces de substances controversées comme le glyphosate. « Je suis choqué et très déçu… »
Hyden Brute se dit choqué des normes admises au Canada, en comparaison de celles de l’Europe, en matière de pesticides.
Le duel des arguments
Dans sa lettre, le résident de Riverdale ne mâche pas ses mots. « Pourquoi devons-nous attendre que la presse française nous alerte au lieu de prendre les choses en main et de protéger les Canadiens en leur fournissant des aliments sains. […] En tant que Yukonnais et Canadien, je suis consterné que de telles pratiques soient permises dans notre pays – des pratiques qui nuisent à l’environnement, ternissent la réputation de l’agriculture canadienne et mettent notre santé en danger. »
En réponse, le député Brendan Hanley se veut rassurant. « Les pesticides jouent un rôle important pour assurer la sécurité alimentaire, en protégeant les cultures contre les ravageurs, comme les insectes, les mauvaises herbes et les maladies fongiques. Bien que les pesticides contribuent à protéger notre alimentation, je comprends votre inquiétude quant aux résidus de pesticides qui pourraient se trouver sur les aliments que nous consommons. »
Il assure que Santé Canada impose des limites maximales de résidus (LMR) rigoureuses. « Dans le cadre du processus d’évaluation préalable à l’utilisation d’un pesticide sur un produit alimentaire, les scientifiques de Santé Canada doivent étudier si les résidus de pesticides qui pourraient se trouver dans ou sur les aliments présentent un risque pour la santé humaine et déterminer les niveaux de résidus admissibles, appelés limites maximales de résidus (LMR).
« Je ne peux pas me prononcer sur la réglementation de l’Union européenne », écrit M. Hanley, « mais je suis convaincu que la réglementation en vigueur au Canada est robuste ». Il assure que les normes canadiennes sont fixées « bien en deçà de la quantité de résidus de pesticides qui pourrait causer des problèmes de santé. »
Le médecin et le consommateur
Hyden Brute interpelle également le député sur son terrain d’expertise, à savoir la médecine. « Étant vous-même médecin, j’imagine que vous le savez mieux que quiconque […] les aliments peuvent être des médicaments, mais aussi des poisons. »
Pour illustrer la sécurité du système actuel, Brendan Hanley utilise une analogie frappante dans sa réponse. « Il faudrait manger environ 280 pommes par jour, toute sa vie, pour qu’il y ait un problème de santé lié aux résidus de pesticides. Une telle quantité de pomme pourrait remplir un panier d’épicerie ». Selon lui, les lentilles vendues au Canada respectent des normes fondées sur la science et ne représentent pas de danger.
En entrevue, Hyden Brute va plus loin. « J’aimerais poser la question à M. Hanley. Est-ce que lui achète des lentilles biologiques? » Le citoyen se questionne plus généralement, à savoir si les élu·e·s, ayant plus de moyens, achètent des aliments biologiques pour éviter ces expositions ou se contentent des lentilles canadiennes vendues en alimentation générale.
Si le député assure que le système d’inspection est fiable, tant pour les produits locaux qu’importés, le citoyen reste sur sa faim quant aux raisons fondamentales de l’écart avec l’Europe.
Hyden Brute affirme avoir envoyé sa lettre ouverte à d’autres médias anglophones au Yukon, restée sans suivi. Il déplore donc le manque d’écho de cet enjeu dans les médias locaux.
Pour l’instant, la conclusion du résident d’expression française est sans appel. « Chez nous, plus jamais de lentilles canadiennes! ». De plus, il encourage le député fédéral « à soulever cette question à l’Assemblée législative et à faire pression sur le gouvernement fédéral pour qu’il réévalue sa réglementation sur les pesticides et assure une surveillance indépendante […] »
C’est donc un dossier à suivre, qui démontre que les citoyens et citoyennes portent de plus en plus attention au contenu de leurs assiettes.
IJL – L’Aurore boréale
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