« Depuis des milliers d’années, les forêts boréales du nord-ouest de l’Amérique du Nord vivent très fréquemment des incendies de forêt naturels », raconte Jill Jonhstone, biologiste végétale. Selon elle, ces forêts sont adaptées aux perturbations causées par le feu.
« Toutes les espèces qui y vivent ont développé des mécanismes leur permettant de se remettre d’un incendie. Ainsi, pour ces forêts, ce n’est donc pas la même catastrophe que celle que nous percevons », explique-t-elle d’emblée.
Pour la biologiste, il serait même problématique de vouloir éliminer tous les incendies de forêt. « Le fait de supprimer tous les incendies fait que nos forêts vieillissent et accumulent beaucoup de combustible. L’absence totale d’incendies les rend donc potentiellement vulnérables à des brûlures extrêmes lorsqu’il y a une saison des incendies vraiment dangereuse. »
Une régénération graduelle
« Après un incendie, le paysage semble dévasté, mais très vite, il redevient très vert », observe Mme Johnstone. « Et si vous observez les plantes qui poussent, elles sont très productives. Et cette poussée de productivité peut être très importante pour d’autres organismes qui peuvent en tirer profit. Il existe donc de nombreuses espèces sauvages qui se sont spécialisées dans ces habitats en phase de repousse précoce. »
Parmi elles, on compte des insectes, des petits mammifères et des baies. Ces zones attirent également beaucoup d’oiseaux qui apprécient ces habitats ouverts. D’autres animaux sauvages plus grands, comme les ours, les wapitis, les élans, les bisons et beaucoup d’herbivores brouteurs viennent profiter de cette poussée de croissance.
Feux bénéfiques et feux destructeurs
« Les feux bénéfiques permettent la régénération de la communauté, la stimulation d’une organisation saine, où les communautés sont résistantes au feu et capables de s’adapter aux facteurs de stress locaux », explique la biologiste.
« Ces feux réduisent également la quantité de combustibles inflammables disponibles pour les futurs incendies. Ainsi, la présence d’une quantité adéquate de feux bénéfiques sur le terrain réduira en fait le risque d’incendies de forêt dans les décennies à venir », ajoute-t-elle.
« Toutefois, les saisons des incendies sont de plus en plus longues et extrêmes », reconnaît Mme Johnstone. « Nous pouvons avoir des incendies qui se déclarent à nouveau dans des peuplements qui ont brûlé il y a 25 ans ou il y a 50 ans. Une fois que l’intervalle entre les incendies atteint au moins 50 ans, la forêt a tendance à être assez résistante. Mais pour certains de ces conifères à croissance lente, le fait que les incendies reviennent à des intervalles de moins de 50 ans pose souvent des problèmes pour la régénération de ces arbres, car ils n’ont pas eu le temps d’atteindre leur maturité sexuelle et de produire beaucoup de graines. »
« Et ces incendies plus rapides ou peut-être extrêmes brûlent même les arbres qui ont des graines », poursuit-elle. « Ils consomment complètement les cônes qui se trouvent dans la canopée forestière ou ils brûlent le sol suffisamment pour altérer la capacité de rétention d’eau du sol ou modifier les lits de graines qui favorisent la régénération. Dans ces conditions, nous pouvons réellement voir les incendies réduire la couverture forestière ou potentiellement modifier la composition de celle-ci. »
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