« Il ne faut pas confondre les gelures avec les engelures », annonce d’entrée Claude Vallier, auparavant secouriste de montagne en France. « Il y a différents degrés, différentes gravités. Et, en fonction de la gravité, ça peut aller de n’avoir aucune séquelle, jusqu’à une amputation, à perdre des membres. »
« Dès que la température est négative, ça peut arriver. Plus la température descend, et plus ça arrive rapidement », résume-t-il.
« Une gelure est une condition dans laquelle les tissus du corps gèlent, littéralement. Donc, une formation de cristaux de glace à l’intérieur des tissus qui mène à une série de complications incluant la fermeture des vaisseaux sanguins, la constriction des vaisseaux sanguins, une diminution de l’apport d’oxygène aux extrémités, ce qui peut éventuellement mener à la nécrose ou à la mort des tissus et à l’amputation », complète Josianne Gauthier, pharmacienne à l’hôpital général de Whitehorse et spécialiste de ce genre de problème.
« Au début, c’est souvent juste une décoloration », précise Mme Gauthier. « Dans le cas des personnes caucasiennes, on observe une diminution de la couleur de la peau. Elle devient blanchâtre, trop pâle. Souvent, c’est la perte de sensation ou douleur au réchauffement, picotement, comme des aiguilles. Quelques jours plus tard, il peut y avoir des cloques, des ampoules qui se développent. Il peut y avoir des ampoules claires ou remplies de sang. Puis, la décoloration des tissus, comme la nécrose, le changement noir de la peau arrivent plus tard. »
« Le nombre d’amputations reste faible, mais ça ne veut pas dire qu’elles n’existent pas », informe Mme Gauthier. Il y en aurait une dizaine par année à Whitehorse.
Josianne Gauthier, pharmacienne à l’hôpital général de Whitehorse, rappelle l’importance de porter des vêtements chauds et des gants pour se prémunir des engelures. Elle conseille également de toujours avertir son entourage si l’on sort en excursion, par exemple.
Conséquences sur le long terme
« Les engelures peuvent aussi mener à des séquelles sur le long terme comme la sensibilité accrue au froid. Elles peuvent aussi causer des douleurs chroniques, des picotements ou des intolérances au froid », explique Josianne Gauthier.
C’est le cas par exemple de Vianney Goma, charpentier et photographe. « Ça m’est arrivé à quelques reprises pour des voyages photo », dit-il. « J’en ai eu au niveau des doigts, de l’orteil et une autre sur le côté du nez. Ce n’étaient pas des gelures graves. J’ai eu quand même les doigts complètement blancs. Plus rien ne circulait, mais ce n’était pas encore nécrosé. »
« Sur le long terme, ce que ça me fait aujourd’hui, c’est que mes doigts et mes orteils sont beaucoup plus sensibles au froid qu’avant. Je peux aussi vite refaire des engelures. Et pendant un moment, en fait, l’après-engelure proche, tu as plusieurs semaines, voire parfois des mois où tu as les nerfs à vif. Ça fait des lancements, comme des pics de douleurs. Ça m’est arrivé pendant plusieurs mois pour l’orteil du pied. »
Claude Vallier mentionne aussi avoir certaines zones qui ont perdu de la sensibilité. « J’ai un orteil où c’est froid tout le temps maintenant. »
Bonnes pratiques
« Je pense que la prévention par les vêtements, c’est le plus important pour éviter l’humidité et d’avoir froid », explique Josianne Gauthier. « Trouver un abri et ne pas être exposé. Être préparé aussi, comme dans le cas d’un accident de voiture. Il faut alors avoir des vêtements de rechange et de bons gants. »
Elle prévient aussi contre des idées reçues que l’on peut avoir pour soigner les engelures et les gelures. « Parfois, on dit de réchauffer dans la neige ou mettre les engelures dans la neige. On ne le recommande pas parce que, souvent, ça peut contribuer davantage à l’engelure. Au contraire, on doit réchauffer, immerger dans l’eau chaude de préférence, jusqu’à ce que les membres soient pliables. »
La pharmacienne experte en gelure recommande de ne pas hésiter à consulter ou à se rendre aux urgences s’il y a des changements de couleur de la peau même après le réchauffement.
Pour Claude Vallier, auparavant secouriste de montagne en France, il faut réchauffer au plus vite les parties souffrant d’engelures et s’assurer de rester ensuite au chaud.
« Il faut réchauffer la partie qui souffre d’engelure le plus rapidement possible », conseille Claude Vallier. « Souvent, les gens savent qu’ils doivent réchauffer, mais il faut le faire seulement si tu es sûr que tu pourras garder la personne au chaud sinon c’est encore pire. Si tu reprends froid, ça va amplifier les séquelles. »
« Pour les gelures, si tu vois vraiment que tes doigts ou tes pieds sont blancs, ils sont livides, ils sont très rigides, il faut éviter de les bouger. Il faut éviter de mettre de la pression dessus et de frotter. Sinon, la structure interne des vaisseaux va encore plus s’abîmer. »
« C’est l’absence de sensation qui fait que c’est grave, il faut s’en inquiéter », rapporte Vianney Goma. « Il faut éviter de se réchauffer les mains en soufflant dessus, car dans l’air qu’on expire, il y a énormément d’humidité. Il vaut mieux mettre ses mains sous les aisselles. »
Claude Vallier insiste enfin sur l’importance de surveiller les enfants. « Il est important pour les parents de vérifier en permanence les jeunes enfants et de prendre des précautions pour prévenir les gelures, car les petits ne vont pas s’en apercevoir. Il faut vraiment couvrir la peau du visage. »
Traitement efficace contre les gelures
Josianne Gauthier, pharmacienne à l’hôpital général de Whitehorse, et Alex Poole, chirurgien dans le même hôpital, ont développé un protocole de traitement des engelures sévères en 2015.
« Le protocole consiste à réchauffer les membres et à déterminer la sévérité à l’aide d’une échelle de sévérité visuelle. Ensuite, selon la sévérité des engelures, on donne des médicaments seul ou en complément », explique la pharmacienne. Un de ceux que l’équipe utilise est l’Iloprost qui ouvre les vaisseaux sanguins et qui diminue, entre autres, le risque de formation de caillots et de blocage des vaisseaux sanguins.
L’équipe a été la première à utiliser ce traitement en Amérique du Nord. Le médicament, injecté par voie intraveineuse, provient de la France. En 2016, Santé Canada a accordé son autorisation pour l’inclusion du médicament dans le protocole.
Dans les cas sévères, l’équipe médicale combine l’Iloprost avec l’Altéplase qui est un médicament qui détruit les petits caillots de sang et prévient la nécrose et donc le risque d’amputation.
« Les résultats sont très concluants jusqu’à présent », rapporte la pharmacienne. Une équipe pancanadienne continue à mener des recherches visant à améliorer le traitement.
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