J’opte, une fois de plus, pour la méthode locale : l’autobus. Cette fois-ci, j’ai l’honneur de partager mon siège avec une sympathique chèvre. Les sourcillements s’accumulent. En quelques minutes, la situation a évolué assez rapidement. Puis, je décide de prendre un pas de recul mental afin d’interpréter ce qui se passe. Voici le message texte qui s’ensuit, envoyé à mon amie israélienne assise plus loin dans l’autobus.
« Je suis assis dans un autobus bien trop petit pour moi. La route est un champ de guerre qui me râpe violemment les genoux sur le siège avant. J’entends les poulets se plaindre sous mon siège. D’une main, je retiens mon gros sac pour éviter de faire un blessé. J’ai une chèvre traumatisée sous mes jambes que je tente de retenir avec mes pieds pour qu’elle ne glisse pas sous le banc. Puis, j’ai cette Népalaise et son frère qui essaient de me convaincre de la marier afin de la ramener au Canada. » Il y a des moments comme cela… Tu te demandes comment tu as fait pour te retrouver dans cette situation.
Eh bien, la journée ne faisait que commencer, car l’autobus nous déposait dans le village de Besisahar, dans la vallée. Le responsable du Workaway nous envoie un Jeep privé pour nous amener à son village perché, lui aussi, 700 m plus haut.
Le Jeep nous intercepte finalement, 2 heures en retard. Deux autres bénévoles se joignent à nous. On avance plus loin dans le village, puis on attend et on attend. Disons que la communication n’est pas le point fort de la majorité des Népalais. Éventuellement, deux Népalais s’ajoutent aux passagers, puis un autre. On commence à être serrés. Puis une autre Népalaise se glisse dans le véhicule avec un bébé qu’un bénévole a la responsabilité de tenir. Puis, un autre Népalais tente de se joindre. Malgré l’expression d’un légitime désaccord – et ignoré – des bénévoles qui manifestent que le Jeep six passagers ne pouvait pas accueillir un onzième passager, on se retrouve bel et bien en surnombre. Disons qu’on finit par apprendre à se connaître assez bien à onze personnes dans un petit Jeep qui nécessite une superposition humaine. Nous étions en position digne d’une publicité qui vante la capacité d’un véhicule. Vous savez ces pubs dans lesquelles les passagers ne finissent pas de sortir d’une toute petite bagnole.
Après 30 minutes, on fait un arrêt dans un village. En l’espace d’un battement de paupières, tous les Népalais disparaissent et on attend. On attend. On attend… Encore une manifestation du talent de communicateur népalais. On se questionne entre bénévoles. Où sommes-nous? Devrait-on marcher? Puis, 20 minutes plus tard, tout le monde arrive et on repart. Cette fois-ci, pour solutionner le manque d’espace, deux passagers prennent position sur le toit pour le reste du trajet.
Toute cette croustillante action a été l’introduction de dix jours de bénévolat dans cette école de ce très charmant village de Chiti. Ici, tout se fait à la pelle, et à la sueur. J’y ai appris à faire du béton à la main. La vue est imprenable, peu importe où tu es. Le dal bhat est le même, chaque jour, matin et soir. Plus on en mange, plus il devient important dans la motivation quotidienne à compléter la journée de travail. Un temple à une courte distance fait office de havre de paix entre l’action de l’école et du groupe d’adultes généreux de leur temps. Les couchers de soleil nous émerveillent chaque soir. Parfois, on descend se gaver de plats préparés avec amour par Debie, une villageoise du village. Elle adorait qu’on l’appelle Busy Debie. Là, les bénévoles s’évadent de la monotonie du « dal bhat 24 h. » C’était comme manger chez maman népalaise.
Beaucoup de bénévoles se succèdent. Ils passent et ils partent, parfois à l’orée de la vie adulte, parfois plus matures. On finit par s’y faire des amis proches dont Corentin, que je rencontrerai au Cambodge. La séparation est plus ardue pour certains.
C’est mon tour! Le trek de la vallée de Langtang m’appelle.
Namaste!
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