La 16e édition du rassemblement de Moosehide se tiendra du 25 au 28 juillet prochains. Pendant quatre jours, l’événement réunira à la fois des familles hän et des personnes de la région ou d’ailleurs.
Cette célébration tient d’une tradition millénaire pratiquée par la communauté hän de la Première Nation des Tr’ondëk Hwëch’in de la région de Dawson. Parents, ami.e.s et personnes visitant le Yukon, autochtones comme allochtones, étaient invité.e.s au village de Moosehide en cette saison d’abondance. La foule ainsi rassemblée y célébrait, durant plusieurs jours, le changement des saisons et la vie en harmonie avec la nature et le territoire.
Le partage de repas, d’histoires, de chants et de danses était l’occasion d’échanger un savoir et des ressources essentielles à cette vie en symbiose avec les richesses de la terre.
Célébrer la culture : un acte de résilience
« Si cette notion de partage est toujours présente de nos jours, la version contemporaine de ce regroupement est désormais devenue un acte de résilience pour les locuteurs et locutrices de la langue hän », explique Katarina Marks, organisatrice du rassemblement et coordinatrice événementielle au gouvernement Tr’ondëk Hwëch’in.
Tout en conservant les valeurs premières du rassemblement, on y célèbre aussi le retour des chants traditionnels hän.
« Pendant et après la ruée vers l’or du Klondike de 1898, les premiers peuples de cette région ont été écartés de leurs terres ancestrales et ont fait face à la menace de perdre leur culture, leur langue et leur économie », explique Katarina Marks.
« Lorsque des milliers de chercheurs d’or ont afflué dans la vallée du Klondike, le chef Isaac du peuple hän a reconnu que les traditions et le mode de vie de sa communauté étaient menacés. Il a emporté les chants et les danses de son peuple de l’autre côté de la frontière jusqu’au village de Mansfield, en Alaska, confiant à ses proches voisins, aussi locuteurs de la langue hän, la tâche de les préserver jusqu’à ce que les forces corrosives de la colonisation soient écartées », raconte l’organisatrice.
Katarina Marks ajoute que les chants et les danses y ont été conservés en sécurité pendant plus de neuf décennies. Le premier rassemblement de Moosehide en 1993 a marqué le retour de la culture hän vers les terres ancestrales.
Depuis plus de trois décennies maintenant, les gens de la communauté Tr’ondëk Hwëch’in réapprennent activement leurs chants, leurs danses et leurs jeux traditionnels de tambours.
Le rassemblement est le résultat le plus visible du succès de cette Première Nation dans la récupération et le partage de son histoire, de son patrimoine et de ses traditions culturelles et artistiques.
De nombreuses troupes de danse et groupes de percussions traditionnels seront présents durant le rassemblement, dont les danseurs Selkirk Spirit Dancers, les Dakhká Khwáan Dancers et les percussionnistes Liard River Drummers.
Un rassemblement ouvert à toutes et à tous
Les artisans et artisanes autochtones sont invité.e.s à présenter leurs créations. Les musiciens et musiciennes sont encouragé.e.s à apporter leurs instruments pour participer à la célébration des traditions du peuple hän et de sa culture.
De nombreuses personnes autochtones attendent avec impatience le rassemblement pour retrouver la famille, d’anciennes connaissances et des membres de la famille éloignés encore jamais rencontrés. « C’est une occasion pour chacun et chacune de se faire de nouveaux ami.e.s et d’approfondir sa compréhension de sa relation avec la terre et le monde qui l’entoure », affirme Giulia Cinzia, professeure de la langue hän à l’École Robert-Service de Dawson. « Toutes et tous sont les bienvenus au rassemblement de Moosehide », ajoute-t-elle. L’enseignante est d’ailleurs l’une des chanteuses hän et fera partie du spectacle lors de l’événement.
Animés par William Greenland, des ateliers seront offerts en journée pour mettre en valeur l’artisanat traditionnel, tels que la construction de tambours, le perlage et le tannage. Les visiteurs et visiteuses pourront aussi essayer le violon ou apprendre à créer et à écrire des chansons.
En soirée, la danse, la musique et les chants traditionnels des cultures autochtones des quatre coins du Yukon seront mis à l’honneur. On pourra y voir la troupe de danse Dakhká Khwáan de la communauté Tlingit et les Teechick Dancers de la Première Nation des Vuntut Gwitch’in. La troupe de danse Selkirk Spirit et les percussionnistes Liard River Drummers seront aussi de la partie. Diyet & the Love Soldiers offriront un concert aux côtés de Kevin Barr, Dennis Allen, Ed Peekeekoot et du groupe The Lucky Ones. « Les nuits seront remplies de gigues et de danses, auxquelles les musiciens amateurs seront invités à se joindre », annonce Katarina Marks.
Georgette McLeod (centre) travaille toujours activement à la revitalisation de la langue et de la culture hän dans la région du Klondike. Un travail qu’elle réalisait aux côtés du dernier locuteur qui parlait couramment la langue, Percy Henry, qui s’est éteint en 2024.
Un lieu reculé de rassemblement ancestral
Le village de Moosehide fait désormais partie du patrimoine culturel de l’UNESCO. Il est niché le long des rives du fleuve Yukon. La disposition du village reflète un mélange d’éléments traditionnels et contemporains, avec des cabanes et des espaces communs disposés en harmonie avec le paysage environnant. Les bâtiments, construits en bois et d’autres matériaux naturels, se fondent dans le paysage au terrain accidenté et les forêts denses qui enveloppent la région. Au cœur du village, on retrouve un espace pour socialiser et partager des histoires.
Cette année, le rassemblement rendra hommage au dernier locuteur natif de la langue hän au Yukon, Percy Henry. « Cet aîné a été un acteur central dans la restauration de la culture et de la langue de la communauté des Tr’ondëk Hwëch’in », explique Giulia Cinzia.
Situé hors réseau en aval de Dawson, le village dispose d’une alimentation électrique solaire limitée. « Les téléphones des festivaliers devront être chargés par une batterie portative. De l’argent liquide pour la concession et pour le marché des artistes sera nécessaire afin de ramener un souvenir à la maison », ajoute Katarina Marks.
Elle précise également que le lieu est un environnement sans substance. Il s’agit d’un endroit de guérison pour les Tr’ondëk Hwëch’in. Les personnes qui viendront visiter l’événement sont par conséquent encouragées à danser, manger, apprendre, rire et s’amuser, mais aussi à respecter la terre et la culture du peuple hän en ce lieu ancestral.
Des trajets en bateau gratuits vers et depuis le village de Moosehide seront disponibles tout au long du rassemblement. Pour ceux et celles qui souhaiteraient faire la randonnée, des personnes seront disponibles pour les guider à travers le sentier sinueux.
« Les nuits seront remplies de gigues et de danses, auxquelles les musiciens amateurs seront invités à se joindre. »
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