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le Jeudi 3 juillet 2025 7:57 Premières Nations

La ferme des Tr’ondëk Hwëch’in : entre respect de la terre et transmission des savoirs

La ferme Tr’ondëk Hwëch’in  — Photo : Site Web de la ferme des Tr'ondëk Hwëch'in
La ferme Tr’ondëk Hwëch’in
Photo : Site Web de la ferme des Tr'ondëk Hwëch'in

Selon le Recensement canadien de l’agriculture de 2021, le Yukon compte 88 fermes actives. Parmi elles, certaines ont fait le choix de cultiver la terre dans le respect de l’environnement tout en transmettant leur savoir avec passion. C’est le cas de la ferme d’enseignement et de travail Tr’ondëk Hwëch’in, située à 14 kilomètres au sud-est de Dawson, où agriculture rime avec apprentissage et enracinement culturel.

La ferme Tr’ondëk Hwëch’in produit une large variété de légumes et de viandes majoritairement biologiques. Pendant la saison estivale, la ferme accueille des jeunes pour développer leurs compétences en production agricole.

Photo : Site Web de la ferme des Tr'ondëk Hwëch'in

«Au départ, c’est un concept qui a été mis en avant par les anciens », raconte Derrick Hastings, gestionnaire de l’exploitation. « Un comité composé de membres de la communauté était préoccupé par la sécurité alimentaire. Ces membres ont donc formulé un plan pour créer une ferme-école sur une parcelle de terre qu’ils avaient acquise dans le cadre de leur accord sur les revendications territoriales lorsque Tr’ondëk Hwëch’in est devenue une Première Nation autonome. »

Après avoir obtenu une subvention de l’Agence canadienne de développement économique du Nord (CanNor) et du ministère des Affaires autochtones et Développement du Nord Canada, un projet pilote de deux ans a été lancé en septembre 2014. Les Tr’ondëk Hwëch’in (TH) ont signé un protocole d’entente officiel avec le Collège du Yukon et le Centre de recherche du Yukon afin de créer une ferme d’enseignement et de travail dans le Nord.

« Et nous l’avons mené à bien », rapporte le gestionnaire. « Une fois les deux années écoulées, Tr’ondëk Hwëch’in a examiné les aspects financiers et a décidé qu’il valait mieux gérer l’école comme une ferme pratique et essayer de faire pousser plus de légumes et de produire plus de viande. Le processus d’apprentissage n’était donc pas terminé, mais ils ont décidé de l’exploiter en tant que Tr’ondëk Hwëch’in, sans lien avec le Collège. »

« Nous avons commencé à produire de la viande, des œufs et des légumes. Nous avons donc construit un poulailler que nous avons terminé en 2019 et nous avons obtenu notre licence de classement des œufs. »

Cultiver dans le respect de la nature

La ferme produit et vend une large variété de légumes ainsi que plusieurs types de viande (porcs, lapins, poulets, canards…) dans les marchés fermiers et dans les restaurants de la région. Elle emploie chaque année 15 personnes en moyenne.

« La ferme collabore également avec les autres départements de Tr’ondëk Hwëch’in, en particulier celui de l’Éducation, pour distribuer de la nourriture aux familles quatre fois par an », rapporte le gestionnaire. « Chaque année, nous donnons entre 5 000 et 6 000 douzaines d’œufs. Nous essayons de nourrir entre 100 et 200 familles par an. »

« Les légumes sont tous produits biologiquement, ainsi que les fleurs et tout le reste. Nous n’utilisons pas de produits chimiques à la ferme », affirme Derrick Hastings. « Il n’y a pas de culture hydroponique ou quoi que ce soit d’autre. Pour la production de viande et d’œufs, nous avions l’habitude d’utiliser des aliments biologiques, mais j’ai pensé qu’il était un peu plus approprié de s’approvisionner au Yukon. Nous avons discuté avec le producteur [Trevor Amiot, propriétaire de Hinterland Flour Mill à Whitehorse] et nous apprécions ses efforts pour utiliser le moins de produits chimiques possible. »

« Nous souhaitons utiliser le moins possible de pesticides, surtout parce que c’est conforme aux valeurs des Tr’ondëk Hwëch’in, à savoir la gestion de la terre. De plus, si vous utilisez des engrais chimiques azotés, ils s’infiltrent dans les cours d’eau. Nous sommes juste à côté de la rivière Klondike, ce qui pourrait avoir un impact sur les stocks de poissons. »

« La philosophie de la ferme est l’agriculture régénératrice. On ne se contente pas de prendre la terre. On essaie de vivre constamment dans un état d’échange. Un peu comme la philosophie des Premières Nations, qui consiste à donner quelque chose en échange de ce que l’on prend. »

Maxence Guillemoto, Français d’origine, a passé deux étés à travailler au sein de la ferme, une expérience qu’il juge particulièrement formatrice et enrichissante.

Photo : Fournie

Maxence Guillemoto a déjà passé deux étés à travailler à la ferme. Pour lui, cette expérience s’est révélée particulièrement enrichissante. « C’est sûr que, si je compare à d’autres fermes où j’ai pu travailler avant, le fait qu’il n’y ait pas d’engrais, ça met plus de temps à pousser, mais c’est de meilleure qualité. Par exemple, les carottes de là-bas, je ne m’en remets toujours pas. Ce sont vraiment les meilleures carottes que j’ai mangées de ma vie! »

« Travailler dans cette ferme est très intéressant et gratifiant. C’est surtout d’apprendre à faire les choses de la bonne façon, d’apprendre à bien respecter le terrain, la terre, les plantes. Et puis j’ai la chance de pouvoir goûter les produits de la ferme. Avoir des œufs frais, des légumes frais, de la viande fraîche, c’est quand même un luxe qu’il ne faut pas négliger. Pour moi, c’est un des meilleurs endroits dans lesquels j’ai travaillé, clairement, quand on voit comment ils s’occupent des animaux, des plantes, et puis même de la terre en elle-même, c’est quelque chose dont je suis très fier », explique le travailleur saisonnier.

Apprendre et enseigner

Pendant la saison estivale, la ferme accueille également des groupes de jeunes. « Ils commencent après avoir terminé l’école en juin et finissent à la mi-août avant de retourner à l’école », informe Derrick Hastings. « Nous avons eu aussi bien cinq jeunes que douze ou treize. »

« Cela fait partie des objectifs à long terme visant à intégrer les jeunes dans l’industrie agricole, à investir dans leur approvisionnement alimentaire et aussi dans la terre en tant que méthode de prévention, pour les empêcher de tomber dans les problèmes qui prévalent dans notre communauté, comme l’alcoolisme, la consommation de drogues ou bien l’ennui, l’apathie », précise le gestionnaire d’exploitation. « C’est une entreprise pleine d’espoir. »

« C’est aussi un transfert de connaissances », ajoute-t-il. « C’est conforme aux valeurs de la Première Nation. Soutenir les jeunes de multiples façons, ne pas se contenter de donner, mais faire en sorte qu’ils contribuent à l’amélioration de la communauté à long terme. » Les jeunes peuvent ainsi acquérir une expérience professionnelle, mais aussi développer des aptitudes à la vie quotidienne.

Le personnel employé en profite aussi pour perfectionner ses compétences. « Travailler dans cette ferme m’a permis d’apprendre plein de choses, notamment avec des animaux parce que j’avais surtout travaillé avec des plantes avant », rapporte Maxence Guillemoto.

« Si tu es volontaire, ils vont t’apprendre beaucoup de choses. J’ai donc commencé à apprendre à avoir des petits skills [compétences] en boucherie. C’est hyper gratifiant d’arriver dans un travail comme ça et puis de repartir avec des skills qui sont plutôt utiles. »

Le jeune homme souligne également la patience et la passion des personnes sur place. « C’est motivant de travailler avec des gens qui aiment ce qu’ils font, et puis de voir aussi des jeunes qui sont volontaires et qui apprennent des choses ici. »

« L’objectif est d’essayer de créer une ferme qui offre une production, mais aussi des événements communautaires qui favorisent la croissance de la communauté, ou faire en sorte que les jeunes de l’école passent plus de temps à visiter la ferme et à connaître leur nourriture », résume Derrick Hastings.

IJL – Réseau.Presse – L’Aurore boréale

Autres fermes de ce type au Yukon

D’autres types de productions agricoles communautaires respectueuses de l’environnement existent au Yukon. Voici quelques exemples :

La ferme Partridge Creek de la Première Nation des Nacho Nyäk Dun. La ferme est située sur la route du Klondike Nord, à environ 75 kilomètres à l’ouest de Mayo. La ferme produit des légumes et plusieurs types de viande.

La ferme et le jardin communautaire Porcupine Creek de la Première Nation de Carcross/Tagish est en activité depuis 2017 et s’étend sur 153 acres. L’accent est mis sur l’élevage de bétail et les cultures.

La production des serres de la Première Nation de Little Salmon/Carmacks permet de vendre des produits biologiques dans les marchés fermiers.

Derrick Hastings  : « Nous travaillons avec la Première Nation des Nacho Nyäk Dun de Mayo pour essayer d’établir des objectifs régionaux, afin d’établir des échanges et des accords mutuels qui pourraient conduire au développement agricole en tant que région. »

Photo : Fournie

Semer malgré tout : le prix de nourrir le Nord

«  Il y a d’énormes défis à relever en matière d’agriculture dans le Nord, surtout pour nous qui sommes si loin de Whitehorse  », constate Derrick Hastings. Le coût du fret est un facteur énorme pour acheminer les aliments de nos animaux.  »

«  Le changement climatique entraîne des conséquences tant positives que négatives  », explique le gestionnaire. «  Parmi les aspects positifs, on peut citer l’allongement des saisons de croissance, des printemps potentiellement plus chauds et une diminution du gel. Mais, en même temps, les implications négatives sont l’augmentation des risques d’inondation et d’incendie. Les glissements de terrain ont eu un impact sur notre capacité à transporter des produits sur la route dans quelques cas.  »

«  D’autre part, comme nous sommes essentiellement entourés de forêts et que nous nous trouvons dans un corridor faunique, nous avons des problèmes avec la faune chaque année. Nous avons donc dû installer de nombreuses clôtures électriques et une protection solide pour notre bétail.  »

Il explique que le marché local, bien que modeste, doit faire face à la concurrence des grandes chaînes d’approvisionnement, ce qui entraîne des coûts d’exploitation particulièrement élevés. Pour rester viable, l’organisation doit offrir des prix compétitifs. Il souligne également que les salaires dans le Nord sont nettement plus élevés qu’ailleurs, rendant la main-d’œuvre plus coûteuse.

Enfin, en plus du coût élevé de la maintenance des machines dans les températures très froides de l’hiver, Derrick Hastings souligne un autre défi, le développement des compétences. «  Nous ne sommes pas une communauté agricole. Le développement de ces compétences prend donc du temps. Et il faut pouvoir travailler avec les gens sur une période très courte chaque année, quelques mois seulement, et essayer de développer des compétences qu’ils pourront conserver d’une année à l’autre. Ce n’est donc pas comme s’ils avaient toute l’année pour développer leurs compétences.  »

Hanna Fish, directrice générale à l’Association agricole du Yukon, abonde dans le même sens. «  Lorsqu’on ne pratique pas l’agriculture à des fins lucratives, il peut être difficile de s’offrir des outils de base ou des mises à niveau de l’équipement. Chaque saison de culture est un pari au Yukon. Une simple vague de froid ou une gelée tardive peut anéantir des mois de travail et d’investissement.  »

«  Le chauffage des serres, la conservation des aliments et l’élevage du bétail pendant l’hiver ont un coût élevé. Pour les agriculteurs de subsistance, les factures d’énergie sont probablement l’une des dépenses les plus difficiles à gérer  », résume-t-elle.

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