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le Jeudi 15 mai 2025 7:50 Sciences et environnement

À Dawson, la débâcle fait vibrer la ville et réunit toute une communauté

Vestige des morceaux de glace aux abords des rives de Dawson après la débâcle.
 — Photo : Yannick Pavard
Vestige des morceaux de glace aux abords des rives de Dawson après la débâcle.
Photo : Yannick Pavard

Chaque printemps à Dawson, les regards se tournent vers le fleuve Yukon, dans l’attente du moment où la glace cèdera : c’est le breakup, ou la débâcle. Ce phénomène naturel, spectaculaire et bruyant, marque la fin d’un long hiver et donne lieu à une tradition locale bien ancrée : un concours qui rassemble toute la communauté.

À l’automne, la glace s’installe lentement sur le fleuve, forçant l’arrêt du traversier et isolant les deux rives jusqu’à l’apparition d’un pont de glace praticable. Mais au printemps, tout change. Le fleuve gronde, craque, se fissure. De gigantesques blocs de glace se déplacent dans un fracas impressionnant. Et tout le monde attend le moment précis où le mât, planté dans la glace, se met en mouvement et déclenche l’arrêt d’une horloge.

Cette année, un petit imprévu technique est venu perturber le dispositif : le câble relié à l’horloge et raccordé au Centre culturel Dänojà Zho a refusé de se détacher correctement de la berge, empêchant l’horloge de s’arrêter comme prévu. Heureusement, plusieurs témoins oculaires étaient présents sur place et ont permis de confirmer l’heure exacte de la débâcle : 10 h 56, le mercredi 30 avril. Aussitôt, l’alarme a retenti dans la ville et les gens se sont précipités sur les berges pour observer le spectacle. Le concours pouvait alors dévoiler ses gagnant·e·s.

Fait intéressant : les données sur la débâcle sont méticuleusement enregistrées depuis 1896, offrant un aperçu précieux de l’évolution du climat au fil des décennies. La tendance actuelle situe généralement la débâcle entre le 23 avril, date la plus hâtive jamais observée, et le début du mois de mai.

Un pari communautaire

Depuis 1940, le concours de la débâcle est organisé chaque année par le groupe IODE de Dawson, affilié à l’IODE national, un organisme de bienfaisance féminin fondé au Canada en 1900. À Dawson, cette tradition permet d’amasser des fonds qui retournent directement dans la communauté, notamment sous forme d’une bourse annuelle de 500 $ remise à un ou une élève finissant·e de l’École secondaire Robert-Service.

Les Yukonnais·e·s peuvent miser 3 $ sur une date et une heure précise, ou acheter un carnet de dix mises. Et parfois, le hasard (ou l’intuition) font bien les choses…

Paul Robitaille, francophone, est l’un des deux gagnants de l’édition 2025 du concours de la débâcle.

Photo : Paul Robitaille

Paul Robitaille, gagnant 2025

Parmi les deux heureux gagnants de cette année qui se partagent la somme record de 4 887 $, on retrouve Paul Robitaille, francophone et gérant des parcs et récréation pour la Ville de Dawson.

« Ça fait 15 ans que je participe au concours », raconte-t-il. « Mes choix sont souvent faits au hasard, mais cette année, j’ai visé le matin. Je me disais que peu de gens choisissent cette plage horaire, et qu’on était dû pour un breakup matinal. »

Paul a acheté cinq carnets, soit 50 billets, misant autour du 1er mai. Son instinct s’est avéré excellent, puisque lui, ainsi que l’autre gagnant, Andrew Taylor, ont deviné exactement 10 h 56, l’heure officielle de la débâcle.

« Ce n’est pas une science exacte, mais je me considère presque comme un expert! », lance-t-il en riant. Il prévoit utiliser sa part du gain pour un voyage en Espagne cet été, où se tiendront les championnats mondiaux d’orpaillage. « Gagner, c’est un beau bonus. Mais même sans ça, le concours du breakup est un moment spécial pour tous les gens d’ici. »

Et il n’est pas le premier francophone à connaître ce bonheur : en 2022, Solveil Bourque avait remporté le concours, une autre belle preuve que la communauté francophone du Yukon ne manque pas de flair lorsqu’il s’agit de prédire la débâcle!

Une tradition forte en émotions

Chaque année, la population se laisse prendre au jeu. Les écoles arrêtent leurs activités, les passant·e·s se précipitent vers la rive, les téléphones filment, et l’excitation monte à l’idée de voir la glace céder. On y perçoit un lien fort entre la nature, l’histoire et la collectivité.

Et, parfois, la persévérance est récompensée. L’an dernier, c’est Brian Close, résident de longue date, qui a remporté le concours après 58 années de participation. Une victoire émouvante qui montre à quel point ce simple pari symbolise bien plus que la fonte de la glace : il incarne l’attachement des habitant·e·s à leur coin de pays, à ses rythmes et à ses traditions.

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