Les lumières multicolores dans les rues illuminent de plus en plus nos noirceurs. Aucun doute, la période du temps des Fêtes approche à grands pas.
Cette année, elle apporte avec elle un débat particulièrement vif dans les médias (notamment québécois), au sujet d’une déclaration de la Commission canadienne des droits de la personne, qui accuserait Noël de manquer d’inclusivité.
« Apparemment, la Commission canadienne des droits de la personne est d’avis qu’il s’agit d’une journée fériée discriminatoire envers les minorités religieuses qui ne célèbrent pas la naissance du petit Jésus […] C’est un argument woke absolument surréaliste », affirme par exemple un journal québécois.
La propagation de la mésinformation, même dans un pays éduqué et privilégié, m’inquiète souvent. Le partage d’opinions lancées publiquement, parfois sans comprendre réellement certains sujets, contribue à entretenir des climats de tension dans nos communautés.
Car si on fait un peu de recherche, on découvre vite que le cœur du débat ne réside pas dans la célébration de la naissance « du petit Jésus », ni dans une question de foi. Il s’agit plutôt d’une discussion sur l’inclusion et la non-discrimination.
La présidente intérimaire de la Commission canadienne des droits de la personne, Charlotte-Anne Malischewski, a d’ailleurs souligné que la question va au-delà de Noël, visant à assurer une égalité, une dignité et un respect égaux pour la pratique religieuse de toutes et tous. « Au Canada, les personnes qui pratiquent une autre religion que le christianisme sont souvent obligées de prendre un jour de congé [pour leurs propres célébrations] », a affirmé la présidente intérimaire dans sa déclaration, le 30 novembre dernier.
L’inclusion sociale se révèle cruciale, surtout dans un pays qui mise énormément (et de plus en plus) sur l’immigration. « Cela a un impact réel sur la vie des gens qui n’est pas toujours visible pour les personnes pour lesquelles les fêtes religieuses sont déjà des jours de congé », renchérit Mme Malischewski. « Quand les normes et les systèmes sociaux ne créent pas d’obstacles pour nous, il peut être difficile de s’en rendre compte. C’est pourquoi il faut en discuter. En fin de compte, cela n’est pas à propos de Noël. C’est à propos du fait de s’assurer que tout le monde puisse pratiquer sa religion avec la même égalité, la même dignité et le même respect », conclut-elle.
La discussion n’est donc pas sur Noël, mais sur la possibilité que chaque personne au Canada puisse célébrer ce qui lui tient à cœur.
Ne serait-il pas d’ailleurs un peu hypocrite de débattre sur le fait que Noël est inclusif? Je veux dire : bien au-delà de la question de la religion, Noël et ses célébrations ont une tendance relativement discriminatoire. En effet, tout le monde n’est pas égal face à Noël dans notre société de consommation.
Certes, c’est une période où on voit des élans de solidarité (pourquoi ne pas les avoir toute l’année, ces élans, d’ailleurs?). Mais qui d’entre nous a déjà ouvert sa porte aux sans-abris le soir de Noël? Qui n’a jamais senti un décalage en partageant avec les camarades de classe ou les collègues les listes de douceurs reçues pendant le temps des Fêtes? Si certaines familles partent en tout-inclus dans le Sud, d’autres fêteront grâce aux paniers offerts par la banque alimentaire! C’est important de garder cela en tête. Dans notre société de consommation, est-il vraiment réaliste de considérer Noël comme une tradition inclusive?
Peut-être est-ce le temps de repenser nos célébrations, de dépasser les différences et de s’interroger sur la véritable signification d’inclusivité. Les festins abondants et les cadeaux somptueux devraient-ils être au centre de nos célébrations, ou devrions-nous plutôt nous concentrer sur des valeurs plus intangibles?
Si Noël est représentatif de célébrations, de rassemblement et de tradition, peut-être est-ce justement le bon moment pour penser à nos prochains… Et si le véritable geste d’inclusion, c’était de demander au père Noël une société plus solidaire et équitable, même pour ceux qui célèbrent différemment?
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