Alors que les éditoriaux de l’Aurore boréale se tournent habituellement vers des réflexions aux tendances philosophiques ou poétiques, cette fois-ci, une fois n’est pas coutume, c’est l’occasion de parler business.
Nous l’entendons partout : l’économie mondiale est pleine d’incertitude. Les marchés varient rapidement en réaction aux annonces de leaders politiques, dont celles faites à tout vent par notre voisin du Sud. Au niveau international, on ne sait plus sur quel deux cents danser…
Dans ce contexte, miser sur ce que l’on connaît —les initiatives locales et l’investissement dans notre communauté — devient sans aucun doute un choix pragmatique et même, stratégique.
Récemment, Mark Carney a prononcé un discours remarqué au Canada et à l’étranger. L’élan patriotique et l’image d’un Canada fort, stable et fiable ont marqué les esprits. Julien Cayouette, rédacteur en chef de Francopresse, rappelle que : « Il ne faut pas oublier où et devant qui ce discours a été prononcé. Le Forum économique mondial de Davos réunit des milliers de chefs d’État et d’entreprises pour discuter de “croissance, résilience et innovation”. » Voilà de quoi il était question : d’investissements.
Et là où notre premier ministre a fait mouche, c’est surtout en parlant de valeurs : « Construire un nouvel ordre qui intègre nos valeurs, comme le respect des droits de la personne, le développement durable, la solidarité, la souveraineté et l’intégrité territoriale des États. La puissance des moins puissants commence par l’honnêteté », a-t-il déclaré. Est-il possible de faire un parallèle avec notre économie locale?
Ici, le monde communautaire séduit par ses valeurs de collaboration et de solidarité. Il est souvent facile de penser que travailler « pour la communauté » signifie renoncer aux profits — d’ailleurs, en anglais, on parle de « non-profits ». Le monde des affaires n’est pourtant pas déconnecté de celui de l’entraide, et de la collaboration. Et c’est justement ce que M. Carney a soutenu.
Le lancement du magazine Perspectives a été un bel exemple où économie et communauté sont allées de pair. Et ce n’est pas le seul exemple.
Le secteur Développement économique de l’Association franco-yukonnaise (AFY), organisme à but non lucratif, travaille dans ce sens depuis de nombreuses années en soutenant les entreprises grâce aux conseils de personnes qualifiées. Yukonstruct aussi est un lieu communautaire qui œuvre au soutien d’une économie locale pleine de vitalité.
L’économie créée par les arts et la culture est encore moins visible. Pourtant, les dernières données de Statistique Canada montrent que le secteur des métiers d’art a contribué à hauteur d’environ 2,7 milliards $ au PIB du Canada et a créé près de 30 000 emplois en 2023, selon la Fédération canadienne des métiers d’art.
Souvenez-vous de Contact Ouest, le marché des arts de la scène, qui a eu lieu ici à l’automne dernier. Claire Ness y avait remporté un prix décerné par Réseau Ontario. Beaucoup d’entre nous y ont vu une belle reconnaissance culturelle. Mais c’était bien plus que cela, puisque ce prix lui offrait une nouvelle vitrine au Contact Ontario. De là, la semaine passée, Claire y a raflé un autre prix : celui du Festival Changez d’air, qui l’accueillera en France, en mai prochain.
D’un événement localisé au Yukon a donc découlé, grâce au travail initial du secteur Arts et culture de l’AFY, une belle portée internationale des arts franco-yukonnais, mais aussi des contrats « sonnants et trébuchants » pour une artiste locale. Comme quoi, les valeurs et les affaires ne sont pas forcément dichotomiques. Et qui sait, Claire sera peut-être adoubée elle aussi un jour, comme l’a été Lisa LeBlanc récemment!
Perspectives a illustré ce lien : la communauté, les gens d’affaires et les artistes se sont rencontrés dans un même lieu. Annonceurs, personnes mises en lumière, journalistes et membres de la communauté se sont retrouvés à la galerie Yukon Artists @ Work. Un espace souvent méconnu, mais mais qui mérite qu’on s’y attarde.
Au Yukon, l’économie n’est jamais abstraite. Elle a des visages, des lieux, des histoires. Elle peut se tenir dans une galerie, autour d’un magazine que l’on n’attendait pas. Miser sur le local n’est pas un repli : c’est un acte de confiance dans ce que nous créons, dans ce que nous partageons, dans ce que nous pouvons bâtir ensemble.
Dans un monde où les rapports de force se durcissent, définir sa valeur devient un geste politique, pour un pays, un territoire, une communauté. Soutenir le local, c’est affirmer que notre force ne se mesure pas à notre taille, mais à notre capacité à tenir debout, ensemble.
La question n’est pas de savoir si le local est rentable. La vraie question est : que choisissons-nous de rendre possible? Ici, investir, créer, partager, c’est donner de la valeur à ce qui nous rassemble. Et c’est là que réside notre plus grande richesse : dans tout ce que nous faisons, ensemble, pour que notre communauté et notre économie ne soient jamais séparées, mais toujours connectées, fortes et fières.
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