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le Jeudi 12 février 2026 7:41 Chroniques

Briser les vases clos

Nathan Obed, président de l’Inuit Tapiriit Kanatami, lors de son allocution au symposium. — Photo : Laurie Trottier
Nathan Obed, président de l’Inuit Tapiriit Kanatami, lors de son allocution au symposium.
Photo : Laurie Trottier

Fin janvier, sur invitation, j’ai eu le privilège d’assister au Symposium sur l’Arctique organisé par l’Université d’Ottawa. J’ai également participé à la Journée jeunesse au cours de laquelle une quinzaine de jeunes des quatre coins de l’Arctique ont partagé leur vision sur la région.

L’Arctique était sur toutes les lèvres dans les dernières semaines. Le potentiel achat du Groenland par les États-Unis, la création d’un 51e État américain, la guerre de la Russie contre l’Ukraine, sans négliger l’intérêt de la Chine pour la région. Étant nouvellement détentrice d’une maîtrise en science politique et spécialisée en affaires arctiques, on pourrait penser que ces discussions m’enchantent.

Or, j’ai axé mon mémoire sur les processus d’inclusion et d’exclusion en relations internationales, spécifiquement en Arctique. Rapidement, j’ai constaté qu’à des moments dits « critiques », des groupes qui ont habituellement leur mot à dire sur la scène internationale sont mis de côté. Très largement, il s’agit de peuples autochtones, dont, pourtant, six d’entre eux siègent au Conseil de l’Arctique, le principal forum sur les enjeux de cette région.

Ainsi, le fait que les thèmes de sécurité, d’extraction minière, de souveraineté et de violence se retrouvent au cœur de l’actualité me rappelle à quel point le discours dominant est toujours maîtrisé par les États et leurs actions, en excluant les perspectives des personnes les plus concernées.

J’avais donc hâte de discuter de vrais enjeux arctiques avec les jeunes : le changement climatique, la préservation des langues et des cultures autochtones, le colonialisme et le racisme systémique, les décès liés à la toxicité des drogues, le manque d’infrastructures, et plus encore.

Une déclaration jeunesse

Au cours de cette Journée jeunesse, nous avons discuté du développement économique durable, thème choisi par le comité organisateur. Nous avons rapidement émis des réserves : de quelle durabilité parle-t-on? Quel système souhaitons-nous réellement perpétuer et à l’avantage de qui? Une déclaration commune a été rédigée et a été présentée devant public lors du symposium.

Cette déclaration met en lumière les limites que nous observons quant à la définition conventionnelle du développement durable. Nous avons ajouté que les lieux où se tiennent les discussions entourant l’avenir de l’Arctique ont leur importance, tentant de souligner que nous avons dû nous rendre à la capitale nationale pour ces rencontres. Nous avons fait valoir que les déclarations de la jeunesse ont un pouvoir transformateur quand elles deviennent le point de départ de plus amples conversations, et non lorsqu’elles doivent être produites en quelques heures pour ensuite sombrer dans l’oubli.

En rétrospective, cette Journée jeunesse aura été des plus formatrices pour moi, en me permettant de rencontrer d’autres jeunes passionné·es. Je cherche toujours ma place lors de ces événements, étant une femme blanche, francophone et occidentale, ayant été élevée dans le sud du pays et n’habitant le Nord que depuis quelques années. L’événement m’a permis de renouer avec l’importance des allié·es dans toute lutte sociale. Quand on combine notre capacité d’écoute à notre désir de porter plus loin d’autres voix que la nôtre, ça fait une différence.

Laurie Trottier, de dos, inscrit au tableau les perspectives des jeunes sur les changements nécessaires en Arctique.

Photo : Jean Holloway

Symposium sur l’Arctique

Mon principal constat lors du symposium est, qu’encore une fois, les enjeux sont traités en vase clos. Allocutions principales, panels sur l’OTAN, la sécurité arctique, le développement durable, un moment de jeunesse… Avec ce genre d’approche, on pourrait croire que les enjeux ont la même importance et doivent être abordés séparément.

Pourtant, il aurait été intéressant d’avoir une perspective autochtone lors de la discussion sur la défense. De quelle sécurité parle-t-on? La menace américaine, ou la menace du chan- gement climatique?

Il faut adopter une perspective holistique. Je rêve d’une conférence où les jeunes auraient une place dans chacun des panels et non pas simplement en fin d’après-midi, entre deux panels « sérieux ». La contribution des jeunes doit aller bien au-delà d’un interlude rafraîchissant.

Sans surprise, c’est l’allocution de Nathan Obed qui m’a le plus fait réfléchir. Le leader inuit a fait référence au discours prononcé récemment par le premier ministre du Canada, Mark Carney, alors qu’il insistait sur l’importance d’un ordre international fondé sur des règles. La réplique de M. Obed vise juste, selon moi : « Je n’ai pu m’empêcher de penser à certains des termes employés et à leur application dans notre contexte. Les grandes puissances n’appliquent les règles que lorsque cela les arrange et s’en dispensent lorsque cela ne les arrange pas. »

Il a terminé en tendant cette perche aux allié·es : « Nous sommes prêts pour ce moment, mais nous avons besoin d’alliés, et nous avons besoin de personnes prêtes à envisager un changement dans leur vision de ce pays, (…) dans leur vision de la diplomatie, et (…) dans leur vision de qui a sa place ici et qui n’est que de passage. »

Cette chronique est un peu ma façon de répondre à son appel.

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