Le gouvernement du Yukon a révisé les frais de décharge afin de moderniser la gestion des déchets en collaboration avec l’Association des communautés du Yukon (AYC).
Ces nouvelles mesures s’appuient sur les recommandations du comité ministériel sur les déchets solides, qui avait publié un rapport en avril 2018 intitulé Recommandations pour une gestion durable des déchets solides au Yukon.
Ce document met en évidence la nécessité de réviser et d’actualiser les pratiques actuelles de gestion des déchets sur le territoire, avec des recommandations concernant la régionalisation des sites de décharge et l’introduction d’un modèle « utilisateur·trice-payeur·euse ». Il prévoyait également la présence de personnel qualifié et des installations sécurisées sur l’ensemble des sites.
Trois phases de mise en œuvre
Le déploiement des nouveaux frais de décharge s’effectue en trois phases. La première, en vigueur depuis 2020, concerne les zones en périphérie de Whitehorse, notamment Deep Creek, Carcross, Mount Lorne, Marsh Lake et Tagish. La grille tarifaire révisée s’appliquera également dès le 1er mai à ces sites.
La deuxième phase visera les installations de Destruction Bay, Pelly Crossing et Champagne, où des frais de décharge seront appliqués pour la première fois le 1er mai. Depuis le 1er avril, du personnel est présent sur place à Pelly Crossing pour répondre aux questions des usagers et usagères, les aider à trier leurs déchets et les informer de la nouvelle grille tarifaire. Des équipes seront également sur place aux installations de Destruction Bay et de Champagne pour accompagner les résident·e·s dans cette transition.
Enfin, les régions plus éloignées, telles que Beaver Creek, Old Crow et Ross River devraient voir leurs frais de décharge instaurés d’ici 2027.
Objectifs des nouveaux frais
Michel Léger, directeur des activités dans les collectivités au ministère des Services aux collectivités, rapporte que l’introduction des frais de décharge vise à financer une partie des coûts d’exploitation des installations, à garantir une gestion adéquate des déchets, à prolonger la durée de vie des sites d’enfouissement et à encourager la réduction des déchets à la source.
Il ajoute que le modèle « utilisateur·trice-payeur·euse » contribue à sensibiliser la population aux bonnes pratiques de gestion des déchets, tout en assurant que chacun·e participe aux coûts liés à ce service. Ces frais ne couvrent qu’une partie des dépenses totales d’exploitation des sites.
Impact environnemental et prévention des dépôts illégaux
Une des préoccupations soulevées par l’introduction de ces frais est la possibilité d’un rejet accru de déchets dans des lieux inappropriés, par exemple en nature, pour éviter de payer les frais de décharge.
Cependant, Michel Léger note que le ministère de l’Environnement n’a pas été observé d’augmentation des dépôts illégaux depuis l’introduction des frais. « Les données dont nous disposons ne montrent pas de tendance indiquant un abandon accru des déchets dans la nature », précise-t-il. Il rappelle également que des amendes pouvant atteindre 10 000 $ sont prévues pour les infractions liées au dépôt illégal de déchets, ce qui pourrait dissuader les comportements inappropriés. Des mesures sont également mises en place pour informer la population et les guider dans leurs pratiques de gestion des déchets. Des séances d’information sont organisées pour sensibiliser la population au tri des déchets et aux nouvelles règles en vigueur.
« On comprend l’objectif de réduire les déchets, mais si composter coûte le même prix que jeter ses ordures, ça envoie un drôle de message environnemental », explique-t-il.
Pour Louis Gabriel Pouliot, résident de Marsh Lake, la révision des frais de décharge soulève quelques questionnements. Ce dernier s’interroge sur le fait que le coût pour déposer un sac de compost à Marsh Lake est actuellement le même que celui d’un sac de déchets réguliers.
« On comprend l’objectif de réduire les déchets, mais si composter coûte le même prix que jeter ses ordures, ça envoie un drôle de message environnemental », estime-t-il. « À la limite, rendre les sacs poubelles plus chers et le compost gratuit, ça aurait plus de sens pour encourager les bonnes pratiques. »
Selon lui, le montant demandé reste relativement symbolique, mais c’est davantage le temps et l’organisation que cela demande aux gens qui peut représenter un défi, particulièrement dans les communautés rurales.
M. Pouliot souligne qu’il n’a pas observé une augmentation des dépôts illégaux de déchets dans la nature depuis la mise en place des frais. Il note cependant que certaines poubelles publiques, notamment celles des haltes routières de la région, semblent rapidement se remplir. « On veut encourager les bonnes pratiques, mais il faut que le système soit cohérent et incitatif pour tout le monde. »
Les commentaires s'afficheront une fois que vous aurez atteint la fin de l'article.