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le Jeudi 2 juillet 2026 7:53 Sciences et environnement

Le mystère des chevaux dans la vallée Ibex

Scout, Sundance et Ranger. Scout et Sundance n’ont pas été observés depuis un moment. — Photo : Steve Wilson
Scout, Sundance et Ranger. Scout et Sundance n’ont pas été observés depuis un moment.
Photo : Steve Wilson

Sur la route entre Whitehorse et Haines Junction, il est fréquent de croiser des animaux qui fourragent dans les accotements. Parmi eux, de petits troupeaux de chevaux que la population appelle à tort « chevaux sauvages ». Selon le gouvernement du Yukon, il s’agit en fait de chevaux féraux.

Bastien Ipas travaille à la Direction de l’agriculture et occupe le poste de technicien en santé de bétail depuis 2024.

Photo : Kelly Tabuteau

Personne ne sait vraiment d’où viennent ces chevaux. Des hypothèses avancent qu’ils pourraient descendre de chevaux échappés de pourvoiries il y a une soixantaine d’années, alors que d’autres envisagent qu’ils descendraient de l’époque de la ruée vers l’or du Klondike. Pour la Direction de l’agriculture du ministère de l’Énergie, des Mines et des Ressources du gouvernement du Yukon, ces hypothèses permettent cependant de classer ces chevaux comme féraux, c’est-à-dire comme des animaux domestiqués retournés à l’état sauvage.

Légalement, cette distinction est importante, car les animaux sauvages, comme les caribous ou orignaux, ne sont pas protégés de la même manière. C’est différent pour ces chevaux. « Pour le gouvernement, ce sont des animaux d’élevage, en liberté. Ils sont régis par la Loi sur la protection et le contrôle des animaux. […] Ils ont un statut de protection qui interdit aux gens de les capturer, de les blesser ou de les tuer sans permis spécifique », explique Bastien Ipas, technicien en santé du bétail au sein de la Direction de l’agriculture.

Un statut juridique particulier

La Loi sur la protection et le contrôle des animaux a été adoptée à l’automne 2022, puis modifiée en avril 2024 pour y inclure les chevaux féraux. Cette modification pourrait faire suite à un incident de l’automne 2023 où deux chevaux féraux ont été retrouvés morts.

Heather Brown est administratrice de Friends of Yukon Wild Horses Society. Cet organisme a été créé quelques mois après l’incident. Selon elle, les chevaux auraient été abattus. « Quand nous avons localisé les corps, nous avons fait appel à un chasseur pour qu’il examine ce qu’il en restait. Il a identifié des blessures par balle », affirme-t-elle.

Un autre incident de ce genre s’est produit en janvier 2025, mais le gouvernement du Yukon rejette l’hypothèse de la mise à mort. « L’enquête n’a révélé aucune preuve de non‑conformité à la Loi. Les observations sur les restes de la carcasse de cheval n’ont révélé aucun élément indiquant une intervention humaine, et la cause du décès n’a pas pu être déterminée », clarifie Bastien Ipas.

L’objectif de la Direction de l’agriculture est de protéger les chevaux féraux, en répondant aux préoccupations de la population ou aux risques identifiés, et non de gérer activement les populations. Depuis l’entrée en vigueur de l’amendement de la Loi il y a deux ans, la Direction de l’agriculture a répondu à sept signalements concernant le bien‑être de ces chevaux, douze signalements de chevaux en liberté sur la route, et trois cas de chevaux décédés après avoir été heurtés par des véhicules.

Une population finalement peu connue

Le nombre exact de chevaux féraux demeure inconnu. Bastien Ipas confirme qu’il n’y a jamais eu de compte officiel. « On estime, mais c’est vraiment basé sur ce qu’on nous rapporte, à moins d’une centaine de chevaux. Certains ont été observés lors du dénombrement des wapitis », détaille le technicien.

L’organisme Friends of Yukon Wild Horses Society, lui, tente de suivre de manière informelle les individus grâce à des caméras de surveillance de sentiers et un drone. « Dans la vallée Ibex, il y a trois troupeaux principaux que nous connaissons, et quelques individus isolés », rapporte Heather Brown.

Mais il semblerait que la population soit relativement stable et s’équilibre naturellement entre les naissances et les décès. Depuis ce printemps d’ailleurs, un poulain, prénommé Anaya par les membres du groupe Facebook Yukon Wild Horses, peut être observé sur le bord des routes.

Pippin est devenu orphelin très jeune, lorsque ses parents sont morts. Il a été adopté par Scout, qui a disparu un an plus tard.

Photo : Steve Wilson

Une conscientisation nécessaire

Depuis sa création, l’organisme Friends of Yukon Wild Horses Society cherche à sensibiliser la population à l’existence des chevaux féraux. « Nous développons des dépliants informatifs dans lesquels nous incluons des conseils de sécurité, par exemple, à quelle distance se tenir, ou encore l’importance de ne pas nourrir les chevaux et qui sont disponibles au Centre des visiteurs. […] L’objectif est de mieux faire connaître leur présence et de réfléchir à des moyens de les protéger, car certaines personnes au Yukon ne savent même pas que ces chevaux existent », justifie Heather Brown.

D’ici la fin de l’été, l’organisme devrait également publier son premier livre jeunesse, dont la réalisation a été possible grâce à une subvention de la Yukon Foundation. « Le livre suivra un des groupes de chevaux sauvages du Yukon, au fil des saisons. L’idée est de montrer ce que vivent ces chevaux tout au long de l’année », annonce-t-elle.

Si ce travail de sensibilisation est nécessaire, c’est que plusieurs personnes au Yukon considèrent les chevaux féraux comme une espèce nuisible à l’écosystème du territoire. Pour Erin Kohler, analyste des communications au ministère de l’Environnement du gouvernement du Yukon, la présence de chevaux féraux peut avoir plusieurs impacts sur l’environnement. Elle pourrait, par exemple, entraîner des changements dans les communautés végétales locales causés par le piétinement et la fertilisation, créer de la compétition avec d’autres ongulés pour l’alimentation ou le territoire, ou encore, transmettre des maladies ou des parasites à la faune ou aux animaux domestiques.

Pourtant, malgré ces risques, très peu d’études ont été menées pour connaître les réels effets au Yukon. Les deux dernières études pertinentes remontent déjà à plus de dix ans.

La première, menée par l’Université de Calgary en collaboration avec Environnement Yukon et publiée en 2013, s’intéressait aux contraintes liées à l’aire de répartition des wapitis introduits dans le sud-ouest du Yukon. L’étude concluait : « Bien que la disponibilité du fourrage, l’épaisseur du manteau neigeux et les températures hivernales puissent limiter la croissance de la population de wapitis, des facteurs tels que la compétition pour les ressources avec d’autres espèces (par exemple les cerfs mulets et les chevaux) ainsi que la prédation peuvent également constituer des contraintes dans le sud-ouest du Yukon, même si la prédation a auparavant été écartée comme facteur limitant important (Hoefs, 1980). »

Une deuxième étude, menée par l’Université de l’Alberta et complétée en 2015, sur le chevauchement alimentaire et la concurrence potentielle au sein d’une communauté d’ongulés dans le nord-ouest du Canada, affirmait que les chevaux féraux pouvaient entrer en compétition pour la nourriture avec plusieurs ongulés, surtout avec le bison, et de façon plus modérée avec la plupart des autres ongulés yukonnais. Mais l’absence de commande d’études récentes porte à croire que les risques évoqués ne semblent pas une préoccupation actuelle pour le gouvernement du Yukon.

Mystery et son poulain nouveau-né, Warrior. Warrior a survécu à l’hiver 2025-2026, et est le seul poulain de la cuvée 2025 à avoir survécu.

Photo : Steve Wilson

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