Après sept décès par surdose d’opioïdes en moins de quatre mois, le médecin hygiéniste en chef du Yukon Brendan Hanley lance un véritable appel à l’action. En compagnie de plusieurs leaders et intervenant.e.s du milieu, le 22 avril dernier, celui-ci a affirmé qu’il est « temps d’accentuer nos efforts et de s’outiller pour améliorer notre réponse à cette crise ».
Depuis le printemps 2016, 40 Yukonnais et Yukonnaises ont perdu la vie en lien avec la crise des opioïdes ; 80 % de ces décès étaient liés au fentanyl. C’est ce que la coroner en chef du Yukon, Heather Jones, a affirmé d’entrée de jeu le 22 avril dernier. Des sept surdoses enregistrées en 2021, cinq sont liées au fentanyl et deux ont été causées par un opioïde 100 fois plus puissant que ce dernier, soit le carfentanil. « J’ai espoir qu’on pourra entendre ce que ces chiffres nous apprennent », a-t-elle ajouté.
Brendan Hanley a adressé plusieurs demandes, notamment celle d’une mise à jour de la stratégie yukonnaise 2018 – 2020 pour la lutte aux opioïdes et la mise en place d’un site de consommation supervisée « où du matériel de réduction des risques ainsi que du soutien seraient accessibles pour les personnes qui souhaitent consommer la drogue qu’elles se sont procurée ». Avec l’entente signée le 28 avril dernier entre le Parti libéral du Yukon et le Nouveau Parti démocratique, cette demande est sur le point de se concrétiser. L’entente entre les deux partis prévoit l’ouverture d’un tel site à Whitehorse d’ici le 31 août prochain.
« La progression des décès associés aux opioïdes continue à un rythme terrifiant », prévient Brendan Hanley, en soulignant aussi la combinaison mortelle de plusieurs stupéfiants qui constitue désormais la norme. L’amorce d’une réflexion plus profonde quant aux politiques de lutte en matière de drogues est aussi nécessaire selon le médecin hygiéniste.
Une crise qui touche tout le monde
Présente lors de la conférence de presse, la chef de la Première Nation Kwanlin Dün, Doris Bill, a rappelé que les opioïdes et les surdoses « ne discriminent personne », et consistent ainsi en un enjeu de société. Du même avis, la coroner Heather Jones appelle à déstigmatiser l’usage de telles substances : « Ne laissons plus la stigmatisation associée à la consommation de drogues et aux surdoses fausser notre jugement. Nous devons reconnaître que sans un approvisionnement en drogues sûr, les consommateurs courent de grands risques et les deuils se multiplieront. »
Pour une meilleure réponse à la crise aux opioïdes, il est d’ailleurs essentiel d’inclure les consommateurs et les consommatrices de ces stupéfiants dans les discussions et les stratégies, a pour sa part évoqué Bronte Renwick-Shields, directrice du centre Blood Ties Four Directions. Cet organisme communautaire qui offre des services de santé s’est doté d’un service de vérification des drogues au moyen de bandelettes réactives au fentanyl, en 2018. La fourgonnette de l’organisme arpente les rues du territoire de 17 h 30 à 21 h 30 tous les jours, afin de fournir du matériel stérile et du soutien aux consommateurs et consommatrices.

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