Catherine Bouchard
Qu’est-ce qui vous a amenée au Yukon, et comment s’est construit votre parcours ici au fil des années?
Catherine Bouchard : Je suis née au Sénégal et j’ai toujours aimé voyager. J’ai étudié l’enseignement du français langue seconde à l’Université Laval, pour pouvoir enseigner et voyager en même temps. J’ai travaillé en Irlande du Nord, en Nouvelle-Écosse, en Inde, etc.
En 1998, je suis arrivée au Yukon. Ce qui m’a attirée, c’est la beauté du paysage, la simplicité de la vie et la communauté francophone très accueillante. J’ai enseigné dans plusieurs écoles à Whitehorse, notamment Jack-Hulland et Émilie-Tremblay. J’ai aussi pris des congés sans solde pour poursuivre mes projets de voyage, toujours avec ce besoin de liberté et d’aventure.
Qu’est-ce que la vie au Yukon vous a apporté, tant sur le plan personnel que professionnel?
C. B. : Le Yukon m’a apporté beaucoup de calme et de liberté. J’aime le plein air, le vélo, la nature, et surtout le fait de pouvoir ralentir, prendre le temps, sans courir après le temps. Professionnellement, j’ai aimé travailler avec des gens passionnés, dans un milieu qui m’inspire. J’ai grandi à travers mon métier, c’est une richesse incroyable.
Comment abordez-vous la retraite? Comment vous sentez-vous?
C. B. : Je ne vois pas la retraite comme une fin, mais comme un nouveau départ. J’ai pris plusieurs « petites » retraites tout au long de ma carrière, je ne voulais pas attendre un seul moment pour en profiter.
J’ai plusieurs projets. J’ai envie de marcher de longues distances, de voyager, de continuer à apprendre, et surtout de rester active et de prendre soin de moi. J’ai aussi comme projet de visiter ma famille au Québec, et ma belle-famille en Allemagne, prendre le temps pour jouer de la musique et faire de l’art, rester active en faisant de la randonnée, continuer à apprendre et à m’impliquer davantage dans la communauté franco-yukonnaise.
À mes collègues, je souhaite dire : « Continuez à croire en ce que vous faites, à être vous-mêmes. Faites briller les élèves, même quand c’est difficile. Le monde a besoin de profs comme vous. Ne lâchez pas la patate! »
Pour Edith Babin, « c’est important d’accueillir ce changement avec calme. »
Edith Babin
Qu’est-ce qui vous a amenée au Yukon, et comment s’est construit votre parcours ici au fil des années?
Edith Babin : Je viens de la Gaspésie, et depuis l’âge de 12 ans, j’étais intriguée par le Nord. Je regardais la carte du Canada, et c’était l’endroit le plus éloigné où je pouvais me rendre sans sortir du pays. Je me suis dit : « C’est là que j’ai envie d’aller, au Yukon. »
À 19 ans, j’ai décidé de le faire et de m’y rendre. Le 20 mai 1980, je me suis finalement installée au Yukon, où j’ai travaillé pendant 22 ans comme éducatrice à l’École Émilie-Tremblay. Avant cela, j’ai touché à plusieurs domaines : la construction résidentielle, la finition de plâtre et la peinture.
Je me suis aussi impliquée comme membre du conseil d’administration de la SHFY [Société d’histoire francophone du Yukon], qui a pour mandat d’acquérir, de conserver, d’étudier, d’interpréter et de mettre en valeur l’histoire et le patrimoine francophone du Yukon.
Qu’est-ce que la vie au Yukon vous a apporté, tant sur le plan personnel que professionnel?
E. B. : Le Yukon, c’est devenu ma maison. Ma vie est ici. La nature, la simplicité, le lien fort avec la communauté francophone. Ici, on est acceptés et on peut vraiment s’intégrer. Professionnellement, travailler à l’école a été une expérience enrichissante où j’ai pu participer à une culture vivante et faire des apprentissages en continu.
Mon passage à l’École Émilie-Tremblay a été marquant. J’ai trouvé un espace d’apprentissage autant personnel que professionnel : découvrir une culture francophone vivante, active, portée par l’implication et la créativité des enfants et du personnel. Cette expérience a renforcé mon sentiment d’appartenance. Ce qui a cimenté tout ça, c’est qu’on est acceptés dans la communauté au sens large.
Comment abordez-vous la retraite, quels sont vos projets pour l’avenir, et qu’aimeriez-vous transmettre de votre expérience?
E. B. : Je me sens prête! Comme lorsqu’on quitte le foyer familial et qu’on entre dans l’âge adulte, on ressent qu’il est temps de passer à autre chose, il faut faire le move. Tant que le corps et la tête suivent, il faut profiter de cette nouvelle étape pour vivre autrement.
J’ai pris ma décision l’an dernier en me donnant un an pour faire le passage, en toute sérénité. Ce nouveau chapitre est une occasion de retrouver du temps pour moi, d’apprivoiser un quotidien sans réveil matin, sans horaires imposés, sans contrainte.
J’ai envie de trouver mon propre rythme. Ce que je veux faire? Jardiner, faire de l’art, faire du vélo, vivre spontanément, profiter pleinement du Yukon. J’aspire à une vie sédentaire, mais remplie de sens. On court trop après notre temps, maintenant, je ralentis et je vais profiter de chaque instant. C’est important d’accepter ce changement avec calme.
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