Diplômée comme éducatrice de l’Association Montessori Internationale, Marielle Pellegrini a d’abord débuté sa carrière en France et entreprend désormais sa deuxième année au Yukon. Elle explique que l’idée d’un projet de correspondance entre les deux pays lui est venue après avoir remarqué les nombreuses différences entre la culture française et la culture yukonnaise. « Beaucoup de ce qui est normal pour les enfants d’ici, comme par exemple, d’aller faire du ski après l’école, c’est tellement insolite pour nous les Français! Je me suis dit, il faut partager cela. »
De là est né un projet de correspondance entre l’École Montessori du Yukon, et l’École Montessori des Pouces Verts, située à Mouans-Sartoux, dans le sud de la France.
Pour mettre le projet sur pied, Marielle Pellegrini a d’abord collaboré avec deux enseignantes d’anglais de l’école des Pouces Verts afin d’associer les élèves en paires pour la correspondance outre-mer. « Je connaissais un peu les enfants des deux écoles, alors on a pu faire des super matchs. »
La correspondance, une étape à la fois
Le projet s’inscrit dans un processus en plusieurs étapes pour les élèves. « C’est vraiment tout le processus d’écrire la lettre, de dessiner, de faire des décorations, d’aller à pied à la poste… », explique Marielle Pellegrini.
Les élèves du Yukon écrivent en français, tandis que leurs correspondant·es français·es répondent en anglais, ce qui permet aux deux groupes de pratiquer leur seconde langue. Pour l’éducatrice, le principal défi reste la gestion du temps, alors qu’il faut coordonner la correspondance avec d’autres activités. Les délais de livraison de poste ont également demandé une certaine adaptation.
« On n’était pas très synchronisés, parfois, on s’envoyait des lettres en même temps, et c’est comme si les lettres se croisaient sur l’océan ». Les deux classes ont depuis ajusté leur fonctionnement en attendant de recevoir une lettre avant d’en envoyer une nouvelle. Cette année, Marielle Pellegrini a également ajouté une facette au projet pour ses élèves de 6 à 9 ans. « On a commencé à faire des exposés en collectif qu’on envoie. Ainsi, les 9 à 12 ans ont encore leur correspondant, et les plus jeunes participent avec des exposés. »
Marielle Pellegrini affirme que les élèves de sa classe de l’École Montessori du Yukon vont toujours poster leur lettre à pied.
Un projet qui ouvre les horizons
Désormais installé à l’École Montessori du Yukon depuis deux ans, le projet de correspondance avec l’École des Pouces Verts semble couronné de succès. « J’ai travaillé dans les deux parties », partage Marielle Pellegrini, « alors je connais et je vois toutes les différences entre les deux pays, mais pour les élèves, de voir ces différences, et de leur montrer que tout le monde ne fait pas comme eux, c’est fou. Ils sont étonnés et ils réalisent aussi que la vie est différente ailleurs ». Cependant, au-delà des différences, les élèves du Yukon remarquent également des points en commun avec leurs correspondants et correspondantes. « Peu importe où on est dans le monde, la pédagogie Montessori aura toujours le même matériel, alors les élèves remarquent qu’il y a les mêmes choses dans une classe française ». L’éducatrice affirme également que le projet de correspondance offre une motivation très efficace pour apprendre le français. « L’enthousiasme est fou quand ils écrivent leurs lettres, ils ne sont jamais aussi contents d’essayer de parler en français. Même [les élèves pour qui le français est plus difficile] travaillent fort, sortent un dictionnaire, et sont excités d’écrire à leur correspondant ». Marielle Pellegrini apprécie également de voir les liens et les amitiés qui se forment à travers les lettres. Elle raconte même que l’un de ses élèves a pu rencontrer son correspondant lorsque celui-ci a visité le Yukon avec sa famille. « J’ai organisé une rencontre entre les deux familles, et c’était super bien. [L’élève yukonnais] a donné une veste de ski à [son correspondant|, c’était vraiment bien. »
Une expérience qui marque et fait grandir
Marielle Pellegrini recommande fortement son projet de correspondance à d’autres établissements scolaires. Elle conseille toutefois de le mener avec des élèves plus âgés et rappelle qu’il s’agit d’un projet de longue haleine, à long terme, qui se déploie sur plusieurs mois. L’éducatrice espère surtout que ses élèves se souviendront du lien développé avec un autre enfant Montessori en France et de l’expérience « de voir cette différence de culture, de voir que c’est différent, mais qu’il y a aussi des choses en commun. »
Rébecca Fico, 15 ans, est journaliste en herbe pour l’Aurore boréale.
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