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le Jeudi 9 novembre 2023 7:47 Société

Les poèmes de Robert Service : un coup d’œil sur les réalités de la guerre

Il y a au total une cinquantaine d’illustrations pour accompagner les poèmes du recueil. — Photo : Charlotte Longépé
Il y a au total une cinquantaine d’illustrations pour accompagner les poèmes du recueil.
Photo : Charlotte Longépé

Charlotte Longépé, arrière-petite-fille de Robert William Service, a sorti un nouveau livre au mois de juillet dernier. L’ouvrage regroupe les traductions en français d’une centaine de poèmes écrits par Robert W. Service.

Charlotte Longépé est venue au Yukon pour la dernière fois en 2016.

Photo : Gaël Pont-Rochet

Charlotte Longépé a travaillé pendant deux ans pour créer ce recueil, mais a eu l’idée en tête pendant près de dix ans.

Le but derrière ce quatrième projet est de faire comprendre au public francophone qui était Robert W. Service. « C’était pour rendre Robert W. Service accessible, pour l’apprécier en français », affirme-t-elle.

Le recueil rassemble une centaine des poèmes de son arrière grand-père. Les 20 premières pages proposent une analyse du style d’écriture de l’auteur ainsi que de ses inspirations, afin de « mieux apprécier la lecture ».

La jeune femme a également ajouté une cinquantaine d’illustrations qu’elle a elle-même réalisées. Toutes représentent des vues différentes de Lancieux, ville jumelle de Whitehorse, faisant écho aux textes de son aïeul. « Ça permet d’aérer le livre », précise l’artiste.

Une traduction importante

Le recueil a été rendu possible grâce à un important travail de traduction que Charlotte Longépé a effectué elle-même.

Au fil de ses recherches pour ses autres projets, elle avait déjà commencé un certain travail de traduction de poèmes afin d’en prendre des notes.

Selon l’autrice, la traduction constitue son plus gros défi. Elle explique que les poèmes de Robert W. Service sont chargés d’émotions et qu’elle voulait se rapprocher au plus près du texte initial. C’est donc « avec un bon dictionnaire », et après une étude approfondie de la sémantique des mots que Charlotte Longépé a pu traduire les poèmes de son aïeul.

Elle n’a cependant pas pu garder les rimes présentes dans la version anglaise des poèmes. L’autrice a aussi décidé d’ajouter des notes pour aider le lectorat à saisir le contexte du poème traduit.

« Ça a été un énorme travail de réflexion, j’étais en perpétuel questionnement à savoir si c’est le bon mot », avance Charlotte Longépé.

L’autrice avoue même avoir abandonné certains poèmes, expliquant qu’après les avoir traduits, le sens du texte était perdu.

Cette traduction en français permet de « donner une ouverture entre les deux langues ». Charlotte Longépé espère faire découvrir Robert W. Service à un autre public, et apporter une dimension universelle aux poèmes de son aïeul. « Ça permet de créer des liens entre la France et le Yukon, entre l’anglais et le français », ajoute-t-elle.

La Première Guerre mondiale, une guerre marquante

Bien que la jeune femme ait choisi de traduire principalement les poèmes les plus connus, elle a aussi sélectionné ceux qu’elle trouvait intéressants, plus forts, plus parlants.

Elle les a aussi regroupés par thème, avec notamment plusieurs textes sur le Yukon, l’harmonie de la nature, l’amour, l’appel de l’aventure, mais aussi toute une partie sur la Première Guerre mondiale. Cette section présente huit poèmes sur le thème de la guerre, accompagnés d’une double page qui rassemble des cartes postales écrites par Robert W. Service et envoyées à sa femme depuis le front.

La jeune femme évoque notamment le poème intitulé L’homme sans visage. Elle explique que c’est l’histoire d’un homme défiguré par la guerre qui préfère se faire passer pour mort que de revenir auprès de sa famille. Elle ajoute que ces poèmes sont, pour Robert W. Service, un moyen de « donner une voix aux personnes rencontrées », ce sont des textes chargés d’émotions.

Si Robert W. Service a vécu les deux guerres mondiales, il a surtout écrit sur la première.

« Il a vraiment vécu la Première Guerre mondiale. Pour la Seconde, il a déjà 67 ans, il ne peut se battre, et il fuit la France avec sa famille », précise-t-elle. Elle ajoute toutefois que son aïeul allait réciter ses poèmes dans les camps californiens des États-Unis, où il s’est réfugié avec sa famille.

Des poèmes sur la guerre, et au-delà

Selon Charlotte Longépé, le style d’écriture de Robert W. Service est très particulier. Elle avance que les poèmes sont écrits de façon réaliste, rude. Le style est très imagé, c’est une description de ce que le poète a vu dans sa vie. « Ça fait froid dans le dos, des fois », avoue-t-elle.

La jeune femme précise que, selon elle, ce ne sont pas des poèmes qui prennent parti, mais des poèmes qui s’intéressent à l’humanité, de manière à ce que tout le monde s’y reconnaisse. « C’est une invitation à se remettre en question. »

Robert W. Service aborde différents sujets de société dans ses poèmes, tels que le mensonge ou encore le deuil. Pour Charlotte Longépé, c’est ce qui rend son aïeul très humain. « C’est quelqu’un de proche dans lequel on peut se reconnaître, qui a écrit sur vous et moi, et qui a su parler à tout le monde », soutient-elle. « Ce sont des poèmes qui traversent le temps et les lieux, il y a toujours quelque chose qui touche quelqu’un », conclut-elle.

Ce recueil s’inscrit dans une suite logique, pour l’autrice, qui travaille déjà sur la seconde partie de la vie de son aïeul. Ce nouveau projet devrait d’abord paraître en français, et sera ensuite traduit en anglais.

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