le Jeudi 4 juin 2026
Loading membership data...
le Jeudi 26 mars 2026 8:00 Éditoriaux

Souffler

  Photo : Pixabay
Photo : Pixabay

Ouf! Les deux semaines de relâche viennent de se terminer.

Je dis « ouf! », car, quand on dit relâche, on dit congés pour les enfants et pour le personnel en éducation. Mais pour les autres… Il s’agit bien souvent d’avoir une organisation hors du commun. Prévoir des camps (quand on en trouve, et qu’on peut se le payer), des activités; s’organiser avec son entourage – tu prends les miens lundi, moi je prends tes enfants mardi. Attends, non, j’ai une formation mardi… Ah, flûte à bec!! Bon, ben on fait comment alors?

Au milieu de tout ça, on cherche quelques précieux moments de qualité avec nos proches.

Et puis… en plus du travail, et de l’ambiance « congés », il y a eu les Jeux. Dans une volonté de profiter de ce bel événement, pour beaucoup, il s’agissait d’accueillir les délégations, de faire du bénévolat, de recevoir des collègues ou des dignitaires, venu·es pour l’occasion. Et pour ceux et celles qui ont eu cette chance, il y avait aussi parfois des proches en visite. Combinez cela à quelques virus qui traînent au milieu des 4 000 personnes qui se croisent, pour assaisonner un peu le tout.

Et ce froid! Cet hiver qui a du mal à décrocher. Oui, notre pays, c’est l’hiver. Mais -36 °C à la mi-mars, ce n’est pas du jamais vu, mais « ça nous rentre dans le corps » quand même un peu! Non?

Remarquez, comme me le faisait valoir Peter Johnston, l’ancien grand chef du Conseil des Premières Nations du Yukon : Notre capacité à apprécier les grands froids, c’est aussi ça qui nous rassemble, dans le Nord.

Mais, maintenant, n’est-il pas légitime de vouloir souffler un peu? D’avoir envie d’un peu de printemps?

Dans un réflexe contemporain, je m’offre alors une petite pause « écran », histoire de « décrocher un peu »…

Tu parles! Guerre, prix de l’essence, missiles, défense antiaérienne… Stop! Je coupe immédiatement.

Car quand je dis printemps, c’est surtout de lumière dont nous avons besoin. Et pas de lumière bleue! Et pas non plus seulement de celle qui revient dans nos cieux.

Quand la vie s’accélère, ne vaut-il pas mieux décrocher un peu de la noirceur quand on décide de faire une petite pause? Alors oui, pour trouver la lumière, j’aime me réfugier dans mon credo préféré : vivre ici et maintenant.

Et ici, c’est sympa en fait. Du monde dans les rues qui s’échangent des vêtements venus des quatre « coins » du cercle arctique. Will Pacaud et Charlie-Rose Pelletier, les doigts rougis de froid, mais la voix pleine de chaleur. Des épinglettes à échanger. Et par-dessus tout : la jeunesse, qui sourit.

Et un festival du Nord au mont Mac, où les rires résonnent et où les yeux brillent de joie sur des visages aux joues rosies de froid!

Comme l’a rappelé Elisapie lors de son spectacle, samedi passé : dans le Nord, trop de jeunes luttent au quotidien pour se trouver des raisons de vivre. Alors, quand on en voit sourire autant, ça donne une bonne raison de l’apprécier, cet ici, ce maintenant.

Pourtant, regarder au-delà d’ici, s’informer, comprendre le monde : pour beaucoup, c’est essentiel, et même un devoir. Mais n’est-ce pas aussi bon de laisser passer certaines nouvelles, même celles qui semblent importantes? Est-ce vraiment problématique, au fond, de ne pas savoir ce qu’est l’opération furie épique? Est-ce nécessairement un manque… ou ne serait-ce pas plutôt, parfois, une façon de se protéger, dans un monde où l’actualité pèse lourd?

Vous le savez, je suis une fervente défenseuse de saines habitudes de consommation de l’information. Je ne dis pas qu’il ne faut plus s’informer.

Mais, directrice d’un journal communautaire, je me réjouis souvent de ce privilège que j’ai de diriger un média « qui parle d’autre chose ». Qui parle de ce qui nous concerne directement, ici. Dans un monde où l’actualité internationale occupe tant d’espace, souvent lourde, souvent anxiogène, il est tout aussi essentiel de faire de la place au beau.

Regarder ici. Voir ce qui nous rassemble. C’est aussi ça, le rôle d’un journal comme l’Aurore boréale : offrir une perspective locale, ancrée, humaine.

Dans des vies bien remplies, je souhaite que prendre dans vos mains ce journal soit pour vous un de ces petits moments précieux. Une pause pour découvrir les initiatives d’ici, pour voir les sourires, pour reconnaître des visages, et, bien sûr, pour apprendre des choses, au passage.

Peu importe comment vous lisez votre journal (tout, juste les titres, ou simplement en images), l’essentiel est peut-être là : prendre le temps.

Bonne lecture, et beau printemps!

Les commentaires s'afficheront une fois que vous aurez atteint la fin de l'article.