Mais aujourd’hui, cet aspect tant apprécié pourrait être remis en question. L’éventualité de voir certains espaces verts disparaître au profit de développements urbains suscite des réactions contrastées : entre inquiétude et résignation, la population s’interroge sur l’avenir de cette ville façonnée par la nature.
En mars dernier, la Ville de Whitehorse a dévoilé un projet visant à évaluer la possibilité d’urbaniser certains espaces verts au cœur de la ville. Ce plan d’urbanisation touche plusieurs quartiers, dont Whistle Bend, Takhini, Riverdale et Porter Creek. Des cartes rendues publiques identifient, en pointillé, des zones actuellement occupées par des espaces verts ou des aires de jeux qui pourraient être transformées en terrains résidentiels.
Une question s’impose alors pour la Ville de Whitehorse : comment concilier la croissance démographique avec la préservation de l’environnement naturel?
Une croissance démographique soutenue
Aujourd’hui, la population de Whitehorse est d’environ 36 000 habitant·es. Selon les projections du Bureau des statistiques du Yukon, la population pourrait atteindre 46 000 personnes d’ici 2040. Le Plan d’urbanisme officiel de la Ville a d’ailleurs été conçu pour accueillir jusqu’à environ 47 000 personnes.
Cette croissance rapide exerce une pression importante sur le marché du logement, déjà sous tension. Pour y répondre, la Ville, en collaboration avec le gouvernement du Yukon et les Premières Nations, explore différentes pistes d’aménagement.
Parmi elles, le « Urban Residential Infill Project », qui vise à densifier des secteurs déjà urbanisés en y intégrant de nouveaux logements.
Le projet cible 27 parcelles de terrain, dont 14 qui appartiennent à la municipalité. Toutefois, les représentant·es de la ville insistent qu’il ne s’agit pour l’instant que d’une étude de faisabilité.
« Nous en sommes encore à la première étape : vérifier la viabilité du développement de ces terrains », précise Mélodie Simard, gestionnaire des services de planification et de durabilité à la Ville de Whitehorse.
« Avant tout développement, plusieurs critères doivent être analysés : la capacité des infrastructures municipales (eaux et égouts), les risques de contamination, la présence de sites archéologiques, ainsi que les contraintes géotechniques, notamment la nature des sols », explique-t-elle.
Le gouvernement du Yukon, qui est propriétaire d’environ la moitié des terrains visés, mène également ses propres études, tout comme les gouvernements de la Première Nation des Kwanlin Dün et du Conseil des Ta’an Kwäch’än.
Un changement inévitable
Si ce projet répond à un besoin réel de logements, il soulève également de nombreuses préoccupations au sein de la population. Depuis la parution des publications de la Ville de Whitehorse, plusieurs citoyen·nes ont exprimé leur opposition à la disparition potentielle d’espaces verts, jugés essentiels à la qualité de vie.
Les réseaux sociaux sont particulièrement utilisés pour mener débat. Une pétition a d’ailleurs été lancée pour préserver ces lieux verts.
Résidente du quartier de Copper Ridge, Jessica Vautour explique que « ce n’est pas seulement la perte des espaces verts qui m’inquiète, c’est le fait de perdre en qualité de vie, en qualité d’air mais aussi diminuer notre santé mentale ». Elle ajoute que ces coins de verdure sont essentiels au bien-être des habitant·es de Whitehorse.
Le quartier de Riverdale fait également partie des nombreuses inquiétudes soulevées. Sa configuration actuelle, avec un seul accès routier par le pont, pose déjà des défis en matière de circulation. L’ajout de nouveaux logements pourrait accentuer ces problématiques.
« La possibilité de construire un second pont est envisagée, mais un tel projet d’envergure nécessiterait le développement d’un tout nouveau quartier et soulève des questions financières et environnementales particulièrement élevées », ajoute Mélodie Simard.
Dans un contexte de changements climatiques et de croissance rapide, la Ville de Whitehorse doit faire des choix complexes. L’augmentation de la densité, y compris par la construction d’immeubles plus élevés au centre-ville, fait partie des pistes envisagées pour limiter l’étalement urbain.
Pour l’heure, le « Urban Residential Infill Project » demeure à l’étape préliminaire. L’objectif est avant tout de déterminer si ces développements sont réalisables, tant sur le plan technique qu’environnemental.
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